Les prises successives de Goma et de Bukavu, capitales des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ces dernières semaines, par le M23, soutenu par le Rwanda, montrent combien la République démocratique du Congo reste une proie, avec un pouvoir central qui paie son incapacité à pacifier cette partie du pays en guerre larvée depuis 1996.
Pendant que les regards sont tournés vers l'Ukraine et les négociations entre les États-Unis et la Russie pour dépecer territorialement et économiquement ce pays-là, la guerre larvée dans l'Est de la République démocratique du Congo, qui dure depuis 1996, en conséquence du génocide des tutsi au Rwanda voisin deux ans plus tôt, est remontée en intensité ces dernières semaines. Le groupe rebelle M23, soutenu par le Rwanda de Paul Kagame et reparti au combat en 2022 après une première rébellion stoppée fin 2013, a pris coup sur coup ces dernières semaines les villes de Goma et Bukavu, capitales des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ces villes, qui sont également des carrefours économiques pour les échanges de minerais, notamment le coltan, le cobalt, l'étain ou l'or, qui sont présents dans ces deux provinces, permettent ainsi au M23 de continuer à se financer et à son soutien extérieur qu'est le Rwanda de s'enrichir via le pillage des minerais congolais pour son compte et pour celui des firmes occidentales ou chinoises qui lorgnent dessus. D'où un lien fait par le sociologue français Fabien Lebrun entre l'essor du numérique et la mare de sang dans l'Est du Congo-Zaïre depuis 1996, avec des estimations oscillant entre 6 et 15 millions de morts.
Incompétence gouvernementale?
Pendant que le M23 et l'armée rwandaise sur place, en dépit du déni affiché par Kagame, laissent un flot de cadavres et forcent nombre d'habitants des villes prises à être déplacés (cf liens n°1, n°2, n°3), il y a de quoi s'interroger sur la capacité du pouvoir exécutif congolais, basé à Kinshasa, soit à plus de 1.500 kilomètres de la zone de guerre, de parvenir (enfin) à pacifier cette région, avec le soutien des casques bleus de la MONUSCO. Et pour cause, les troupes des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont perdu, ont dû reculer. Cela interroge sur la traçabilité du budget consacré à la défense pour équiper les soldats, payer et augmenter leurs soldes, et en absence de cela, se pose la question de la corruption ou de la trahison au sein des officiers des FARDC. Par conséquent, le ministre de la Défense Guy Kabombo Mwadiamvita devra, soit opérer une épuration ou un renouvellement au sein de l'armée vu la dynamique négative, soit rendre compte et présenter sa démission en raison des échecs à tenir Goma et Bukavu.
Mais la responsabilité ultime en revient au président Félix Tshisekedi. La résurgence du M23 à partir de 2022 fait tâche dans son premier quinquennat, même si cela ne l'a pas empêché de se faire largement réélire fin 2023. Mais avec les événements de ces dernières semaines, il peut désormais se brosser sur son idée de réviser la Constitution, en vigueur depuis 2006, car la colère populaire contre cette nouvelle agression indirecte du Rwanda peut tout à fait s'étendre contre Tshisekedi s'il ne fournit pas de réponses militaires et diplomatiques, à-mêmes de renverser une situation pour le moins défavorable.
Regard tourné vers l'Occident
D'où l'importance pour le pouvoir central congo-zaïrois d'isoler diplomatiquement le Rwanda. Notamment auprès de l'Occident, tant les États-Unis de Donald Trump que les pays européens, qui soutiennent diplomatiquement et économiquement le Rwanda, véritable cheval de Troie occidental en Afrique, vu que leurs firmes profitent des minerais pillés par le Rwanda depuis des années. Si le Royaume-Uni, la Belgique - ancienne puissance coloniale des deux pays belligérants - (cf lien n°4), réclament des sanctions à l'égard du régime de Kigali, ce n'est pas (encore) généralisable. Notamment dans l'Union européenne, avec un veto du Luxembourg sur la question des sanctions envers le Rwanda (cf lien n°5). Ou bien une pression populaire, notamment sur les clubs de foot du Paris Saint-Germain, d'Arsenal ou du Bayern Munich, qui ont comme sponsors Visit Rwanda, l'office de tourisme du pays.
Puis, encore faut-il se montrer cohérent et éviter de brader le sol congolais aux convoitises occidentales. C'est ce qui est à craindre de la part de Tshisekedi qui négocie un nouvel accord minier avec les États-Unis pour avoir les faveurs de Trump (cf lien n°6). Autant faire entrer le loup dans la bergerie! Trump, toujours en recherche de minerais, d'où son envie de négocier avec la Russie de Vladimir Poutine, n'en demanderait pas tant de la part d'un pouvoir congolais qui s'affiche ainsi en position de faiblesse, de soumission à un camp occidental, capitaliste, qui n'a eu de cesse de le martyriser, via des chefs d'État à sa main - coucou Mobutu! - depuis l'indépendance (fictive) du 30 juin 1960.
Bref, des heures sombres continuent de tourner dans le pays le plus peuplé de la francophonie!
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