L'après-Charleston marqué par un drapeau polémique

Publié le par JoSeseSeko

L'après-Charleston marqué par un drapeau polémique

Le drapeau confédéré est au cœur d'une polémique dans le monde des jeux vidéo, suite à la décision d'Apple de retirer dans sa plateforme tout jeu incluant le drapeau sudiste, indépendamment du contenu du jeu en question.

L'attentat négrophobe mené par Dylan Roof à Charleston le 18 juin dernier, éclipsant un autre négrophobe honoré ce jour-là (Napoléon Bonaparte), a des conséquences parfois inattendues. À défaut de remettre en cause le port d'armes aux États-Unis, érigé en principe constitutionnel depuis 1787, cette tuerie qui eut lieu dans un État du Sud (Caroline du Sud), un de ceux qui ont gardé le drapeau de la Confédération, malgré la défaite des esclavagistes, il y a 150 ans.

De la condamnation symbolique...

Comment en est-on arrivé à s'écharper autour d'un drapeau outre-Atlantique? Pour une raison simple. Le drapeau confédéré (Dixie flag), fut celui utilisé par les États sécessionnistes de 1861 à 1865, sachant qu'ils avaient la particularité de défendre l'esclavage, ne supportant pas l'élection d'Abraham Lincoln fin 1860 et ses positions abolitionnistes. D'ailleurs, il flotte toujours dans certains anciens états confédérés tels la Caroline du Sud en question, l'Alabama ou la Géorgie par exemple.

Ce qui fait polémique, c'est que ce drapeau n'a pas été mis en berne, contrairement à ceux de l'État fédéral et de l'État fédéré de Caroline du Sud, après ce qu'a commis Roof dans cette même ville. En outre, des photos du tueur négrophobe ont circulé sur le net le montrant à plusieurs reprises avec le drapeau sudiste. Cette attaque raciste, montrant une fois de plus les difficultés de Barack Obama à trouver une solution sur ce sujet (un comble pour le premier président Afro-descendant des États-Unis), n'empêche pas ce dernier à soutenir, comme d'autres politiciens, les personnes souhaitant la disparition du drapeau confédéré dans l'espace public.

 

 

... au négationnisme pratique

Mais ce qui est une recherche d'éliminer un symbole afin d'apaiser les tensions sociales semble aller de soi, mais ça tend à aller au-delà, jusqu'à un négationnisme pratique et totalitaire, complètement délirant. Un exemple? Le PDG d'Apple, Tim Cook, marqué par les événements de Charleston, a interdit ces derniers jours la publication de jeux vidéos dont la trame historique se situe durant la guerre de Sécession, où le drapeau confédéré serait mis en évidence, joignant ainsi (pour d'autres secteurs économiques), Walmart, eBay ou Amazon. Les joueurs de jeux vidéo, sur différents sites spécialisés (comme jeuxvideo.com par exemple), expriment leur incompréhension, voire leur colère, face à un mouvement d'humeur de la part de la firme à la pomme qui fait fi des considérations historiques présentes dans les jeux vidéo, en particulier les jeux de stratégie militaire, ciblés par cette mesure.

Ce qui indique combien l'industrie du jeu vidéo est sujette à des manipulations idéologiques qui peuvent masquer la réalité historique. Il y a quelques mois, l'éditeur français de jeux vidéo Ubisoft avait lancé un nouvel opus de sa série fétiche Assassin's Creed, cette fois-là sur la Révolution française (Assassin's Creed: Unity). La principale critique négative est venue... du Parti de gauche. Alexis Corbière et Jean-Luc Mélenchon avaient considéré que le jeu entretenait une relecture de l'histoire, avec une image de Marie-Antoinette plus innocente tandis que le jeu renforcerait une légende noire déjà présente envers Maximilien Robespierre.

Vous allez me dire, c'est difficilement comparable, mais force est de constater qu'Apple fait, dans un autre style, une relecture de l'histoire (états-unienne) en voulant empêcher tout jeu vidéo ayant une référence, de près ou de loin, à la Confédération. Or, comme je l'ai déjà écrit par le passé, le jeu vidéo peut servir d'outil pédagogique et ce d'autant plus que quand il s'agit de jeux de stratégie militaire (je reprends cet exemple car c'est le genre de jeu que je privilégie), il y a souvent des historiens qui collaborent avec les éditeurs de jeux, leur apportant de la documentation, afin d'être le plus réaliste possible sur le contexte de l'époque. Puis nier de la sorte l'histoire, c'est faciliter la frustration de certains, de l'incompréhension quand à des idéologies. Par exemple, comment convaincre un gameur du danger du nazisme si jamais on retirait tous les jeux qui sont relatifs à la deuxième guerre mondiale? Ça n'a pas de sens. Mais les firmes ont l'air de penser que les joueurs ne sont pas à-mêmes de discerner le vrai du faux, de voir les nuances. C'est ça qui me fait penser que la décision d'Apple est d'une idiotie aberrante (et pourtant, le drapeau sudiste me répulse au plus haut point).

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