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Waterloo, morne plaine!

Publié le par JoSeseSeko

Waterloo, morne plaine!
Waterloo, morne plaine!

En ce bicentenaire de la bataille de Waterloo, en Belgique, il est bon de replonger sur cette défaite française évitable, face aux Anglais de Arthur Wellesley, duc de Wellington, et aux Prussiens de Gebhard von Blücher, marquant la fin de la campagne de Belgique, commencée avec la victoire à Ligny, le 16 juin 1815. Les Bourbons ne tardèrent pas à revenir, grâce à leur Monck involontaire.

"Waterloo! Waterloo! Waterloo! Morne plaine!" Ce vers de Victor Hugo du poème L'Expiation dans Les Châtiments indique la douleur qu'évoque le nom de cette bataille, dont on célèbre le bicentenaire aujourd'hui (jeudi 18 juin 2015), aux yeux des intellectuels français. Cet affrontement marqua la fin de l'ambition impérialiste française, et l'abandon définitif des "frontières naturelles", théorisées, appliquées par les révolutionnaires de 1793, dépassées et rendues caduques par Napoléon Bonaparte ensuite. Les historiens bien-pensants sont enclins à excuser l'ex-Empereur à propos de cette bataille, où il aurait tout tenté, et à faire culpabiliser les maréchaux qui étaient à ses côtés - ou en mesure de le faire -, à ce moment-là (Jean-de-Dieu Soult, Michel Ney, Emmanuel de Grouchy). Or, c'est Napoléon qui porte la plus lourde responsabilité sur plusieurs domaines.

Choix d'hommes discutable

La première grande erreur de Napoléon fut le choix des maréchaux qui devaient l'accompagner durant la campagne de Belgique, soit sur le terrain, soit dans son état-major. Il faut avouer qu'il devait faire vite, et sans avoir le maréchal Louis-Alexandre Berthier, mort le 1er juin 1815. Du coup, il nomma le maréchal Soult comme chef d'état-major, pour remplacer la perte de Berthier, tout en emportant sur le terrain le maréchal Ney. Ce dernier avait pourtant des anicroches avec Soult depuis la campagne d'Espagne de 1808, et cette animosité entre les deux hommes aurait joué un sinistre rôle dans l'exécution des ordres durant la bataille de Waterloo.

Autre choix discutable et discuté, celui du maréchal Louis Auguste de Bourmont. Cet ancien Émigré, ayant lutté aux côtés des Chouans contre les Républicains de 1793 à 1795, royaliste affiché et pro-autrichien, s'était rallié à l'Empire au moment du mariage de Napoléon avec Marie-Louise. La veille du combat de Ligny, il déserta son armée, indignant même le vieux prussien Blücher (72 ans à ce moment-là): "Qu'importe la cocarde, un jean-foutre sera toujours un jean-foutre!"

Enfin, il y eut deux absents de marque du côté français. D'abord le maréchal Joachim Murat. L'ancien roi de Naples avait demandé à Napoléon de pouvoir commander la cavalerie pour cette guerre-ci. L'ex-Empereur refusa, gardant en mémoire la trahison de son beau-frère (époux de Caroline Bonaparte), durant la campagne de France en 1814. Bien qu'il ne fut pas un stratège, Murat était un meneur d'hommes et un cavalier exceptionnel. Certains historiens pensent qu'il aurait été précieux à Waterloo. Le deuxième absent est le maréchal Louis-Nicolas Davout. Et c'est d'autant plus préjudiciable que Davout fut le seul maréchal d'Empire invaincu durant toute la période et dont les compétences stratégiques étaient égales, sinon supérieures à Napoléon lui-même. Il aurait du être le chef d'état-major, à la place de Soult, mais Napoléon le nomma ministre de la Guerre et par conséquent, il resta à Paris, pour mobiliser les maréchaux et des anciens soldats, afin qu'ils fussent prêts au combat partout en France.

Fermeture d'esprit de Napoléon

Napoleone Buonaparte (n'oubliez jamais l'orthographe originelle) avait dit à son valet de chambre, Constant, en 1805: "On n'a qu'un certain temps pour la guerre. Je tiendrai encore six ans de plus (donc jusqu'en 1811), après cela, même moi je devrai crier halte." 10 ans après, il faisait toujours la guerre, en étant malade (hémorroïdes, parait-il), et rendant son esprit militaire complètement fermé. Après tout, la disposition géographique de Waterloo présentait quelque similitude avec Austerlitz. Mais Napoléon n'avait pas pris soin de repérer le champ de bataille et de réfléchir plus profondément à la stratégie à suivre pour piéger Wellington, installé au Mont-Saint-Jean. Ce grand stratège, qui était en supériorité numérique (72 000 contre 68 000) ne cherchait pas à faire une fausse fuite qui put berner les troupes anglaises, comme les austro-russes à Austerlitz. Au contraire, c'était lui qui pilonnait avec 84 canons - de manière imprécise, un peu comme le général Robert Lee à Gettysburg, en 1863, avant de lancer la charge de Pickett (Pickett's charge en anglais) - le centre anglais, pour espérer le mettre en branle. En vain.

En outre, des historiens comme Richard Holmes indiquent l'absence de clarté des ordres de Napoléon à destination de Grouchy, ce dernier étant chargé d'empêcher Blücher de venir à Waterloo, ainsi que le manque de communication. Quand il apprit que les Prussiens avaient échappé à Grouchy, il ne demanda pas au maréchal de revenir le plus vite possible et fournit même des fausses informations aux soldats, croyant encore que Grouchy arriverait. Dès qu'ils aperçurent les Prussiens, "L'espoir changea de camp, le combat changea d'âme".

Absence de remise en question

Cette bataille montre à quel point la remise en question n'existe pas chez Napoléon. Et cela lui fut fatal. Il pensait qu'un bon pilonnage d'artillerie et les charges de cavalerie de Ney pourraient faciliter le combat entre une infanterie française peu mise en avant et son homologue britannique fatiguée. Il n'en fut rien car l'artillerie n'eut pas su être efficace (la météo pluvieuse de la veille, rendant le terrain boueux, eut empiré les choses) et la force de frappe de l'infanterie anglaise annihila les charges de Ney. L'infanterie française était incitée à charger à l'arme blanche, à ne pas tirer. Napoléon affirma en 1796: "C'est la baïonnette qui a toujours été l'arme du brave et le principal instrument de la victoire; c'est surtout celle qui convient aux soldats français." Cela se confirma, avec cette phrase célèbre du général Jean Marie Dorsenne à Eylau, auprès de la Vieille garde: "Halte au feu, grenadiers, et l'arme au bras! La vieille garde ne se bat qu'à la baïonnette!"

Cette croyance en la supériorité virile des soldats français aveugla Napoléon, malgré les alertes de Soult et de Ney, qui affrontèrent régulièrement Wellington en Epagne, insistant sur l’efficacité de la puissance de tir de l'infanterie d'Albion, alors que le caïd d’Ajaccio n'avait plus combattu des anglais depuis Toulon en 1793. Cette sous-estimation napoléonienne de l'utilité du tir a beaucoup expliqué les défaites finales de la France à cette époque. Le général Jean-Baptiste Marbot, combattant en Espagne et à Waterloo, estimait dans ses Mémoires: "À mon avis, la cause principale de nos revers, bien qu'elle n'ait été indiquée par aucun des militaires qui ont écrit sur les guerres d'Espagne et du Portugal, fut l'immense supériorité de la justesse du tir de l'infanterie anglaise, supériorité qui provient du très fréquent exercice à la cible, et beaucoup aussi de sa formation sur deux rangs."

Voilà pourquoi malgré son grand génie militaire, Napoléon Bonaparte, le plus célèbre négrophobe de l'histoire de France, un caïd au service des capitalistes tant qu'il ne transformait pas leurs gosses en chair à canon, a failli au bout du compte, entraînant la France dans sa chute, après 23 ans de guerre ininterrompue, car les expéditions coloniales se déroulèrent fin 1801 - fin 1803 en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique et à Saint-Domingue, cette dernière se terminant mal pour la France bonapartiste et esclavagiste avec l'indépendance d'Haïti, acquise de haute lutte.

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