Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Robespierre, un incorruptible trop dangereux

Publié le par JoSeseSeko

Robespierre, un incorruptible trop dangereux

Depuis 220 ans, sa place dans l'histoire de la République française suscite des interrogations, à tel point qu'une légende noire s'est installée dans les esprits, à propos de Maximilien de Robespierre. Mais ce qu'il faut rappeler, c'est que ce sont les adversaires de Robespierre, les Thermidoriens qui l'ont assassiné, ont bâti cette légende noire du dictateur sanguinaire, voulant davantage de têtes.

Tout d'abord, d'où vient Robespierre? Il était un gars du Nord-Pas-de-Calais, né à Arras en 1758 et aîné de la fratrie (4 frères et sœurs, dont 2 qui auront connu la Révolution: Charlotte et Augustin). Par son père, il était issu de la noblesse de robe, et la tradition paternelle se tourna vers la justice, en tant qu'avocat ou procureur, si on regarde l'ascendance de Maximilien. Durant son adolescence, il partit à Paris, grâce à l'aide du chanoine Aymé, mener ses études au collège Louis-le-Grand (actuel lycée Louis-le-Grand, dans le Vème arrondissement). Perçu comme élève brillant, il nourrit quelques amitiés au collège, notamment avec Camille Desmoulins. Durant cette adolescence parisienne, il raconta qu'il aurait rencontré Jean-Jacques Rousseau, quand ce dernier, sur la fin de sa vie, logeait chez le marquis de Girardin à Ermenonville. Une fois ses études terminées, il revint à Arras, commençant sa carrière d'avocat mais 1789 allait vite le ramener à Paris.

Les États généraux étaient demandés par Louis XVI, face à la situation catastrophique des finances publiques, l'État menaçant de faire banqueroute. De nombreux nobles ont cherché à être des représentants du Tiers-État, tels Mirabeau. Robespierre en fit autant, devenant l'un des 8 députés du Tiers-État d'Arras. Après les États généraux, au début de la Constituante, il rejoignit le Club Breton, fondé notamment par Isaac Le Chapelier (celui-là même qui interdira les coalitions ouvrières et le droit de grève en 1791), qui une fois installé rue Saint-Honoré à Paris, prit le nom de Club des Jacobins, puisqu'il s'était installé dans le couvent du même nom. Au début de la Révolution française, les Jacobins étaient des modérés, avec Le Chapelier, Barnave, Mirabeau, Talleyrand, l'abbé Grégoire, l'abbé Siéyès, Alexandre de Lameth (un des 3 frères de Lameth), le général La Fayette, et donc Robespierre. Devenu député de la Constituante, Robespierre intervint beaucoup à l'Assemblée sur divers sujets: souveraineté populaire, suffrage universel, abolition de l'esclavage, guerre d'expansion, non-rééligibilité des constituants. Ses interventions lui valurent des inimitiés croissantes dans l'Assemblée, mais aussi au sein des Jacobins, dont il représentait l'aile gauche. Inimité d'autant plus grande après la fuite de Louis XVI à Varennes et la fusillade du 17 juillet 1791, où La Fayette mitrailla la foule au Champ-de-Mars. D'ailleurs, cette fusillade provoqua une scission chez les Jacobins, la majorité des élus préférant former le Club des Feuillants, suivant Barnave; la minorité se radicalisant autour de Robespierre, de plus en plus favorable à la république. Durant la Législative, il influença le club des Jacobins, notamment par rapport à la guerre, qu'une majorité de militants, issus de la Gironde, derrière Brissot ou Vergniaud, souhaitait la guerre, pour des questions de libération des peuples (pour la forme), mais pour enrichir les possédants face à l'assignat qui perdit de la valeur (pour le fond). Robespierre fut l'adversaire à la guerre car elle servirait les intérêts de Louis XVI, et il savait pertinement que l'armée ne serait pas prête, les cadres étant des nobles émigrés. Avec Danton, il fut l'un des bénéficiaires de la journée du 10 Août 1792, renversant le roi et poussant à l'élection de la Convention, 1ère assemblée française élue au suffrage universel.

La République fut proclamée suite à la victoire de Valmy, et un Danton très inspiré, théorisa les "frontières naturelles", fin janvier 1793. Entre-temps, il fallut statuer sur le sort de Louis XVI. En novembre 1792, l'Incorruptible Robespierre (c'est son surnom) se demanda si l'ancien roi devait être condamné à mort. Il hésitait, comme d'autres députés de la Convention. Et les interventions de Louis-Antoine de Saint-Just à la fin novembre, l'ont définitivement convaincu d'être un régicide, comme la courte majorité des élus qui votèrent la mort, en janvier 1793. Conséquence, la coalition européenne fut mise en place, battant les troupes républicaines toujours en carence d'officiers; certains passant à l'ennemi sur le champ de bataille tels Charles Dumouriez et le futur roi Louis-Philippe. La Convention, dominée alors par les Girondins (qui ont causé cette guerre pour des raisons financières), lança une levée de 300 000 hommes pour défendre les frontières menacées. Réponse (imbécile) en Vendée: "on ne se battra pas aux frontières mais on se battra contre la République". Bref, la catastrophe pointa le bout de son nez et les Girondins, coupables d'avoir fait empirer la situation, furent renversés lors des journées de mai-juin 1793. Robespierre fut décisif car ce fut lui qui appela Paris à l'insurrection contre les Girondins, mais, il exigea qu'on ne tue pas les députés Girondins ciblés par ce Coup d'État. Certains d'entre eux jurèrent qu'ils ne quitteraient pas leurs appartements, d'autres soulevèrent le pays. En juin-juillet 1793, 60 départements furent en insurrection. Danton, membre du Comité de Salut public depuis sa création en mars 1793, fondateur du Tribunal révolutionnaire en avril 1793, ne se sentant plus capable de contrôler la situation, préféra partir du Comité lors de son renouvellement mensuel, le 10 juillet 1793. Robespierre refusa d'y entrer, pourtant poussé par Saint-Just et Georges Couthon. Mais le 27 juillet 1793 (9 Thermidor an I), une place fut vacante et cette fois-ci, l'Incorruptible entra au Comité de Salut public, aux côtés de Bertrand Barère, Saint-Just, Couthon, Lazare Carnot, Robert Lindet, Jean-Marie Collot d'Herbois, etc. Si vous avez bien lu la date, cela veut dire que Robespierre était un des gouvernants de la France républicaine pendant seulement 1 an.

Durant cette année de présence collégiale au pouvoir, beaucoup d'événements se déroulèrent. La loi du Maximum fut votée, la Terreur fut mise à l'ordre du jour (sous la pression populaire et la sournoiserie de Danton), l'exécution de Marie-Antoinette actée, la levée en masse décrétée, l'envoi de représentants en mission pour contrôler les départements et les armées accepté, l'abolition de l'esclavage officialisée, la "lutte des factions" (Hébert et Danton contre le Comité) terminée sous la guillotine, etc. L'énergie des membres du Comité et de la Convention Jacobine (ou Montagnarde, c'est selon) pour la défense patriotique rétablit la situation. Les mouvements "fédéralistes" (girondins) furent battus, la Vendée fut vaincue, et les frontières furent sauvées. Pour cause, la Convention promut beaucoup de jeunes généraux (moins de 35 ans), souvent sous-officiers dans l'armée royale, tels Jean-Baptiste Kléber, François-Séverin Marceau, Louis Desaix, Lazare Hoche, Jean-Victor Moreau, Thomas-Alexandre Dumas (le père de l'écrivain Alexandre Dumas), Jean-Baptiste Jourdan, Jean-Charles Pichegru, Jean-Étienne Championnet, André Masséna, Napoléon Bonaparte, etc. De jeunes et intrépides militaires, grands stratèges.

La victoire de Fleurus, le 26 juin 1794 (8 Messidor an II), pouvait calmer la situation intérieure. Il n'en fut rien! Au contraire, au sein du Comité de Salut public, de la Convention, les tensions s'exacerbèrent et une coalition se forma contre Robespierre, bouc émissaire tout trouvé vu qu'il était absent du Comité depuis Fleurus, en raison d'une santé déclinante (tuberculose). Comme le dira Barère dans ses Mémoires: "Les victoires s'acharnaient sur Robespierre comme des furies." Le 26 juillet 1794 (8 Thermidor an II), Robespierre réapparut à la Convention, prononçant un discours où il reconnut ses responsabilités par rapport à la politique de Terreur (ce que les autres n'eurent pas fait, pouvant se dédouaner grâce à Robespierre), mais condamnant publiquement (sans nommer) les excès des représentants en mission, et proposant d'"épurer le Comité de salut public lui-même, constituer l'unité du gouvernement sous l'autorité suprême de la Convention nationale, qui est le centre et le juge." Par conséquent, les représentants en mission visés par ce discours (Tallien, Carrier, Fouché, Barras, etc.) complotèrent avec les centristes de la Plaine, des membres du Comité tels Collot d'Herbois, Lindet, ou Carnot. Au dernier moment, Barère se joignit à eux pour ce Coup d'État du 9 Thermidor (27 juillet 1794). Pourtant, Saint-Just chercha, par un ultime discours, le consensus au sein de la Convention, une unité d'action révolutionnaire, mais Tallien lui coupa la parole, s'enfermant ainsi dans un silence jugé hautain par les comploteurs. Des ex-dantonistes retrouvèrent du poil de la bête dans l'après-midi et demandèrent la mise hors-la-loi de Robespierre (l'aîné et le jeune, puisque Augustin était également député de la Convention), de Saint-Just, de Couthon, de Le Bas, et d'autres meneurs Jacobins. Le soir, les partisans de Robespierre se réfugièrent à l'Hôtel de ville, se préparant à une insurrection. Dans la nuit, ils furent arrêtés, et Robespierre reçut une balle lui fracassant la mâchoire. Deux versions sur ce fait: tentative de suicide/ tir à bout (presque) portant du gendarme Merda. Cela reste encore en débat. Toujours est-il que le 28 juillet 1794 (10 Thermidor an II), Robespierre et ses amis furent guillotinés, symbolisant la Convention thermidorienne.

Bref, si vous avez tenu jusque-là, chers lecteurs, vous pouvez remarquer que Robespierre est loin du monstre sanguinaire et incompétent que les historiens bien-pensants ont décrit. J'en veux pour preuves sa défense des girondins après la crise de mai-juin 1793, et d'ailleurs certains lui en furent reconnaissants. Sa conviction abolitionniste défendue dès 1791 au sein des Jacobins, même si on ne sait pas sa réaction par rapport à l'abolition de 1794; néanmoins des historiens supposent qu'il l'a accueillie avec joie. Il a voulu sauver Camille Desmoulins, son ami de Louis-le-Grand, au moment du procès Danton, mais le reste du Comité de Salut public s'y refusa. La loi du Maximum, il l'avait défendue pour soulager le sort des ouvriers, des paysans, au sujet des prix des denrées de première nécessité. Avec Saint-Just, c'est lui qui réorganisa l'armée républicaine, et non Carnot. Le dirigisme économique, qui fut reproché à la Convention Jacobine, permit de fournir des équipements aux armées via les nationalisations, la suppression des fournisseurs, les réquisitions, mais également redressa la valeur de la monnaie. 100 assignats correspondaient à 37 francs-or en juillet 1793, sept mois après: 100 assignats=74 francs-or. La valeur de la monnaie doublée!

Dernière chose, Robespierre était quand même un visionnaire! Rappelez-vous son opposition à la guerre de conquête des Girondins en 1792. Il déclara entre autres qu'envoyer des "missionnaires armés", pour exporter les idées révolutionnaires, est une erreur. Mais surtout, que cette guerre pourrait créer une dictature militaire en France, où un "sabre" prendrait le pouvoir. L'histoire lui donna raison, avec le Coup d'État du 18 Brumaire an VIII (9 novembre 1799). Mais l'ironie du sort voulut que ce soit... Napoléon Bonaparte, celui-là même qui fut (un temps) protégé par Augustin Robespierre, par pur opportunisme.

Commenter cet article

Seni 06/05/2017 10:29

Tout a fait d'accord avec vous! Excellent article à part sur la Vendée(je pense qu'ils avaient de bonne raison de ne pas accepter la levée en masse : ils n'avaient pas envie de crever à la guerre alors que ce n'étaient pas des militaires j'aurais fait pareil mais je comprends la nécessité de réprimander cet rébellion). Sinon quand est ce que vous pensez faire un article sur Couthon personnalité que j'admire également lors de la révolution française?