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Le jour de gloire est arrivé pour Syriza

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Michael Kappleler/EPA

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Photo: MARKO DJURICA/REUTERS

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Les élections législatives grecques donnent une victoire complète pour le parti de gauche radicale Syriza. Maintenant, il faudra observer l'application du programme du parti d'Alexis Tsipras, futur Premier ministre grec.

Le 25 janvier 2015 sera une date à inscrire dans les livres d'histoire, en Grèce comme ailleurs. Syriza, parti de gauche radicale regroupant les idées socialistes, communistes, écosocialistes, est sorti grand vainqueur des élections législatives du 25 janvier 2015, dont il était le favori. Alexis Tsipras, 40 ans, meneur du parti, sera le futur Premier ministre grec, le plus jeune depuis 150 ans. La gauche (radicale) grecque pourrait danser un sirtaki sur l'air de la Marseillaise ou de l'Internationale, tellement c'est un événement qui pourrait en engendrer des petits.

La majorité absolue en vue

Au fur et à mesure que les résultats s'affinent, Syriza affiche un minimum de 35% des voix en son nom. Le scénario d'une chambre rouge, qui semblait presque utopique encore un mois auparavant, à savoir plus de 150 députés Syriza sur les 300 que compte la Vouli, est de plus en plus réel. Pour l'instant, ce serait 149 sièges assurés pour Syriza, c'est dire si ça se joue à peu de chose. Une victoire d'autant plus large que les conservateurs de la Nouvelle démocratie, qui formaient une coalition avec Antonis Samaras comme Premier ministre, auraient recueilli au maximum 29% des voix. Mais si une ombre devait se poser, ce serait celle de l'extrême-droite. Le parti néo-nazi Aube dorée aurait entre 6,5% et 8% des suffrages, luttant avec le parti de centre-gauche To Potami pour être le 3ème parti politique grec à la Vouli.

Signe des temps, le Parti socialiste hellénique (Pasok, centre-gauche), longtemps le parti dominant de la gauche grecque, poursuit son effondrement, avec à peine 5% des voix. Ce qui lui suffirait pour avoir une dizaine de députés. En tout cas, les premières annonces de la victoire du parti d'Alexis Tsipras ont donné lieu à des scènes de liesse du côté d'Athènes, signe de l'espoir que porte la gauche radicale grecque sur la population.

 

 Lendemains qui chantent?

Il n'empêche, quitte à refroidir une atmosphère chaleureuse, positive et humaine, il faudra du temps pour voir des lendemains qui chantent. Alexis Tsipras, qui a promis de relever le niveau du salaire minimum, des pensions de retraite, des embauches de fonctionnaires, devra batailler pour faire passer ces lois auprès des nouveaux députés et auprès des partenaires européens. Son plus grand cheval de bataille reste la fin de la politique d'austérité, mise en place depuis 2010 par Georgios Papandréou, alors Premier ministre issu du Pasok, avec l'accord de la "troïka" (Fonds monétaire international, Commission européenne, Banque centrale européenne). Cette politique, digne de l'orthodoxie économique, a asphixié la poule grecque (-25% de Produit intérieur brut en 5 ans; plus de 25% de chômeurs, dette publique projetée au-delà de 175% du PIB) sans voir des signes de meilleure santé. Les saignées des médecins de Molière se sont déclinées à travers des "experts" qui portent une lourde responsabilité, notamment la banque d'affaires Goldman Sachs, à l'origine des malheurs grecs.

Du coup, Tsipras devra négocier ardement pour faire passer la pilule anti-austéritaire auprès des partenaires européens, de l'Allemagne en particulier, vent debout contre toute idée de relance budgétaire par le pouvoir exécutif grec. Il a tout de même des chances d'y arriver car il a mis de l'eau dans son vin, s'est montré très conciliant, rassurant sur son envie de rester dans la zone euro, quitte à provoquer des débats houleux au sein de Syriza entre la ligne de Tsipras (relance keynésienne, restructuration de la dette, etc.), et la ligne plus anticapitaliste, cherchant davantage à préparer un modèle (éco)socialiste, sans forcément passer par l'État.

Une dynamique à exporter

Cette victoire marque une dynamique bienvenue pour la pensée alternative, qui a retrouvé une force de conviction depuis la crise de 2008, après près de 20 ans de discrédit suite à la chute de l'URSS, qui se revendiquait du socialisme, du communisme. Et il serait pas mal que ça s'exporte en Europe. Cela semble être le cas en Espagne, où la coalition de gauche radicale Podemos se positionne en favori pour des élections législatives qui promettent également d'être historiques en décembre 2015, de l'autre côté des Pyrénées.

Ça pourrait également servir en France, où le Front de gauche (FG) a du mal à faire porter son message depuis l'élection présidentielle de 2012 et les 11,1% des voix pour son candidat, Jean-Luc Mélenchon. Il faut dire qu'en son sein, la question du rapport à avoir avec le Parti socialiste (PS), actuellement au pouvoir, a provoqué des dissonances entre les principales composantes de la coalition, à savoir le Parti communiste et le Parti de gauche. Mais elles disparaissent peu à peu car le FG se rend compte, un peu tard, que se distancer du PS et forger des alliances avec les écologistes peut être plus porteur que d'être la cinquième roue du carrosse socialiste et donc d'être associé, voire complice, des défaites successives de ce parti depuis 2012. Syriza leur montre que se poser en adversaire intransigeant d'un Parti socialiste qui aligne une position social-libérale contre-nature, puis de porter un message alternatif, ça peut marcher.

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