Un horizon positif très lointain pour le gouvernement

Publié le par JoSeseSeko

Photo: PHILIPPE HUGUEN / AFP

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En dépit de nouvelles plutôt rassurantes sur les déficits publics, le gouvernement ne peut en tirer un grand effet en raison de la hausse du chômage pour le mois de février. Néanmoins, la trajectoire de croissance en France pourrait pourrait permettre à Paris de se rapprocher, voire de passer en-dessous du seuil de 3% de déficit public pour 2016 et au-delà, baissant ainsi la dette publique.

Une fin de semaine mi-figue, mi-raisin pour le gouvernement. Jeudi 24 mars, le ministère du Travail communique une hausse du chômage pour le mois de février 2016. 38.400 demandeurs d'emploi de plus en février alors que pour janvier, il y avait 27.900 chômeurs de moins inscrits à Pôle emploi. Le lendemain, L'institut national de la statistique et des études économiques (Insee) publie un rapport indiquant que le déficit public était de 3,5% du Produit intérieur brut (PIB) en 2015, alors que le gouvernement avait tablé sur 3,8% dans ses objectifs communiqués auprès de la Commission européenne.

Une hausse problématique

Cette hausse du chômage en février renforce un scénario de yo-yo peu à peu en place ces derniers mois (cf liens n°1 et 2). Mais elle est surtout problématique pour le gouvernement sur deux axes. Le premier est que cette hausse concerne toutes les classes d'âge, y compris chez les jeunes (15-24 ans) car le nombre de demandeurs d'emploi chez cette classe d'âge a cru de 0,5% en février par rapport à janvier (2.700 personnes), mais ça semble être une péripétie car la ministre du Travail, Myriam El Khomri, rappelle, dans son communiqué, que le chômage des jeunes a tendanciellement baissé depuis plus d'un an.

Le deuxième axe est que cette nouvelle tombe au moment où le projet de loi de la ministre du Travail sur le code du travail a été présenté au conseil des ministres, sous une version qui se veut basée sur le compromis avec certains syndicats "réformistes" (CFDT, UNSA, CFE-CGC, etc.), alors que d'autres syndicats (CGT, FO, SUD, FSU, CNT, UNEF, FIDL, UNL, etc.) affichent une opposition résolue à ce projet, manifestant de manière régulière depuis le 9 mars, poussant d'ailleurs le gouvernement à présenter une nouvelle version, même si la répression semble monter en intensité depuis le 17 mars. Tout pourrait se jouer le 31 mars, jour de la présentation du projet de loi devant l'Assemblée nationale et jour de manifestation pour les syndicats et partis opposés à cette modification du code du travail.

Épongement progressif du déficit

La bonne nouvelle de la semaine pour le gouvernement, c'est du côté des déficits qu'il faut regarder. L'Insee montre que la France a un déficit public de 3,5% du PIB en 2015, contre 4% en 2014. La trajectoire de réduction des déficits semble, lentement mais sûrement, se poursuivre. Mieux encore, le gouvernement avait plutôt envisagé 3,8% de déficit auprès de la Commission européenne. Une manière de dire à Bruxelles que Paris fait des efforts, quand bien même il y a eu des recrutements de fonctionnaires dans la police ou l'armée sur la fin de l'année 2015, suite aux attaques terroristes dans Paris le 13 novembre.

Dans le détail, l'évolution est disparate. La baisse du déficit est surtout liée à un excédent budgétaire des collectivités locales. Ce dit excédent est expliqué par une coupe dans les investissements de ces collectivités de 4,6 milliards d'euros - pas de lien avec la réforme territoriale donc -. C'est d'ailleurs la seule cause selon le maire de Sceaux, Philippe Laurent, interrogé par le journal La Tribune (cf lien n°3). De même que, selon l'édile, il faudra anticiper une continuité dans la baisse des investissements pour 2016 et au-delà, en raison des coupes dans les dotations fournies par l'État aux collectivités, en mesure depuis 2014. Cela dit, l'administration centrale réduit également son propre déficit, passant de 75,3 à 71,3 milliards d'euros sur un an; de même que l'administration de Sécurité sociale réduit son déficit, de 7,9 milliards d'euros en 2014 à 5,7 milliards en 2015. En fin de compte, il y a de l'austérité qui se fait, sans que ce soit ouvertement mentionné dans les médias mainstream, vu que les dépenses publiques sont passés de 57,3% à 56,8% du PIB entre 2014 et 2015, sachant que c'est un retour au niveau de 2012. Des dépenses loin d'être considérées comme improductives par des économistes "hétérodoxes", marginalisés et bataillant pour se faire entendre et comprendre.

Une dette publique à réduire

Vu les données de l'Insee sur les déficits publics et la croissance, de l'ordre de 1,1% en 2015, la dette publique n'a finalement cru que de 0,4 point en 2015 (95,7% du PIB contre 95,3% en 2014). Une surprise de ce côté-là car nombre de journaux économiques distinguées (Les Échos, l'Expansion, etc.) estimaient que la dette publique hexagonale aurait pu atteindre 100% du PIB dès 2015, ou du moins davantage s'en rapprocher que ce montre l'Insee. Maintenant, reste à savoir si cette dette publique peut se réduire dès 2016.

L'hypothèse d'une croissance française pouvant être de 1,5% ou plus, donnerait une réduction accélérée des déficits car en cas de croissance supérieure à 1,5%, le chômage diminuerait structurellement, signifiant moins de dépenses publiques (allocations chômages, RSA, etc.) et davantage de recettes (cotisations sociales, impôts sur le revenu, etc.). Ainsi, l'idée d'un déficit au niveau de 3%, voire en-deçà, donnerait un crédit énorme pour le gouvernement envers l'Union européenne car ce serait un retour dans le respect des critères de déficit public, une première depuis 2007! Au bout, la dette publique pourrait bien commencer à se réduire. Mais ce serait trop simple! Il faudrait, d'une part, que le pétrole se maintienne à un niveau de prix entre 30 et 60 dollars le baril - ce qui est structurellement intenable à moyen/long terme -. Et d'autre part, il faudrait que la politique monétaire de la Banque centrale européenne réussisse à endiguer la spirale déflationniste tout en se devant de redéfinir ses statuts, avec notamment une révision à la hausse du niveau de cible d'inflation.

Tout ça, bien entendu, reste dans une optique quantitative et classique de la croissance, qui n'est pas forcément la meilleure vision de l'économie.

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