Le parti de Poutine grand vainqueur des législatives

Publié le par JoSeseSeko

Photo: ALEXEI DRUZHININ/SPUTNIK/AFP

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Selon la commission électorale, le parti du président Vladimir Poutine récolte plus de 54% des voix au législatives, et devrait composer plus des 3/4 des 450 sièges de la Douma. Un scrutin tout de même largement boudé par les urnes.

Il n'y a guère eu de suspense électoral en Russie. Les élections législatives, dimanche 18 septembre, ont démontré la supériorité de la droite conservatrice du président Vladimir Poutine. Son parti, Russie unie, obtient 54,3% des voix et devrait sans doute élire 343 députés sous son nom, sur les 450 que compose la Douma, la chambre basse du parlement russe. Ceci est lié au fait que les élections législatives sont pour moitié un scrutin majoritaire et pour l'autre moitié, un scrutin proportionnel. Un boulevard en perspective de l'élection présidentielle prévue pour 2018 et vu la popularité du président russe (80% d'opinion favorable minimum), il est bien parti pour rester au Kremlin jusqu'en 2024.

Les autres partis laminés

Si le parti Russie unie est largement vainqueur, selon les résultats lancés par la commission électorale, d'autres se trouvent largement battus. En premier lieu le Parti communiste russe (Kommounistitcheskaïa partiïa Rossiskoï Federatsii, KPRF). Principal parti d'opposition, le KPRF, qui se pose en héritier du Parti communiste de l'Union soviétique, du marxisme-léninisme qui est tout sauf marxiste (Karl Marx étant censuré du temps de l'URSS, un comble!), a pris une déculottée. Il obtient environ 13% des voix, un recul de six points par rapport aux élections de 2011, s'est vu même dépassé par le Parti libéral-démocrate de Russie (Liberalno-demokratitcheskaïa partiïa Rossii, LDPR).

Ce dernier, classé à l'extrême-droite par certains observateurs internationaux, est un parti qui soutient largement le Kremlin. Et bien qu'il soit laminé par Russie unie, le LDPR a progressé électoralement en ayant 13,3% des voix. Enfin, le parti social-démocrate Russie juste, également vu comme pro-Kremlin, recueille 6% des voix dans ces élections, soit un recul de près de 7 points par rapport à 2011.

Victoire en trompe-l'œil?

Pourtant, deux raisons viennent contrecarrer le sentiment triomphaliste de M. Poutine et de ses partisans. Premièrement, des soupçons de fraude électorale pèsent sur plusieurs circonscriptions. Des vidéos circulent sur Internet laissant poindre l'idée de bourrage des urnes comme à Rostov-sur-le-Don, où une assesseure est repérée en train de bourrer l'urne. En tout cas, la commission électorale a été saisie de l'affaire, qui n'est pas unique en son genre. Néanmoins, certains journalistes étrangers indiquent une transparence "accrue par rapport à 2011" en matière de fiabilité des résultats électoraux.

Mais la plus grosse épine dans le pied du Kremlin est l'abstention massive des électeurs russes. Alors qu'il n'y avait que 40% d'abstention en 2011, elle a désormais atteint 52,2%, selon la commission. Un record depuis la chute de l'URSS! Comment interpréter cette donnée? Dans un premier temps, ça peut signifier qu'à l'instar d'autres pays occidentaux, la Russie n'est pas épargnée par une abstention croissante au moment d'élections, notamment du côté du prolétariat, des classes populaires et que les plus riches sont plus intéressés pour voter car mieux respectés des élus (hypothèse du "cens caché"). Dans un second temps, c'est lié au cadre spécifique de la Russie. La politique d'austérité progressivement adoptée par Moscou, conséquence directe du blocus européen et nord-américain en place depuis 2014, en lien avec le rôle de la Russie dans la crise de l'Ukraine - annexion de la Crimée votée par référendum au niveau local - a appauvri plusieurs millions de Russes et certains jeunes, une minorité semble-t-il, sont plus enclins à vouloir s'exiler plutôt que de rester.

Au final, la victoire du camp Poutine est large mais pas totalement complète pour renforcer l'influence diplomatique de Moscou dans les relations internationales, pourtant bien manifeste ces dernières années.

Publié dans Europe, Russie, Élections, Poutine

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