Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

JoSeseSeko

JoSeseSeko

"Il ne faut jamais prendre les gens pour des cons, mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont." Cette phrase résume une recherche de vérité, de développer de l'information sur une variété de sujets, notamment l'économie, la politique et l'histoire. Et ce, dans plusieurs pays du monde.


L'Austérité comme machine de guerre envers les exploités

Publié par JoSeseSeko sur 17 Juillet 2025, 13:09pm

Catégories : #Économie, #Politique, #Europe, #France, #Gouvernement, #Bayrou, #Austérité, #Lutte des classes, #Capitalisme, #Guerre, #État, #Dette Publique

Photo: Flickr/Ugo Bronszewski

Photo: Flickr/Ugo Bronszewski

Les réactions autour des annonces du Premier ministre François Bayrou pour le budget 2026 montrent combien la focalisation sur la réduction du nombre de jours fériés permet de moins parler en profondeur de l'austérité budgétaire affichée pour mener une guerre extérieure mais surtout intérieure, en épargnant au maximum le capital de "l'effort" demandé aux citoyens lambda.

43,8 milliards d'euros! C'est la note de l'austérité réclamée par François Bayrou lors de sa conférence du 15 juillet pour le budget 2026. Dont 12,6 milliards d'euros sur la protection sociale via des "économies" sur le fonctionnement - essentiellement du déremboursement de médicaments, représentant 5,5 milliards d'euros - et une "année blanche", où il n'y a pas de relèvement des prestations sociales (7,1 milliards d'euros). Et tout cela pour vouloir avoir un déficit public qui soit établi à 4,6% du Produit intérieur brut (PIB) l'an prochain (cf lien n°1).

Mesurettes symboliques...

Mais ce qui ressort dans les discussions médiatiques qui s'en suivent, ce sont les mesurettes symboliques que sont la suppression de deux jours fériés, en l'occurrence le lundi de Pâques et le 8 mai. Selon Bayrou, le lundi de Pâques n'a plus de "connotation religieuse" et le 8 mai serait de trop dans un mois de mai qui en compte trois (minimum), avec le 1er mai et le jeudi de l'Ascension en plus du 8 mai. Et ce, avec l'argument comme quoi la France compterait trop de jours fériés par rapport aux voisins européens. Or, ce n'est pas le cas. C'est même déjà en-deça de la moyenne européenne des jours fériés, et en cas de suppression, cela ferait de la France parmi les pays de l'UE qui en compteraient le moins. Le tout, avec un gain hypothétique de 5 milliards d'euros (cf lien n°2). Et évoquer cela, 80 ans après la victoire contre le nazisme, c'est dire si les leçons de 1945 ont été oubliées par la classe politique française.

Et ces suppressions sont discutées dans l'idée - saugrenue - que les travailleurs français n'en font pas assez en matière d'heures de travail annuel. Là encore, c'est une légende dorée que le pouvoir et ses relais médiatiques, notamment les chiens de garde de la pensée économique orthodoxe (libéralisme), relaient pour aliéner les esprits, notamment en comparaison avec l'Allemagne. Justement, en comparant le nombre d'heures travaillées par an, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) indique que les travailleurs français font plus d'heures que leurs homologues allemands (cf lien n°3). C'est dire si les dominants ont comme maxime "il ne faut jamais prendre les gens pour des cons mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont".

... Pour masquer l'essentiel

Néanmoins, l'essentiel est ailleurs. Il repose, en premier lieu, sur une étatisation croissante de la Sécurité sociale car Bayrou compte bien universaliser le financement de la protection sociale, pour réduire le poids des cotisations sociales dans ce dit financement. Ce qui signifie, in fine, réduire le pouvoir des syndicats, cogérant avec le patronat le financement de la Sécu. Il ne serait pas étonnant de voir un renforcement de la contribution sociale généralisée (CSG) ou bien une "TVA sociale", serpent de mer depuis 2007, voir le jour. Dans ce cas de figure, ce seront les salariés, les prolétaires, qui y perdront car se retrouvant davantage taxés dans un premier temps, puis risquant de voir un amaigrissement de leurs retraites dans un second temps (long), via la stagnation du taux de cotisations sociales - qui est du salaire socialisé, de long terme - et une éventuelle suppression de l'abattement des retraites concernant l'impôt sur le revenu, bien que le gouvernement assure que seuls les retraités aisés seraient visés, au nom d'une contribution sociale.

Ensuite, l'essentiel est que l'austérité vise nombre d'activités publiques, sauf la défense. Bayrou confirmant la déclaration du président Emmanuel Macron le 13 juillet, indiquant une hausse du budget du ministère des Armées de 3,5 milliards d'euros pour 2026 et 3 milliards d'euros supplémentaires pour 2027 (cf lien n°4). L'argument tenu étant celui du changement géopolitique avec la guerre russo-ukrainienne d'une part et la réélection de Donald Trump aux États-Unis, exigeant que les pays membres de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) augmentent sensiblement leur budget consacré à la défense, d'autre part. De quoi pouvoir mener une guerre à l'extérieur? Ou plutôt agiter la menace extérieure, en l'occurrence russe, pour mieux cornaquer les esprits et éviter qu'ils ne pensent pas au saccage austéritaire proposé depuis des années par le pouvoir, serviteur du capital. D'ailleurs, ce jeudi 17 juillet, le directeur de BPI France annonce que le livret défense, ayant pour but d'attirer des épargnants vers le soutien de l'effort d'armement, devrait voir le jour en octobre avec un taux d'intérêt de 5% (cf lien n°5). En parallèle, le gouvernement a annoncé, la veille (16 juillet), la réduction du taux du Livret A, passant de 2,4% à 1,7% le 1er août prochain (cf lien n°6). Coïncidence? Je vous laisse méditer là-dessus, cher(e)s lecteurs/lectrices.

De même que Bayrou a évoqué rapidement les aides publiques aux entreprises, alors qu'un rapport du Sénat indique que celles-ci ont plus que triplé depuis 2007, dépassant désormais les 200 milliards d'euros annuels. Ce qui est la première dépense publique en France. Ce serait une piste à creuser, non?

Austérité = récession?!

Mais pourquoi cette austérité? La raison invoquée est de vouloir dire "stop à la dette". Et dans une logique orthodoxe, le meilleur moyen serait de réduire la dépense publique, d'autant plus qu'elle représente 57% du PIB en France. Ce qui laisse entendre que le secteur public est improductif et que le secteur privé représenterait 43% du PIB. Ce qui est d'une malhonnêteté intellectuelle profonde et j'ai déjà rappelé par ici que l'emploi public correspond à 21% de l'emploi total, et dans une logique de comptabilité nationale, cela permet de dire que le secteur public produit 21% du PIB français et que cette part tend à se réduire ces dernières années. Et les économistes hétérodoxes - keynésiens, post-keynésiens, marxistes -, alertent sur le risque de récession avec une baisse des dépenses publiques en évoquant un multiplicateur budgétaire supérieur à 1 dans le cas de l'économie française, significant qu'une baisse de 1 point de pourcentage de la dépense publique va provoquer une baisse de l'activité économique supérieure à 1 point de pourcentage de la richesse produite. En tout cas, la controverse sur le multiplicateur budgétaire est constante dans la pensée économique depuis des années, notamment après la crise financière de 2008-2009, mettant à mal les préceptes orthodoxes en matière de politique budgétaire.

Un scénario de récession est à anticiper pour 2026, sachant que cette année 2025 est promise à une croissance molle, tant les perspectives sont régulièrement revues à la baisse et que le budget 2025 est un budget austéritaire de base. On est face à un cercle vicieux, aggravé par une spirale déflationniste car l'inflation tend à se réduire ces dernières années, servant de justificatif pour la baisse du taux du Livret A évoquée ci-haut par ailleurs. Or, si l'inflation mine le pouvoir d'achat car depuis 1983 - merci le gouvernement Mauroy! -, les salaires sont désindexés des prix, celle-ci est un élément permettant de réduire la dette publique, contrairement à la baisse des dépenses publiques en mode austérité. 

Enfin, si Bayrou voulait vraiment tenir un "langage de vérité", il devrait avouer que cette dette publique, via le déficit public, a été creusée par une coupe sévère des recettes pour faire plaisir aux capitalistes, qui sont les véritables "maîtres des destinées du pays" (Francis Delaisi). Et ce, d'autant plus qu'ils en sont les détenteurs, davantage même des capitalistes étrangers que des capitalistes nationaux, n'ayant en réalité aucun intérêt à ce que celle-ci soit réduite. Ce qui permet de rappeler que la dette est un instrument de lutte des classes intra-générationel, et non pas inter-générationnel, que l'inflation, malgré les risques qu'elle comporte, n'est pas le mal absolu et peut aider à réduire la dette publique et à euthanasier les rentiers (capitalistes), pour reprendre une formule de l'économiste britannique John Maynard Keynes, le social-libéral des temps modernes.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents