Fidel Castro passé définitivement à gauche

Publié le par JoSeseSeko

Photo: PC/AP

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Fidel Castro s'est éteint, la nuit du 25 au 26 novembre, à l'âge de 90 ans. Le "Líder Máximo" va demeurer dans l'histoire un symbole de la guerre froide, avec des contrastes saisissants sur la question des droits de l'homme et de la politique internationale.

C'était "un des derniers géants du 20e siècle" titre le journal Jeune Afrique (cf lien n°1). C'était également l'un des chefs d'État les plus exposés à des tentatives d'assassinat, d'après le journal suisse Le Matin (cf lien n°2), et c'est finalement l'âge qui l'a rattrapé. Fidel Castro est mort dans la nuit du 25 au 26 novembre, d'après un communiqué de Raúl Castro, frère du défunt et actuel président de Cuba depuis 2008. Âgé de 90 ans, le "Líder Máximo" marque la fin d'une époque, celle de la guerre froide.

De l'avocat au révolutionnaire

Le parcours du jeune Fidel Castro ne semblait pas le destiner à être un révolutionnaire qui prendrait le pouvoir manu militari. Au contraire, il s'inscrivait dans un cadre plus légaliste. Fils d'un immigrant espagnol, éduqué chez les jésuites, Castro s'était destiné vers le droit, en exerçant le métier d'avocat, avec un talent oratoire qui le servit plus tard, dans sa vie politique. Le jeune Castro était plutôt centre-gauche dans un Cuba étroitement lié aux États-Unis - les chefs d'État cubains craignant plus de perdre l'appui de Washington que d'avoir la population à dos -. Le coup d'État de Fulgencio Batista en 1952, permettant à ce dernier de reprendre le pouvoir, révolta Castro, dont la demande d'envoyer Batista en jugement fut déclarée irrecevable en 1953.

Par conséquent, la lutte armée s'imposa dans l'esprit de Casto, tentant une rébellion le 26 juillet 1953 dans la caserne de Moncada. Un échec qui l'envoya en prison et après une amnistie, les frères Castro (Fidel et Raúl) choisirent l'exil, rencontrant Enersto "Che" Guevara et préparant leur retour armé pour prendre le pouvoir. En 1956, le Mouvement du 26 juillet prit place dans le centre de Cuba, dans la Sierra Maestra et de par sa popularité, il tend à renverser le régime de Batista. D'autant plus que les États-Unis ne voyaient pas cela d'un mauvais œil à l'époque. Après plus de deux ans de combats, la rébellion l'emporte et en 1959, Fidel Castro devint Premier ministre de Cuba, ayant à ses côtés son frère Raúl et Che Guevara.

L'homme de pouvoir

À partir de là, les États-Unis opèrent un changement d'opinion face à Castro et ses envies de nationalisations de plusieurs secteurs économiques (industrie, banques), ainsi que d'une réforme agraire. Mais en 1959, Fidel Castro n'était pas lié au communisme et ne se revendiquait pas comme tel. Néanmoins, comme certains de ses proches, notamment Raúl Castro, étaient liés au Parti communiste cubain, le "Líder Máximo" opéra un rapprochement avec les communistes. Ce qui intéressa volontiers L'URSS de Nikita Khrouchtchev d'avoir un allié aussi près des États-Unis, et força Washington à vouloir renverser Castro, avec le débarquement raté de la baie des Cochons en 1961. Un an plus tard, en octobre 1962, Cuba fut l'épicentre de la plus grande crise de la guerre froide, i.e la "crise des missiles", où les États-uniens découvrirent des bases permettant à des lances-missiles soviétiques d'être posés sur le sol cubain et l'intention de Moscou d'en envoyer à Cuba. La guerre nucléaire risquait d'éclater mais John Fitzgerald Kennedy obtint de Khrouchtchev l'annulation de l'envoi de lances-missiles, en échange d'une promesse de ne plus tenter d'envahir l'île. Mais pendant ce temps-là, Cuba subit en réaction, un embargo états-unien qui perdure encore aujourd'hui, même s'il tend à être remis en question avec le réchauffement des relations diplomatiques entre Washington et La Havane, ces dernières années.

Jusqu'en 2008, "El commandante" Castro incarna Cuba à l'international, dirigeant d'une main de fer l'île avec un principe auquel il ne voulait guère déroger: "Socialismo o muerte" (Socialisme ou mort). Un peu comme les révolutionnaires de 1793 criant "liberté, égalité, fraternité ou la mort", dans le sens où il faudrait se sacrifier pour la cause qu'on défend. Néanmoins, plusieurs opposants à Castro indiquent un enrichissement personnel de Fidel depuis son arrivée au pouvoir, avec une pratique du népotisme car certains membres de sa famille, notamment plusieurs de ses fils, furent ministres ou dirigeants de différentes sociétés nationalisées. Un clan familial régnant sur Cuba, même si Raúl Castro semble décloisonner l'île, avec des réformes structurelles progressivement mises en place, attirant certains pays comme la France par exemple.

Un symbole contrasté

Avec la mort de Castro, l'heure est venue de voir quel symbole représente-t-il dans l'histoire. D'un côté, c'est l'image du dictateur s'enrichissant sur son peuple, relayée ci-haut, qui tient la corde, notamment dans les pays occidentaux. Une image à laquelle il faut ajouter celle d'un pouvoir qui ne supporte pas la moindre contradiction, envoyant en prison de multiples prisonniers politiques, dont beaucoup y laisseront leur vie (opposants politiques déclarés, journalistes cubains et étrangers, prêtres, etc.), obligeant des familles cubaines à s'exiler aux États-Unis (Floride à près de 200 kilomètres des côtes cubaines). D'ailleurs, ces familles exultent de sa mort (cf lien n°3). Il déclara aussi que Cuba est devenu un état "athée" en dépit d'une grande partie de la population attachée au christianisme catholique, puis un racisme latent étant donné que la réforme agraire n'a guère bénéficié aux noirs Cubains, descendants d'esclaves.

De l'autre côté, l'internationalisme prôné par Castro, couplé de sa critique de "l'impérialisme yankee" lui attira une sympathie sincère dans le "Tiers-monde". Exemples, le soutien militaire de Cuba auprès du MLPA en Angola de 1975 à 1990 ou auprès de l'ANC en Afrique du Sud, face au régime d'apartheid. Ce que Nelson Mandela ne manqua jamais de souligner. Puis dernièrement - même si c'est plus Raúl Castro - Cuba joue le rôle de négociateur dans le processus de paix en Colombie, entre le gouvernement colombien et les FARC. Le régime castriste enregistre d'autres succès en matière d'éducation, avec un programme d'alphabétisation qui est salué par différentes instances internationales, de même que la politique de santé qui fait que les médecins cubains sont considérés parmi les meilleurs au monde. Enfin, et c'est plus polémique, en dépit de l'embargo toujours en place aux États-Unis, et l'élection de Donald Trump ne pourrait guère changer la chose, le niveau de richesse des Cubains a cru depuis les années 1960, même s'il y a eu une forte décrue dans les années 1990, liée à la chute de l'URSS (voir graphique):

 

Par conséquent, il est trop facile de dire: soit Castro est un monstre, soit Castro est un grand serviteur de l'humanité. C'est bien plus complexe. Laissons le temps - et les historiens - faire.

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