Le choix cornélien des militants communistes

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Patrick Kovarik/AFP

Photo: Patrick Kovarik/AFP

Le vote des militants communistes, samedi 26 novembre, va entériner (ou pas) l'idée de ne pas soutenir Jean-Luc Mélenchon pour l'élection présidentielle. Ce qui pourrait compliquer la tâche de l'eurodéputé dans sa quête aux 500 parrainages, pour être officiellement candidat à la fonction suprême.

Pendant que la droite fait sa primaire, avec une finale entre François Fillon et Alain Juppé, la gauche pourrait être en mesure d'avoir un bout de clarification ce weekend. Notamment du côté du Parti communiste français (PCF). Début novembre, les cadres du PCF ont soutenu l'idée d'une candidature communiste à la présidentielle, au lieu d'apporter un soutien à Jean-Luc Mélenchon et à son mouvement, la France insoumise (FI), qui comprend notamment le Parti de gauche (PG), que Mélenchon cofonda en 2008, après avoir quitté le Parti socialiste (PS). C'est désormais autour des 50.000 militants communistes de confirmer - ou pas - cette orientation politique, sachant qu'elle pourrait encore évoluer en fonction de la primaire socialiste, en janvier 2017.

Pro vs anti-Mélenchon

Le nom de Mélenchon suscite une forte division au sein du PC. Et le vote des caciques du parti, le 5 novembre dernier, illustre la grogne envers le candidat déclaré de la FI, dont l'annonce de candidature faite en février dernier avait surpris les communistes. Et certains d'entre eux ont la dent dure envers lui. Par exemple André Chassaigne. Le député de la 5e circonscription du Puy-de-Dôme, président du groupe parlementaire du FG et des députés ultramarins, est la figure de proue des anti-Mélenchon dans le PC. Dernièrement, il a affirmé ceci: "Si le choix de rallier Jean-Luc Mélenchon est fait, je le dis avec une conviction voire une forme d’émotion dans la voix, je crois que c’est véritablement un coup fatal qui sera porté au Parti communiste". Il faut dire qu'en 2011, Chassaigne s'était posé en challenger de Mélenchon pour être le candidat du Front de gauche (FG) à la présidentielle. Et les militants communistes avaient préféré le leader du PG à l'époque (59% des militants). En tout cas, ce positionnement et l'expression utilisée pour marquer son opposition à Mélenchon est critiquée par certains militants de gauche sensibles à l'ancien candidat du FG en 2012 (cf lien n°1).

Mais ça ne veut pas dire que Mélenchon ne manque pas de soutiens dans le PC, qui appellent au ralliement autour de sa personne. Et des soutiens de poids, comme Marie-George Buffet par exemple (cf lien n°2). L'ancienne secrétaire nationale du PC et candidate malheureuse lors de l'élection présidentielle de 2007 (1,93% des voix) soutient depuis plusieurs mois la candidature de Mélenchon en raison de la dynamique qu'elle génère auprès de militants de la gauche radicale, d'anciens sympathisants socialistes déçus par le mandat de François Hollande et d'un positionnement estimé anti-austéritaire face à Fillon ou Juppé d'un côté, puis Emmanuel Macron de l'autre. Enfin, c'est un moyen de mettre le PS dans une position tellement délicate qu'il aurait du mal à espérer s'en tirer si facilement. En outre, d'autres composantes du FG, comme Ensemble!, autour de Clémentine Autain, soutiennent la candidature de Mélenchon et souhaitent, quelque part, un rabibochage au sein de la France insoumise.

Panser les plaies

Dans tous les cas de figure, il va falloir panser des plaies qui se sont ouvertes dans la coalition à gauche du PS depuis 2012. En raison du rapport à avoir avec ce parti-là, de retour au pouvoir. L'exemple des élections municipales de 2014 reste le plus important et le plus pathétique car l'intransigeance de Mélenchon n'a pas supporté l'idée que Pierre Laurent, secrétaire national du PC, autorise le parti, dans certaines grandes villes comme Paris, à s'allier avec le PS, alors que le coming-out (social-)libéral de Hollande était public à ce moment-là. Du côté du PC, la tactique de personnalisation de la part de Mélenchon, semblable à une stature gaullienne, ainsi que son respect à la mémoire de François Mitterrand, font grincer des dents.

Puis le fond reste quand même divergeant entre les partenaires-rivaux. Le PC reste majoritairement vu comme pro-nucléaire, quand le PG et d'autres s'orientent vers l'écosocialisme, en mettant l'accent sur les énergies renouvelables (économie de la mer). Les communistes tiennent à une "réforme de l'intérieur" de l'Union européenne quand les "insoumis" veulent préparer un "plan B", qui pourrait impliquer une sortie de l'euro de la part de la France.

En bref, les militants communistes ont un choix bien délicat à faire et quoiqu'il advienne, il restera encore des mésententes profondes, qui pourraient fragiliser la gauche radicale dans un contexte tendu pour elle.

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