Un Occident rongé par ses démons

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Pascal Guyot/AFP

Photo: Pascal Guyot/AFP

Photo: AFP

Photo: AFP

Avec les événements en Espagne et aux États-Unis ces dernières semaines, l'Occident est frappé par deux phénomènes qui s'entretiennent mutuellement, que sont le terrorisme et le racisme. Et les dirigeants occidentaux ne sont pas capables de couper le fil entre les deux. Bien au contraire, ils l'alimentent tout en ne se remettant pas en question.

L'Occident est bien pris dans un guêpier. L'enquête policière sur les terroristes ayant organisé les attentats meurtriers en Catalogne jeudi 17 août, dont l'organisation terroriste État islamique (ou Daech) revendique le crime, semble indiquer combien ces personnes se sont faufilés à travers plusieurs pays européens avant d'attaquer. Par exemple, l'un des exécuteurs de l'attentat à Barcelone avait été repéré près de Paris, via une caméra d'un hôtel puis suite à un flash radar sur l'autoroute, quelques jours avant l'attaque et que le cerveau des attentats avait une base en Belgique. Ce qui laisse entendre que les mailles du filet seraient trop minces pour attraper ce genre de poisson.

Défaillance de l'antiterrorisme?

Du coup, faut-il affirmer que les forces de sécurité, notamment la section antiterrorisme, seraient incapables d'empêcher tout projet macabre visant une population au hasard et de manière massive? C'est présomptueux de le dire ainsi et ce serait se montrer trop critique envers des fonctionnaires qui sont en permanence en alerte, encore plus depuis l'instauration de l'État d'urgence en France depuis les attaques terroristes à Paris le 13 novembre 2015. Néanmoins, force est de constater que l'État d'urgence ne se montre pas efficace dans la lutte contre le terrorisme parce qu'il est utilisé comme instrument de défense sociale et non comme outil de défense nationale. Différents rapports d'organismes internationaux pointent du doigt  l'utilisation de ce régime d'exception envers les militants écologistes ou syndicaux et luttant marginalement contre d'éventuels terroristes. Et ce n'est pas la prolongation votée en juillet dernier qui va rassurer les esprits.

Mais à qui incombe la responsabilité de cette défaillance, si ce ne sont pas les policiers et militaires sur le terrain? Il faudrait regarder sur les services de renseignement, qui ont du mal à coopérer entre pays européens et à s'échanger mutuellement des informations, qui permettent de démanteler un réseau avant qu'il ne passe à l'action. Mais en réalité, la plus grande responsabilité provient des gouvernants, où la remise en question semble être le cadet de leurs soucis. Et dans le cadre de l'Union européenne, pas (ou peu) de remise en question sur la politique extérieure de l'espace communautaire, traditionnellement alignée sur celle des États-Unis. Or, des pays comme l'Espagne, la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni se trouvent être des cibles de choix pour les terroristes en raison de leur relation avec les États-Unis, payant plus directement les interventions décidées outre-Atlantique vers le Moyen-Orient, notamment en Irak, puisque Daech est fondée suite à l'envoi des troupes états-uniennes en 2003.

Un racisme latent

Ces attentats tombent également dans un contexte de racisme latent tant dans plusieurs pays de l'UE qu'aux États-Unis. Au niveau du "vieux continent", ça a remis en avant toute une islamophobie déjà manifeste au moment des attentats en France en 2015 et 2016. La dernière une du journal Charlie Hebdo, paru mercredi 23 août, en est un exemple flagrant où l'amalgame est permis par rapport aux attentats en Catalogne par ce journal satirique, sacralisé par les gouvernants depuis l'attaque qui visé sa rédaction le 7 janvier 2015. Tout un paradoxe tant ce journal se gausse d'être athée et d'avoir des principes anarchistes. Bref, des athées pour rire, qui sont obsédés par les religions au lieu de vouloir améliorer la condition humaine. Ce serait ça, en fait, l'esprit Charlie! C'est dire si le niveau est (très) bas.

Mais ce n'est guère mieux outre-Atlantique. Le Sud des États-Unis, qui a largement voté pour Donald Trump lors de l'élection présidentielle en novembre 2016, voit combien son extrême-droite pousser des ailes et être vindicative, dans la logique du racisme institutionnel made in USA et dans une posture revancharde, après les deux mandats de Barack Obama, premier président noir des États-Unis. Notamment à Charlottesville, en Virginie, où la polémique ne s'est guère stoppée depuis l'émeute des néo-nazis, suprémacistes blancs et membres du Ku Klux Klan, une organisation négrophobe, raciste, fondée après la défaite du Sud lors de la guerre de Sécession (1861-1865) et que Trump n'a pas véritablement condamnée car le locataire de la Maison-Blanche sait bien que ces mouvements d'extrême-droite l'ont soutenu. De quoi rappeler que le rêve américain s'est transformé en cauchemar on ne peut plus réel.

D'ailleurs, les suprémacistes blancs se révèlent être plus offensifs que les terroristes islamistes, les premiers menant trois fois plus d'attaques que les seconds depuis le 11 septembre 2001 (cf lien). Néanmoins, les terroristes islamistes mènent des attaques bien plus mortelles, selon une étude du think tank New America, datant de fin 2016. Mais en-dehors de cas très symboliques, tels Dylan Roof, suprémaciste blanc tuant des noirs dans une église à Charleston (Caroline du Sud) et donc de l'histoire de Charlottesville, c'est très peu médiatisé car ça concerne une catégorie influent dans les affaires économiques et sociales. D'où le fait de parler de racisme institutionnel, cher à Stokely Carmichael, un des meneurs du Black Panther party dans les années 1960.

C'est dire s'il y a encore du travail à faire dans le traitement de l'information et dans l'analyse de faits, pour établir un diagnostic de la situation et que les populations soit les plus à-mêmes de trouver des solutions.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article