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L'État d'urgence jusqu'au 1er novembre... en théorie

Publié le par JoSeseSeko

Photo: CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Photo: CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Par un vote organisé en comité restreint, l'Assemblée nationale a voté la prorogation de l'État d'urgence jusqu'au 1er novembre et qu'après, il n'y aurait plus besoin. Mais le gouvernement projette une réforme judiciaire, au nom de la lutte contre le terrorisme, qui inclurait des éléments de l'État d'urgence dans le droit commun.

On renouvelle les têtes mais pas les habitudes, ou bien, les nouveaux venus apprennent vite. Ce jeudi 6 juillet, l'Assemblée nationale a voté la prorogation de l'État d'urgence jusqu'au 1er novembre prochain avec... 150 députés présents pour voter, sur les 577 qu'ils sont. Quel signal envoyé par l'Assemblée la plus mal élue de l'histoire de la Ve République! Ça donne envie de ne pas vouloir voter dans cette a-démocratie qu'est devenue la France, où le "cens caché" est la règle. 137 élus ont voté pour, 13 ont voté contre.

Une faible opposition

Comme lors du vote de confiance envers le gouvernement d'Édouard Philippe, le groupe d'opposition le plus constant, en pourcentage, est celui de la France insoumise (FI). Cela étant dit, il n'y eut que 11 députés insoumis présents au moment de ce vote et qu'ils ont tous voté non. Mais comme ils forment un groupe de 17 députés, il manque curieusement six d'entre eux pour ce vote. Parmi les manquants figure Jean-Luc Mélenchon, le président du groupe à l'Assemblée. Néanmoins, selon le rapport du Palais-Bourbon, le député de la quatrième circonscription des Bouches-du-Rhône était soit présent au moment du vote, soit avait délégué son droit de vote, faisant savoir que ce serait un vote contre, bien évidemment. Du coup, d'où viennent les deux votes contre la prorogation de l'État d'urgence? Ils viennent du groupe formé par le Parti communiste et des députés ultramarins. Mais là, sur les 16 membres de ce groupe parlementaire, 14 manquent à l'appel durant ce vote, tels le président du groupe, André Chassaigne, ou Marie-George Buffet par exemple. Ça promet encore un quinquennat bien inquiétant au niveau de l'assiduité des députés par rapport aux futurs projets de loi du gouvernement.

Une institutionnalisation menaçante

Cette prorogation de l'État d'urgence serait la dernière, selon le gouvernement. Il serait tentant de croire sur parole le nouveau pouvoir. Mais bien qu'il soit mal élu, il semble parti pour un tour de vice avec les largesses que lui offre la Ve République. Peu avant les législatives, il était question que des dispositions de ce régime d'exception, telles la perquisition administrative, l'assignation à résidence, ou un plus strict contrôle de la presse, soient inscrites dans le droit commun, dans le cadre d'une réforme judiciaire, officiellement axée sur la lutte contre le terrorisme. Et comme l'hypocrisie est une seconde nature pour nombre de politiciens, ça hurle au scandale mais ça vote pour le régime d'exception. Désormais députée dans la onzième circonscription du Pas-de-Calais, Marine Le Pen jure qu'elle s'oppose à cette institutionnalisation de l'État d'urgence dans le droit commun, mais ça ne l'empêche pas de voter pour la prorogation du dit État d'urgence à l'Assemblée.

Mais, au fond, qu'est-ce que l'État d'urgence? Officiellement, c'est un instrument de défense nationale, notamment depuis les attaques du 13 novembre 2015. Officieusement, c'est un instrument de défense sociale pour orienter les esprits ailleurs. Qu'est-ce qui permet d'affirmer cela? D'abord, les statistiques indiquant que la grande majorité des perquisitions administratives et des assignations à résidence ont visé les activistes politiques et les militants syndicaux, notamment lors de l'opposition à la loi travail au printemps 2016, ainsi que des habitants des banlieues, déjà visés à travers un racisme institutionnel profondément ancré dans les têtes pensantes du pouvoir. Ensuite, ce dispositif est d'une inefficacité criante, mortelle, face aux attaques à caractère terroriste (cf Nice le 14 juillet 2016 ou Paris le 20 avril 2017). Enfin, ça évite de se demander si la diplomatie française mérite d'être changée. Avec Emmanuel Macron, l'atlantisme de Paris pourrait être renforcé, et pour le pire vu que c'est Donald Trump qui est président des États-Unis. Sous prétexte du centenaire de l'intervention états-unienne dans la 1ère guerre mondiale, Macron invite son homologue de Washington au défilé militaire du 14 juillet. Même si c'est purement symbolique, c'est un signe de soumission de la part du locataire de l'Élysée auprès de celui de la Maison-Blanche, alors que ce dernier a fait un bras d'honneur manifeste en refusant l'accord de Paris sur le climat, en juin dernier.

Allez, vive la France! Pardon, vive la start-up nation.

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