Le statut quo pour l'Allemagne?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JouWatch

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À l'approche des élections fédérales du dimanche 24 septembre, la chancelière allemande Angela Merkel est partie pour rester à son poste pour un quatrième mandat consécutif. Et ce, au risque de voir une forte abstention et la confirmation du retour de l'extrême-droite au parlement allemand.

Les jeux semblent faits! À moins d'un retournement de situation rocambolesque, Angela Merkel devrait rester chancelière, à l'issue des élections fédérales du 24 septembre. Un quatrième mandat qui porterait la chef de l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU) au pouvoir jusqu'en 2021, égalant ainsi l'ancien chancelier Helmut Kohl, qui fut au pouvoir au moment de la réunification allemande en 1990 et l'édification de la zone euro avec le traité de Maastricht. En tout cas, selon plusieurs sondages, la CDU et son alliée bavaroise, la CSU, seraient en mesure de rassembler 40% des voix. Soit quasi autant que lors des précédentes élections fédérales, en 2013 (41,5% des voix et 311 sièges sur 630).

Une gauche morcelée

Il faut dire que face à elle, il n'y a guère d'opposant ayant un charisme supérieur à celui de la chancelière et qui s'oppose frontalement à cette dernière. Le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) a décidé d'envoyer Martin Schulz face à Merkel. Il est vrai que Schulz ne manque pas d'expérience, ni totalement de charisme, mais l'ancien président du parlement européen n'a guère brillé par l'exposition d'une ligne politique clairement différente de celle de Merkel, menaçant le SPD de rester aux alentours de 25% des voix, ce qui est score aux élections fédérales depuis 2009. Et comme le SPD a formé, comme en 2005, un gouvernement de "grande coalition" avec la CDU de Merkel, il sera bien difficile pour Schulz de se démarquer, payant, comme tant d'autres partis sociaux-démocrates, le mariage de la social-démocratie avec le social-libéralisme.

En outre, le SPD a du mal à s'entendre avec d'autres partis de gauche ou centre-gauche. Et tout particulièrement avec Die Linke, mené par le duo Dietmar Bartsch et Sara Wagenknecht. Et pour cause! Ce parti de gauche radicale est issu en grande partie du Parti socialiste unifié d'Allemagne, parti unique dans l'ex-République démocratique allemande, de 1948 à 1989. Même si certains anciens du SPD ont fondé Die Linke, notamment Oskar Lafontaine, ancien ministre des Finances de Gerhard Schröder, ce parti est encore mal vu dans l'ensemble du pays, surtout dans l'ex-République fédérale allemande, par ce passé lié à la guerre froide. Du coup, pas d'alliance possible entre ces deux forces politiques. Enfin, il demeure le Parti vert. Les Grünen sont sous ligne quasi centriste et sont enclins à s'allier avec le SPD, que ce soit au niveau des Länder ou lors des élections fédérales, exerçant dans le gouvernement de Schröder à la fin des années 1990. Et tout comme le SPD, les écolos ne sont pas très enthousiastes de s'entendre avec Die Linke pour ces élections. Pourtant, au niveau local, un schéma de coalition "rouge-rouge-verte" existe, même dans le cas où Die Linke serait devant, comme dans le Land de Thuringe depuis 2014.

Poussée d'extrême-droite

Si Merkel n'a pas tellement à craindre sur sa gauche, elle a de quoi s'inquiéter sur sa droite. Et plus précisément, au niveau de l'extrême-droite, si elle espère avoir une majorité absolue. En l'occurrence, le parti Alternative pour l'Allemagne (AfD) parait être bien parti pour passer le seuil de 5%, permettant d'avoir des élus au Bundestag. Il y a quatre ans, ce parti avait échoué de peu (4,8%), mais depuis, dans plusieurs élections régionales, il a allègrement passé la barre des 10% des voix, faisant son entrée dans différents Länder. Ce qui fait sa dynamique ces derniers temps, c'est un positionnement contre l'euro, à l'instar de ce que fit, en vain, le Front national en France. Mais critiquer l'euro alors que la monnaie unique est un choc asymétrique strictement positif pour Berlin, c'est osé de la part de personnes à l'extrême-droite de l'échiquier politique, quand on y songe. Mais la rhétorique la plus importante pour AfD, c'est l'agitation de la menace étrangère, vu le contexte du terrorisme, qui a également frappé outre-Rhin, comme durant les fêtes de Noël à Berlin par exemple. Ce qui semble marcher dans une Allemagne où la structure démographique très vieillissante et faiblement reproductrice fait que Berlin est sensible à l'immigration.

Ce qui peut sauver Merkel, c'est le retour des libéraux-démocrates du FDP au Bundestag. Comme pour AfD, le FDP a échoué face au seuil des 5% en 2013. Une première depuis l'après-guerre pour ce parti! Là, il compte bien retrouver un statut de faiseur de roi, comme il eût l'habitude de faire depuis des décennies.

Incertitudes

Il reste encore des incertitudes sur ces élections. En-dehors de celles concernant l'extrême-droite et la capacité (ou non) de Merkel à obtenir la majorité absolue, il y a l'incertitude sur la participation électorale. Il est souvent écrit dans les mass media hexagonaux que la chancelière bénéficie d'une grande popularité. Si c'est le cas, il devrait y avoir moins de 30% d'abstention. Or, plusieurs observateurs indiquent qu'entre 30 et 40% des électeurs inscrits n'iraient pas aux urnes. Et tout particulièrement ceux qui sont issus de la communauté turque. La raison invoquée est le rafraichissement des relations entre Berlin et Ankara, avec le président Recep Erdogan qui a récemment appelé à ne pas voter pour la CDU, le SPD ou les Verts, considérés comme des "ennemis de la Turquie", après des critiques adressées au pouvoir turc au sujet de la répression qui fait suite au Coup d'État avorté de juillet 2016. Puis, les électeurs qui sont des travailleurs pauvres ne sont pas forcément motivés à aller voter, vu que pour eux, CDU ou SPD, c'est bonnet blanc-blanc bonnet!

Nous verrons bien.

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