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Quand le social-libéralisme tue la social-démocratie

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Aris Messinis/AFP

Photo: Aris Messinis/AFP

Que ce soit le renoncement de François Hollande à l'élection présidentielle ou la démission de Matteo Renzi suite à l'échec de son référendum constitutionnel, la greffe de la social-démocratie avec le social-libéralisme pousse cet ensemble à être jeté dans les poubelles de l'histoire, tout en emportant le reste de la gauche avec lui.

"Une social-démocratie à l'agonie" titre en une le magazine Politis dans son numéro 1430, actuellement en kiosques. Ça résume parfaitement l'attitude de ce courant, associé à la gauche ou au centre-gauche de l'échiquier politique, ces dernières années (cf lien n°1). D'autant plus que des exemples récents semblent confirmer ce diagnostic. D'une part, le renoncement de François Hollande à un second mandat présidentiel l'an prochain, officialisé jeudi 1er décembre, vu l'état d'exaspération qu'il génère depuis quatre ans, même au sein de son parti, le Parti socialiste. D'autre part, l'échec de Matteo Renzi dans son référendum constitutionnel en Italie, dimanche 4 décembre, payant sa politique antisociale et ses accents autoritaristes qui passent de moins en moins dans une Italie marquée par les années Berlusconi.

Au nom du réalisme

Si on connaît un tant soit peu l'histoire de la social-démocratie en Occident, il y a de quoi se dire que c'est le crépuscule qui s'approche pour ce courant. Né au XIXe siècle, la social-démocratie s'inscrivait dans le cadre du socialisme tel que le pensaient Karl Marx et Friedrich Engels. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si un des plus anciens partis politiques est le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD), fondé en 1863. Donc, la perspective de transformation radicale (voire révolutionnaire) de la société occidentale capitaliste figurait dans les principes du SPD, avec la lutte des classes comme moteur. Mais au fil du temps, notamment depuis l'après-guerre, la droitisation des partis "socialistes", "sociaux-démocrates" ou "travaillistes" s'est faite, au nom du réalisme. Le SPD essuya officiellement les plâtres en 1959, avec le congrès de Bad Godersberg, où le parti renonce à toute référence au marxisme, adoptant l'économie de marché, au nom du réalisme.

Et c'est par rapport au "réel" que nombre d'autres partis vont emboiter le pas, de manière plus ou moins tacite, tels le Parti socialiste italien, le PS français, le PS portugais, le Parti socialiste ouvrier espagnol, le Parti travailliste britannique, le Mouvement socialiste panhellénique (Pasok), le Parti social-démocrate suédois des travailleurs, etc. Dans un premier temps, ça leur permit d'accéder au pouvoir, notamment entre les années 1970 et 1990, mais depuis les années 2000, ces partis ont plus de mal. D'abord parce qu'au nom du réalisme, ils ont fait des réformes de compromis avec le patronat. Et comme ils sont sensés représenter le prolétariat, la classe ouvrière, ils créent de la déception envers ces derniers qui se sentent floués, et sont de moins en moins incités à voter. Ensuite, ils peinent à convaincre le patronat et le secteur financier, qui ont repris du poil de la bête depuis les années 1980, malgré des "réformes" à l'avantage du capital par rapport au travail, telles la dérégulation financière, la privatisation de plusieurs secteurs considérés comme des "monopoles naturels" (eau, transports, électricité, gaz, etc.). Enfin, quand ils sont derrière le parti (libéral-)conservateur dans une élection, les partis sociaux-démocrates (ou sociaux-libéraux) choisissent une grande coalition ou un soutien sans participation avec l'adversaire de droite plutôt qu'une alliance avec les rivaux à leur gauche. Le SPD est dans la coalition menée par la chancelière conservatrice Angela Merkel depuis 2013, après l'avoir déjà été entre 2005 et 2009, de même que le PSOE s'est abstenu pour laisser faire la formation d'un gouvernement conservateur de Mariano Rajoy.

Une pasokisation générale?

Cette "agonie" qu'évoque Politis peut porter un nom, la pasokisation (cf lien n°2). En l'occurrence, c'est un écho à l'évolution du Pasok depuis la crise de 2008-2009. Le Pasok était alors le principal parti de gauche ou de centre-gauche, dominant la vie politique grecque depuis les années 1970 face aux conservateurs. En 2009, Georges Papandréou devint Premier ministre et mena une politique d'austérité imposée par la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international) qui n'a ni permis une réduction de la dette publique grecque et qui a fait exploser la pauvreté en Grèce, semant une certaine panique dans le reste de l'UE. Du coup, de 43,9% des voix en 2009, le Pasok est passé à 13,2% en 2012, dépassé sur sa gauche par Syriza, puis 4,7% en janvier 2015 et enfin, en s'alliant avec un autre parti de centre-gauche, il fait 6,3% lors des élections de septembre 2015. C'est dire l'ampleur de la chute!

Du coup, c'est ce que craignent bon nombre de partis sociaux-libéraux aujourd'hui. Le PS français, le SPD, ainsi que le Parti démocrate italien de Renzi, vu l'échec du référendum, ou le PSOE par son abstention envers la formation du gouvernement Rajoy. Mais la résilience peut se faire si l'aile gauche de ces partis demeure puissante, voire majoritaire chez les militants. C'est le cas du Parti travailliste, où Jeremy Corbyn, figure de l'aile gauche du parti, a été élu chef du Labour par les militants en septembre 2015, et confirmé un an plus tard, malgré l'opposition des cadres du parti, qui sont restés dans la ligne sociale-libérale imposée par Tony Blair dans les années 1990. De même que la campagne de Bernie Sanders, lors de la primaire du Parti démocrate aux États-Unis, a donné du fil à retordre à Hillary Clinton, à tel point que l'establishment démocrate aurait tout fait pour empêcher la victoire du sénateur du Vermont face à l'ancienne Secrétaire d'État durant le premier mandat de Barack Obama.

Il n'y a donc pas de fatalité pour le destin de la social-démocratie. Mais encore faut-il qu'elle revienne vers ses racines socialistes pour continuer d'être une force politique qui compte.

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