L'opposition à la loi travail ne compte rien lâcher

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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Bien que la participation ne semble pas aussi importante que lors de la journée de grève du 12 septembre, le rassemblement contre la réforme du code du travail ne se désemplit pas non plus, comptant s'appuyer sur d'autres forces pour mener un combat d'usure face au gouvernement et au président de la République.

S'il faut résumer la journée de grève du 21 septembre contre les ordonnances réformant le code du travail, du point de vue des mass media, ce serait: "le mouvement s'essouffle". Pour le justifier, ça s'appuie sur les chiffres donnés par la police, qui évoque 132.000 manifestants sur l'ensemble de la France, dont 16.000 à Paris. Les syndicats organisateurs de cette grève, notamment la Confédération générale du travail (CGT), ne donnent pas cette fois-ci un chiffre national, mais citent plusieurs données locales, qui donneraient en somme une participation équivalente aux 400.000 manifestants du 12 septembre dernier (223.000 selon la police ce jour-là) (cf lien n°1). Toujours est-il que ce vendredi 22 septembre, le président Emmanuel Macron compte signer ces ordonnances, afin de les faire appliquer au plus vite (cf liens n°2 et n°3).

À l'usure

En dépit de cette volonté d'agir rapidement, qui était affichée lors de l'élection présidentielle, le nouveau pouvoir exécutif pourrait bien être contraint de se positionner dans une lutte d'usure avec l'opposition syndicale et politique. En effet, la détermination de la CGT reste intacte au sujet de ces ordonnances, qui ne sont ni plus ni moins qu'une soumission à la logique (néo-)libérale édictée par la Commission européenne, au nom de la croissance, encore et toujours. Puis d'autres acteurs tendent à entrer dans le jeu, aux côtés de la CGT. Par exemple, la Confédération française démocratique du travail (CFDT) et Force ouvrière (FO). Dans les cortèges du 21 septembre, notamment à Paris, il n'était pas impossible de voir des syndiqués de FO et de la CFDT défiler auprès de leurs camarades de la CGT, de SUD, de l'Unef. Signe que la base militante est loin de rejoindre la direction confédérale - Laurent Berger pour la CFDT; Jean-Claude Mailly pour FO -, montrant combien le front syndical n'est pas totalement désuni, contrairement à ce que nombre de mass media racontent à longueur de journée ces dernières semaines.

Puis un autre acteur pourrait jouer un rôle, c'est la police. Et tout particulièrement les CRS. Cette unité anti-émeute est connue pour ne pas faire dans la dentelle quand il y a des manifestations, et on peut citer plusieurs exemples sur les manifs de l'an dernier contre la précédente loi travail (loi El Khomri). Mais là, 2.000 CRS sur 4.000 mobilisés ont été déclarés officiellement en arrêt maladie. Officieusement, c'est une protestation - les CRS n'ont pas le droit de grève - contre une fiscalisation supplémentaire de leurs frais de déplacement, que le pouvoir compte instaurer prochainement. Et comme la France est encore sous État d'urgence, cette mobilisation réduite des CRS est un signe de lassitude de ces derniers et d'une tension croissante envers le pouvoir. Déjà que le président Macron s'est mis à dos l'armée, ciblée par les mesures d'austérité du gouvernement, il pourrait s'annihiler le soutien d'une partie de la police en continuant ainsi.

Paradoxe

Et vu ce phénomène du côté des CRS, les manifs du 12 et 21 septembre ont été très calmes, à quelques exceptions près. Ce qui correspond à une situation qui était normale dans les manifestations et grèves avant l'an dernier. Mais qui, pourtant, surprend les manifestants. Bref, un paradoxe se déroule sous nos yeux car la répression utilisée par le pouvoir, notamment par Manuel Valls alors Premier ministre, avait été telle que les manifestants, notamment en tête de cortège, se préparaient à subir forcément des grenades lacrymogènes, après avoir été fouillés pour aller manifester. Mais là, pas de fouille, ni de forte présence des forces de l'ordre (social) à proximité du cortège. Et du coup, une tension qui baisse par rapport à l'an dernier. De quoi être désarçonné. Mais en vérité, le pouvoir actuel laisse faire en mode "cause toujours", et ne cherche pas à réprimer le mouvement social. Du moins, dans ce premier temps. Mais si le combat va dans une logique d'usure, il faudra s'attendre à ce qu'il réagisse.

Rendez-vous le 23 septembre, avec la manifestation organisée par la France insoumise.

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