Victoire à la Pyrrhus de Merkel

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Rudin Group

Photo: Rudin Group

La victoire du parti d'Angela Merkel aux élections fédérales est masquée par le retour de l'extrême-droite au Bundestag, une première depuis 1945. Les deux grands partis politiques allemands, que sont la CDU et le SPD connaissent un fort recul, signe que leur coalition convainc de moins en moins les électeurs allemands.

Inoxydable Angela Merkel! Chancelière depuis 2005, elle rempile pour un mandat supplémentaire de quatre ans, suite aux élections fédérales allemandes qui se sont déroulées dimanche 24 septembre. Son parti, l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU) reste le premier parti politique allemand et avec son aile bavaroise qu'est l'Union chrétienne-sociale (CSU), Merkel récolte 33% des voix et 246 sièges. Vu les modalités du scrutin, à la fois majoritaire et proportionnel, le nombre de sièges pour le Bundestag est passé de 631 en 2013 à 709 pour ces élections. Mais là où le bas blesse pour Merkel, c'est qu'elle avait 41,5% des voix et 311 sièges suite aux dernières élections, en 2013. D'ailleurs, le bloc CDU/CSU fait son plus mauvais score électoral depuis 1949, date des premières élections fédérales depuis la fin de la guerre.

Entrée de l'AfD

Ce mauvais score est surtout lié à l'arrivée en masse du parti Alternative pour l'Allemagne (AfD) au Bundestag, avec 12,6% des voix et 94 députés. Vu comme un parti d'extrême-droite par les observateurs politiques, il surfe sur une ligne critique par rapport à l'euro - un comble vu que l'euro est un choc asymétrique positif pour l'Allemagne -, mais surtout sur un positionnement xénophobe, en particulier envers les immigrés de confession musulmane, suite à l'arrivée de plusieurs centaines de milliers d'exilés en Allemagne depuis 2015, notamment en provenance de Syrie. Et des histoires de viols de jeunes allemandes par des réfugiés, comme ce fut évoqué à Hambourg ou Cologne fin 2015, ou l'attentat sur le marché de Noël de Berlin fin 2016, ont fourni des arguments pour AfD, afin qu'il soit aujourd'hui, le troisième parti politique allemand. Et ça, c'est un sacré caillou dans la chaussure de Merkel et un signe que l'Allemagne n'est pas épargnée par la montée des nationalismes en raison du passé nazi qui hante (encore) les esprits. En outre, l'abstention (23,8%) a été finalement plus faible que lors des élections de 2013 (28,47%), renforçant du coup la légitimité de l'arrivée d'AfD au Parlement. Ce qui tort (un peu) le coup à l'idée reçue selon laquelle l'extrême-droite progresserait seulement en cas de forte abstention aux élections

Recul de la gauche

En-dehors de la victoire à la Pyrrhus de Merkel, ces élections ont marqué une défaite cinglante pour le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) et son candidat Martin Schulz. Au niveau du pourcentage des voix, qui est de 20,5% (153 sièges), c'est le plus mauvais résultat électoral de l'histoire du parti après-guerre. Il faudrait remonter au temps de la République de Weimar, peu avant le Troisième Reich, pour retrouver pareille humiliation pour le plus vieux parti politique allemand. Pour nombre d'éditorialistes, cet échec de Schulz s'expliquerait par une ligne de justice sociale en contradiction avec la prospérité économique et le faible taux de chômage outre-Rhin. Ce qui prouve qu'ils n'ont pas bien étudié le cas allemand car le chômage masque une pauvreté qui s'est accrue depuis les années 2000, en lien avec les lois Hartz initiées par le gouvernement... social-démocrate de Gerhard Schröder. Et les électeurs habituels du SPD ont sanctionné le parti qui a épousé une ligne sociale-libérale, suivant une trajectoire de pasokisation accélérée, d'autant plus que durant la dernière législature (2013-2017), tout comme celle de 2005-2009, le parti a accepté de former une "grande coalition" avec la CDU de Merkel, au lieu de s'entendre sur une coalition "rouge-rouge-verte" avec les Verts et surtout Die Linke, un parti de gauche radicale formé notamment par des anciens militants du SPD tels Oskar Lafontaire, ancien ministre des Finances de Schröder. D'ailleurs, Die Linke progresse en nombre de sièges (69 contre 64 en 2013), signe que l'opposition de gauche n'est pas totalement inaudible dans l'électorat allemand.

Une coalition "jamaïcaine"?

Maintenant, quel scénario va s'écrire pour former un nouveau gouvernement? En tout cas, pas celui d'une nouvelle grande coalition entre la CDU/CSU et le SPD puisque ce dernier avait écarté cette hypothèse durant la campagne électorale. Néanmoins, Merkel ne peut pas gouverner seule. Elle pourra compter sur le Parti libéral (FDP) qui revient au Bundestag après avoir échoué à atteindre le seuil des 5% de voix, nécessaire pour avoir des élus, pour la première fois de son histoire, il y a quatre ans. Mais même avec les 80 députés du FDP, ça ne suffit pas pour former une majorité. La solution la plus ingénieuse est que Merkel puisse former une coalition "noire-jaune-verte", incluant ainsi les Grünen dans le coup. Et avec les 67 députés écolos, ça peut donner une majorité de 393 députés sur 709 (cf graphique).

 

Encore faut-il que les Verts acceptent et si ce n'était pas le cas, est-ce Merkel accepterait de former un gouvernement minoritaire ou d'appeler à de nouvelles élections? Ce sera à voir dans les prochains jours avec intérêt, tant elle n'est pas dans une situation si confortable qu'il n'y parait.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Angelilie 27/09/2017 02:03

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte. un blog très intéressant. J'aime beaucoup. je reviendrai. N'hésitez pas à visiter mon blog (lien sur pseudo). au plaisir