Campo-Formio ou une pause entre la France et l'Autriche

Publié le par JoSeseSeko

Campo-Formio ou une pause entre la France et l'Autriche

Avec la signature du traité de Campo-Formio, Napoléon Bonaparte assure à la France la rive gauche du Rhin plus une influence grandissante dans l'Italie du Nord, face à une Autriche lasse et menacée, mettant ainsi fin à la 1ère Coalition. Mais la guerre reste vivace avec l'Angleterre, pouvant encore renouveler un front anti-français sur le continent européen.

Ce 18 octobre 2017, ou 27 Vendémiaire an CCXXVI selon le calendrier républicain, correspond au 220e anniversaire de la signature du traité de Campo-Formio (27 Vendémiaire an VI-18 octobre 1797) entre la France et l'Autriche, à l'initiative du général français Napoleone Buonaparte - pardon, Napoléon Bonaparte, en version francisée depuis 1796 -, triomphant avec sa campagne d'Italie menée un an et demi plus tôt. Il met fin à cette campagne d'Italie où les Autrichiens étaient battus par des troupes françaises pourtant inférieures en nombre, mais avec un général en chef au sommet de son art dans la stratégie militaire. Sans oublier un risque de voir des troupes françaises sur le front allemand foncer sur Vienne. Il permet à la France d'avoir reconnaissante de l'annexion de la rive gauche du Rhin, concrétisant la politique des "frontières naturelles", portée par les gouvernements républicains depuis 1793. De même que la France verrait le retour du marquis de La Fayette, déserteur en 1792 et emprisonné durant cinq ans par l'Autriche. Mais cette dernière ne perd pas totalement non plus car elle récupère l'ancienne république de Venise, occupée par les français depuis le début de l'année 1797. Un geste de compensation de la part de Bonaparte.

Fin de la coalition

Au-delà de l'arrêt des hostilités entre la France et l'Autriche, c'est surtout la fin de la 1ère coalition des monarchies européennes contre la France révolutionnaires. Cette coalition était mise en place par l'Autriche, influente sur un Saint Empire romain germanique menacé par la vague révolutionnaire venant de la France, et la Prusse, suite à la déclaration de guerre des autorités françaises, portées par les Girondins, le 20 avril 1792. Les Austo-prussiens pensaient facilement battre des français ayant vu des officiers déserter les rangs car issus d'une noblesse ayant massivement émigré pour vouloir la perte de la révolution, mais avec les victoires de Valmy puis de Jemmapes, la situation était moins évidente qu'auparavant. D'autant plus que ces alliés s'inquiétaient davantage de la situation à leur frontière Est, et le partage de la Pologne avec la Russie. Mais suite à l'exécution de Louis XVI le 21 janvier 1793, l'ensemble des monarchies européennes, notamment l'Angleterre et l'Espagne, s'est coalisé contre la France, la menaçant de tous les côtés sur le continent européen et dans les colonies des Antilles, sans compter le soutien financier par rapport à la rébellion en Vendée, accumulant les défaites militaires permettant aux coalisés l'invasion du territoire durant l'été 1793. Cette menace multiple poussa les révolutionnaire les plus extrémistes à exiger la Terreur pour effrayer les ennemis de la république et inciter les généraux français à se surpasser, sous peine d'avoir un rapport unique et non consenti avec le "rasoir national".

Conséquence de cette pression de la Convention, les troupes françaises et leurs généraux contrôlés par des représentants en mission, comme Louis-Antoine de Saint-Just par exemple, durent vaincre pour repousser les ennemis à la fin de l'année 1793, avec les victoires de Wattignies, de Wissembourg, puis la possibilité d'une guerre de conquête avec la victoire de Fleurus, le 26 juin 1794. Cette dernière a servi de prétexte pour éliminer, un mois plus tard, les 27 et 28 juillet 1794 (9 et 10 Thermidor an II), Maximilien Robespierre et ses partisans du club des Jacobins. Si la Terreur fut terminée, la guerre demeura encore, mais le vent de la victoire soufflait avec l'invasion de la Hollande, la conquête de la partie orientale d'Haïti avec des ex-esclaves ralliés à la république, puis une occupation des Pyrénées espagnoles, poussant l'Espagne puis la Prusse à signer la paix avec la France en juillet 1795, voire pour Madrid de s'allier avec Paris en août 1796. Sans compter la mise au pas des vendéens et des chouans à Quiberon, le 21 juillet 1795, ou l'exécution de Charette, un des derniers grands chefs de la Vendée contre-révolutionnaire. Il ne restait plus que l'Autriche et ses vassaux à combattre sur le continent européen, pour mieux isoler l'Angleterre, imbattable sur mer. Le Directoire, régime ayant succédé à la Convention, voulait contraindre l'Autriche à reconnaitre l'annexion de la rive gauche du Rhin par la France en l'attaquant en Allemagne et en Italie, pour ensuite menacer Vienne d'une invasion. Si sur le front allemand, ce fut un demi-échec, le front italien connut du succès avec Bonaparte, avec des victoires à Lodi, Castiglione, Arcole ou Rivoli, et un contrôle de toute l'Italie du Nord, poussant l'Autriche à signer des préliminaires de paix à Leoben en avril 1797, stoppant de facto l'offensive du front allemand, menée par le général Lazare Hoche, avant le traité de Campo-Formio.

Germe de guerre

Mais là où Bonaparte alla au-delà de son rôle militaire, c'est qu'il mena les négociations ayant comme réalisation finale le traité de Campo-Formio, avec une arrière-pensée personnelle. Si ça permet la paix entre la France et l'Autriche, ça ne régla les tensions entre Paris et Vienne. En dépit de l'annexion de la Vénétie, l'Autriche voyait d'un très mauvais œil l'influence de la France dans l'Italie du Nord, en raison de la création de "républiques sœurs" telles la République ligurienne ou la République cisalpine, qui s'avéraient être des états-satellites de la France où Bonaparte entendait y asseoir une domination personnelle. Or, l'Italie du Nord n'entrait pas dans les objectifs du Directoire, qui comptait en faire une monnaie d'échange - à l'heure où la banqueroute était imminente -, pour s'assurer la rive gauche du Rhin. D'où le fait que selon certains historiens, notamment Henri Guillemin (cf vidéos ci-dessous), ce traité de Campo-Formio fut un germe de guerre future entre la France et l'Autriche.

Surtout si cette dernière recevait un soutien financier de la part de l'Angleterre, désormais seule à lutter encore contre la République française et dont le Directoire aurait bien une idée pour la forcer à faire la paix, où le général Bonaparte aurait un rôle important à jouer.

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