L'impunité sexiste au nom de la défense de l'artiste

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Bookaholic

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Les débats autour du livre de Vanessa Springora, revenant sur sa relation traumatisante avec l'écrivain Gabriel Matzneff quand elle était âgée de 14 ans montrent combien l'intelligentsia préfère le déni face à une pédocriminalité qu'elle défend depuis les années 1970.

Rien de tel que de commencer une nouvelle année, et une nouvelle décennie, par une polémique. Elle concerne le monde artistique, intellectuel, avec une de ses figures, l'écrivain Gabriel Matzneff. Ce dernier est le personnage central du livre le Consentement de Vanessa Springora, éditrice aux éditions Julliard, où elle rappelle sa relation avec l'écrivain, débutée en 1986 quand elle avait 14 ans, et lui 50. Autrement dit, de la pédophilie, ou plus véridiquement, de la pédocriminalité puisque l'autrice décrit la domination totale de Matzneff, sachant qu'elle n'était qu'une conquête parmi d'autres car l'écrivain a toujours clamé, oklm comme on dit, avoir couché avec des mineurs, femmes ou hommes d'ailleurs, avant que ces personnes ne deviennent des adultes, tant dans ses écrits que durant des passages télévisuels comme dans l'émission Apostrophes de Bernard Pivot en 1990 (cf vidéo ci-dessous).

Impunité totale

Avec notre regard d'aujourd'hui, il y a de quoi être déconcerté par tant d'acceptation d'une violence sexiste, pédocriminelle dans le monde intellectuel. Mais d'aucun(e)s disent que c'était l'époque qui le voulait ainsi. Et ce qui est le plus révoltant dans cette histoire, c'est que comme les faits exposés datent de plusieurs décennies, il y a prescription. Ce qui fait que Matzneff ne sera jamais traîné devant un tribunal, et par ricochet jamais condamné par la justice (cf lien n°1). Et à l'heure où les femmes exigent davantage de justice face à des affaires de violences sexuelles, voire de féminicides - 148 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en 2019 en France -, sans oublier une égalité salariale encore rangée au placard - capitalisme patriarcal oblige -, ça illustre une impunité judiciaire défendue.

Par rapport à la vidéo postée ci-dessus, la seule réaction de bon sens face à cette déjection fut celle de la journaliste canadienne Denise Bombardier, qui s'attaqua à Matzneff, illustrant davantage le machisme de ce dernier tout en osant se défendre de l'être. Mais elle s'est mise à dos l'unanimité de l'intelligentsia française, ne supportant pas que l'un des siens soit attaquée. Et encore actuellement, nombre de chiens de garde viennent encore au secours du vautour Matzneff face au livre d'une de ses proies, notamment Pivot, donnant du sens à cette réplique du film Mon nom est Personne: "Pour certains, c'est mauvais de trop vieillir"

Décadence

Cette défense mordicus de Matzneff, comme pour Roman Polanski, au nom de la liberté de l'artiste et de la séparation de l'artiste et de l'homme, surtout que dans ces deux cas, c'est une logique d'impunité sur des affaires d'agression sexuelles qui s'observe, illustrent une décadence de l'intelligentsia, opérée dans les années 1970. Dans le sillage de Mai 68, où il était "interdit d'interdire", qu'il fallait "jouir sans entraves", s'établissait ainsi une nouvelle structuration des idées où si l'autorité, le capitalisme, étaient sur l'instant remis en question, ils ont été par la suite sacralisés et mixés par une liberté dite sexuelle qui débouchait en fait à promouvoir la consommation de sexe dans les esprits, jusque vers le plus jeune âge. Or, comme l'écrivirent Karl Marx et Friedrich Engels: "Les idées dominantes d'une époque n'ont jamais été que les idées de la classe dominante". Il n'y a qu'à voir que ces derniers jours, en raison de cette affaire Matzneff, réapparaît une tribune parue dans le Monde puis dans Libération en janvier 1977, dont Matzneff en fut l'auteur, défendant trois hommes passant au tribunal de Versailles, après trois ans de prison préventive, pour "attentats à la pudeur sans violence sur des mineurs de [moins de] 15 ans" (cf lien n°2). Et nombre de grands intellectuels de l'époque, plus des politiciens avaient signé, notamment à gauche et à l'extrême-gauche. Louis Aragon, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Roland Barthes, Gilles et Fanny Deleuze, Philippe Sollers, Félix Guattari, Guy Hocquenghem, Daniel Guérin, Bernard Kouchner ou encore Jack Lang figuraient parmi les signataires.

Et il est bien difficile de se plier à l'exercice de la rétrospective et de se déclarer en tort. Au moins, du côté du journal Libération, ça y met certaines formes (cf lien n°3). Ce quotidien, symbole du "libéralisme libertaire" que vilipendait en son temps le philosophe et sociologue Michel Clouscard, a défendu cette pédophilie criminelle, notamment en laissant libre expression à un Matzneff ou un Daniel Cohn-Bendit, la figure tutélaire de Mai 68, sur leurs relations avec des enfants, se fait fort de montrer qu'il a reconnu son erreur de vision des choses depuis cette époque, bien qu'il ait en fait approfondi une ligne profondément libérale par ailleurs. Hormis ce cas de figure, les autres fustigent un retour d'une "morale", d'un "puritanisme" sous influence anglo-saxonne face au "savoir-vivre à la française". C'est dire si ces gens-là sont des confusionnistes compulsifs qui ne se rendent pas compte qu'il s'agit en fait de bon sens, d'utilisation de la raison et de respect de la dignité humaine. Ce dont ils s'en fichent, en vérité, tant ces pédants se pensent au-dessus de tout, et tout particulièrement des lois!

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