Minimiser un accusé d'agression sexuelle parce que "racisé"? Pas question!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

Depuis les premières révélations de Mediapart au sujet du journaliste Taha Bouhafs, accusé de violence sexuelle, l'ayant contraint à retirer sa candidature aux élections législatives dans le Rhône, la tentation de minimiser ce dont il est accusé est grande chez certains soutiens, méprisant de fait la parole des victimes et la procédure appliquée par la France insoumise.

"La honte doit changer de camp". Ce slogan utilisé ces dernières années, en prolongation du mouvement #MeToo, passe un nouveau test politique à travers la personne de Taha Bouhafs. Le journaliste, qui a été la cible d'une union sacrée des paternalistes (droite, extrême-droite) et des fraternalistes (gauche, extrême-gauche) durant plusieurs semaines, a renoncé à sa candidature dans la 14e circonscription du Rhône pour les élections législatives, mardi 10 mai, se fendant d'un communiqué lapidaire à ce sujet. Mais en réalité, la raison de son retrait ne concerne pas la vague raciste qu'il a subie. Mercredi 11 mai, le journal Mediapart sortit un article indiquant que Bouhafs était accusé de violence sexuelle par "une ex petite amie" qui a envoyé un signalement auprès du Comité de suivi contre les violences sexistes et sexuelles de la France insoumise le 7 mai, jour de rassemblement de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes), réunissant la France inoumise (FI), le Parti communiste (PC), le Parti socialiste (PS) et Europe Écologie-les Verts (EELV) (cf liens n°1, n°2).

Calomnies, complot = temps du déni?!

Dès lors, certaines attitudes à l'égard de Bouhafs interrogent. Diverses personnalités (politicien(ne)s, journalistes, intellectuel(le)s, etc.), qui ont soutenu le journaliste face à l'acharnement raciste dont il fut l'objet, considérant que c'était pour cela qu'il s'était retiré des législatives, ont effacé leurs messages de soutien, de sympathie, durant la soirée du 10 au 11 mai car des fuites sur l'accusation d'agression sexuelle, voire même de viol, circulaient sur les réseaux sociaux. Ce qui donne une illustration d'une certaine hypocrisie, d'un manque criant de colonne vertébrale intellectuelle car si on tient à une logique intersectionnelle, qui est décriée par les paternalistes et les fraternalistes, alors il n'est pas question d'opposer sexisme et racisme. Par conséquent, on peut soutenir une personne racisée quand elle subit des attaques racistes mais on peut également être en mesure de dénoncer des méfaits qui lui sont reprochés en matière de violences faites aux femmes. L'un n'empêche par l'autre!

Ensuite, il y a des partisans de Bouhafs qui considèrent que ce dernier est victime d'un complot visant à le neutraliser politiquement, ainsi que les idées ou expressions politiques qu'il incarne. Et ce, d'autant plus que Bouhafs lui-même, dans son communiqué du 10 mai et dans ce qu'il a pu dire à Mediapart, parle de "calomnies" par rapport à l'accusation de violence sexuelle. Une rhétorique qui n'est pas sans rappeler celle appliquée par certains socialistes, alors partisans de Dominique Strauss-Kahn, en mai 2011, quand DSK fut arrêté à New-York après avoir agressé sexuellement la femme de chambre Nafissatou Diallo. Sans oublier les remarques sexistes, racistes, à l'égard des victimes, dans ces deux histoires.

La normalité, une exception

En tout cas, la procédure disciplinaire menée par la FI a été saluée par bien des observateurs. Mais à y regarder de plus près, il n'y a pas besoin de saluer cela. D'abord, ce genre de mesure comme celle prise par la FI à l'égard de Bouhafs fait figure d'exception alors qu'elle devrait être la norme, dans la classe politique comme partout ailleurs. Il n'y a qu'à voir, par exemple, comment du côté de la République en marche, parti d'Emmanuel Macron, des personnes ayant des affaires judiciaires, telles Thierry Solère, Nathalie Elimas, etc. voire même des condamnations comme Jérôme Peyrat, condamné pour violences conjugales, sont candidates pour les législatives (Hauts-de-Seine pour Solère; Val-d'Oise pour Elimas; Dordogne pour Peyrat).

Ensuite, selon Mediapart, le comité de suivi a convoqué Bouhafs le 9 mai, deux jours après le signalement, et que le 10 mai, quand le journaliste sort son communiqué, des messages de soutiens de la part des cadres de la FI, notamment celui de Jean-Luc Mélenchon, ont fleuri sur les réseaux sociaux. Or, il y a de quoi se demander s'ils étaient pleinement au courant de la situation et si c'était le cas lors du 10 mai, c'est qu'ils se sont montrés hypocrites, dans le sens où ils auraient tenté de couvrir Bouhafs mais face au scandale qui comptait arriver - sachant qu'il n'y a eu qu'un article de la part de Mediapart jusqu'à présent et qu'il fait office d'amuse-gueule à la lecture -, ils le laisseraient béton. Et comme je l'ai écrit dans le billet consacré au retrait de Bouhafs, le 10 mai, ce n'est pas un signal rassurant envoyé auprès des citoyen(ne)s ayant des racines extra-européennes, ni un signal rassurant quand à l'idée de faire face à des blocs (patronat, Union européenne) en cas de victoire les 12 et 19 juin prochains. Après, certains peuvent voir l'autre moitié du verre et dire que cela serve de leçon en matière d'exemplarité, encore plus pour un Français ayant des racines extra-européennes car rien ne sera pardonné de sitôt, surtout si c'est le déni dans un premier temps.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article