Finkielkraut, taisez-vous!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Capture d'écran Youtube

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Dans une émission radio, le membre de l'Académie française reproche aux non-blancs, qu'il appelle des "non-souchiens", de ne pas être venus lors de l'hommage populaire rendu à Johnny Hallyday, samedi 9 décembre. De quoi susciter une réaction indignée sur les réseaux sociaux par rapport à une déclaration raciste d'un sinistre personnage.

C'est plus fort que lui! Lui, c'est Alain Finkielkraut. Ce pseudo-philosophe, membre de l'Académie française, conservateur notoire, s'est encore distingué avec des propos on ne peut stigmatisants, pour ne pas dire racistes, envers la partie non-blanche de la population française. Dimanche 10 décembre, sur les ondes de la radio RCJ il a reproché à ce qu'il appelle les "non-souchiens" de ne pas s'être déplacés pour l'hommage populaire rendu à Johnny Hallyday, la veille, de l'avenue des Champs-Élysées jusqu'à l'église de la Madeleine. "Le petit peuple des petits blancs est descendu dans la rue pour dire adieu à Johnny. Il était nombreux et il était seul. Les non-souchiens brillaient par leur absence" clame-t-il. En outre, la journaliste Elisabeth Lévy s'est permise un lapsus révélateur qui est le suivant: "Vous voulez dire que les banlieues n'étaient pas Charlie. N'étaient pas Johnny, pardon".

Police de la pensée

Ce n'est pas la première fois que l'Académicien se livre à du dénigrement envers les non-blancs. Rappelons qu'en 2005, il déclarait dans le journal israélien Haaretz que l'équipe de France n'était plus black-blanc-beur, comme lors de sa victoire en 1998, mais "black-black-black". "Ce qui fait ricaner toute l'Europe" ajoutait-il. De même qu'un passage dans l'émission Des paroles et des actes où, s'il mentionne la crise économique, il souligne la crise de l'intégration. Sous-entendu, selon le youtubeur Usul, que Finkielkraut, le "tonton raciste version France culture", comme il le dénomme, s'inquiète davantage des arabes qui ne veulent pas cesser leur foi musulmane, à supposer que tous seraient croyants en l'islam, que de la fuite en avant du mode de production capitaliste mondialisé qui se révèle être aliénant pour les esprits et destructeur pour l'être humain et l'environnement. Ou encore sa critique de la parole féminine sur les réseaux sociaux, avec le hashtag #BalanceTonPorc, qui serait une excuse "pour noyer le poisson de l'islam". Ce qui prouve son obsession envers des minorités qui lui semblent être une menace.

Mais ces propos de Finkielkraut, dimanche, ainsi que le lapsus de Lévy, montrent qu'il y a une police de la pensée. Mais contrairement à ce que disent à corps et à cris les identitaires d'extrême-droite, qui se plaignent de la bienpensance et du politiquement correct, cette police est à leur avantage car ces personnes-là sont implicitement vues comme des bon(ne)s français(es) de par leur couleur de peau blanche - et ce, même s'ils ne seraient français(es) que depuis 2 ou 3 générations - mais que des non-blanc(he)s, qui seraient français(es) depuis plusieurs siècles, notamment pour les afro-descendant(e)s des Antilles dont leurs aïeux furent mis en esclavage, seraient de facto des mauvais(es) français(es). Et la réponse de Clément Viktorovitch, professeur à Sciences Po, à Finkielkraut, est intéressante pour lire entre les lignes les propos de l'académicien (cf vidéo ci-dessous).

Enfin, comment Finkielkraut peut-il être si sûr qu'il n'y ait pas eu de "non-souchiens" dans la foule sur les Champs-Élysées, samedi? Il a vérifié sur place? Que nenni! Et pour cause car dans l'émission sur RCJ, il avoue qu'il s'est contenté de suivre l'hommage populaire à la télévision. De même qu'il affirme qu'il "ne partage pas le deuil de ceux qui ont pleuré et chanté" au passage du convoi funéraire de Johnny, tout en déclarant ne pas mépriser leur chagrin. Du foutage de gueule en bonne et due forme, en somme! Et les réactions sur les réseaux sociaux sont assez indignées envers les propos du pseudo-philosophe. Voici quelques exemples:

Liberté illusoire

Mais ce qui est le plus sidérant dans cette histoire, c'est que ça laisse entendre qu'il faudrait choisir aujourd'hui: être ou ne pas être Johnny. Comme il faut depuis 2015 être ou ne pas être Charlie, suite à l'attaque terroriste commise dans la rédaction de Charlie Hebdo et la manifestation du 11 janvier 2015 qui rassembla quatre millions de personnes dans Paris. Mais vu la police de la pensée, dont Finkielkraut est un des visages les plus représentatifs, il faudrait absolument être Charlie et être Johnny pour se faire bien voir. Sinon, on deviendrait le mouton noir, la brebis galeuse refusant de marcher au pas et exprimant sa pensée. Et en 2015, il a été question de savoir si les banlieusards étaient venus manifester le 11 janvier et il semblait, aux yeux des bien-pensants, que ce n'était pas le cas. Sous-entendu, les banlieusards ne seraient pas Charlie. Un raccourci indiquant combien la liberté de penser a encore pris un coup, tant elle semble illusoire de nos jours.

Mais ce n'est pas uniquement au sujet des hommages que cette liberté est illusoire. Ça l'est dans d'autres domaines. Par exemple, dans la pensée économique, quelqu'un qui aurait un point de vue hétérodoxe aura bien plus de difficultés à se faire entendre au niveau médiatique, mais surtout à avancer dans sa carrière universitaire, tant le mainstream libéral ne compte pas lâcher la mainmise qu'il a dans l'enseignement supérieur.

Tout ça pour dire qu'un certain totalitarisme, masqué derrière un semblant de démocratie, progresse en France et qu'il faudra rester vigilant, ne serait-ce qu'en faisant taire ce courant dominant l'espace d'un instant, pour réveiller les consciences.

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