Quand la privatisation de la diffusion du sport est remise en question

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Twitter

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Ces dernières années, la tendance était que la diffusion du sport en France soit de plus en plus liée à un abonnement télévisuel, correspondant ainsi à une privatisation rimant avec une moindre exposition auprès du grand public. Mais il se peut qu'en 2018, le sport soit en plus clair, afin d'attirer ou de faire revenir des téléspectateurs friands.

Pour terminer l'année 2017 sur ce blog, un regard sur la nouvelle année s'impose. Et tout particulièrement sur le sport. En effet, je lisais ce weekend l'Équipe magazine, extension hebdomadaire du quotidien sportif, titrant en une "Sport à la télé de plus en plus clair", et dans le dossier consacré, il est question d'une tendance à un retour de la diffusion en clair d'épreuves sportives qui ont été peu à peu privatisées, dans le sens où il fallait s'abonner pour suivre un ou plusieurs sports. Ce qui, pour des sports comme le football, le handball, le rugby, la Formule 1, etc, génère des recettes plus stables et des coûts moindres de diffusion pour les chaînes détentrices des droits télévisuels.

Un retour en grâce

Le cadre d'une diffusion télévisuelle en France est assez tourné vers le payant. Néanmoins, en raison d'une loi votée en 2004, certains événements sportifs organisés en France (ou pas) doivent être diffusés sur les chaînes gratuites (TF1, France 2, France 3, France 5, M6, plus des chaînes de la TNT comme C8, La chaîne l'Équipe, France 4, etc.) tels les Jeux olympiques d'été et d'hiver, les matchs de l'équipe de France masculine de foot, le match d'ouverture, les demi-finales et la finale de la Coupe du monde masculine de foot, les finales du tournoi de Roland-Garros, le Tour de France, les Grand Prix de France de Formule 1 et de Moto GP, les 24h du Mans, etc. Ce cadre légal donne libre cours, quand même, à ce que les chaines payantes (ou cryptées) aient une grande marge de manœuvre auprès des fédérations ou des ligues sportives afin que ces dernières s'assurent un financement stable et pérenne. Mais le prix à payer est une exposition amoindrie et un potentiel de susciter l'envie de pratiquer un sport encore moindre chez les téléspectateurs. Donc, peu de nouveaux licenciés dans un sport et peu de cotisations à cet effet.

Du coup, il semble s'opérer un retour en grâce du sport diffusé en clair, en raison de sa capacité à attirer un large public. Un exemple récent est la finale du championnat du monde de handball féminin entre la France et la Norvège, dimanche 17 décembre 2017, diffusée à la fois sur Bein Sports (payant) et TF1 (clair). Si près d'un million de personnes ont vu la victoire des Françaises sur la chaîne payante (0,92 million), la diffusion sur la chaîne gratuite a attiré plus de 4 millions de téléspectateurs (4,3 millions). Soit environ 4,7 fois plus de personnes sur TF1! Bien sûr, cet écart est exceptionnel mais il montre combien la diffusion en clair est importante si des fédérations sportives veulent espérer attirer des personnes vers leur sport. Mais ce retour en grâce est fragile car avec des droits télés ayant cru ces 30 dernières années, certains événements comme Roland-Garros (tennis) ou le Tournoi des VI nations (rugby) risquent de ne plus être diffusés sur les chaînes gratuites, ou du moins sur celles du service public (groupe France Télévisions), en raison de la tendance à l'organisation de matchs en soirée, alors que le service public ne bénéficie plus de recettes liées à la publicité après 20h.

Compromis clair-payant

L'une des solutions désormais recherchées est un compromis clair-payant pour certaines épreuves sportives soucieuses de regagner en popularité, mais aussi de stabilité financières. Un exemple? La Formule 1. En France, la diffusion de la F1 est depuis 2013 sur Canal+, après avoir été diffusée sur TF1 de 1992 à 2012. La raison de cette bascule est que TF1 ne se sentait plus en mesure de suivre l'offre sur les droits télé formulée par la Formula one management (FOM), dirigée à l'époque par l'homme d'affaires anglais Bernie Ecclestone, et que la F1 tendait à être moins populaire que par le passé. Le passage sur Canal+ a fourni des recettes stables à la F1 mais au prix d'une chute de la popularité de ce sport. Mais depuis 2017, la FOM est passée sous le contrôle du groupe états-unien Liberty Media, qui se montre soucieux de repopulariser ce sport automobile à travers le monde. Et dans le cas français, à partir de la saison 2018, qui verra le retour du Grand prix de France dans le calendrier après 10 ans d'absence, quatre GP (GP de France et de Monaco inclus) seront diffusés en clair. Et ce, sur... TF1, l'ancien diffuseur de la F1 en France. Le tout, pour une offre peu chère (4 millions d'euros selon l'Équipe mag) qui peut être rentabilisée à travers les spots publicitaires.

Cela étant, ça risquerait de nouveau d'énerver les fans de F1. Espérons que TF1 aura la sage idée de s'inspirer de certaines chaînes étrangères qui, au moment de la pub, mettent un encart pour montrer l'évolution du GP. Et reste à savoir si c'est déclinable pour d'autres sports, à l'avenir.

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