Bernard Arnault ou l'illustration du capitalisme à la française

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Ysi-Pusi

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Quatrième au classement des plus grandes fortunes mondiales selon Forbes, Bernard Arnault montre à quel point les idées de mérite, de dépassement de soi, de ruissellement de la richesse produite, sont des histoires à dormir debout racontées par les défenseurs du capitalisme. Et de par son influence dans les médias, un problème dans le débat public tant la critique ne semble guère tolérée.

Il est toujours bon de rappeler cette phrase de Warren Buffet, qui disait dans le milieu des années 2000: "Il y a une guerre des classes, c’est un fait. Mais c’est ma classe, celle des riches, qui mène cette guerre et nous sommes en train de la gagner". Elle demeure d'actualité avec le classement des personnes les plus riches dans le monde établi par le magazine Forbes, et dans son édition 2018, Buffet demeure troisième homme le plus riche du monde, avec 84 milliards de dollars (67,7 milliards d'euros), derrière Jeff Bezos, fondateur d'Amazon (112 milliards de dollars, soit 90,3 milliards d'euros) et Bill Gates, fondateur de Microsoft (72,6 milliards d'euros).

Le capitalisme des héritiers

Mais Buffet ferait bien de regarder sur ses talons car celui qui est au pied du podium est le français Bernard Arnault. Le propriétaire du groupe LVMH a une fortune estimée à 72,2 milliards de dollars (58,2 milliards d'euros) par le magazine états-unien (cf lien). Un pactole énorme pour cet homme, issu d'une famille de militaires et d'industriels et dont le parcours scolaire et universitaire correspond à un fils de famille, terminant par un diplôme à l'École Polytechnique. Ce qui n'est pas négligeable. À travers l'entreprise familiale comme héritage puis les OPA faites sur diverses sociétés, dont LVMH, le navire amiral de sa fortune, Arnault engrange les milliards d'euros grâce à des dizaines de milliers de salariés qui font vivre Arnault et son capital, comme le dit l'économiste et sociologue Bernard Friot, considérant les grandes fortunes comme des "parasites" de la société.

En outre, dans le classement Forbes 2018, il y a une autre fortune française présente dans le top 20 mondial, c'est Françoise Bettancourt-Meyers, avec 42,2 milliards de dollars (34 milliards d'euros). Un cas encore manifeste du capitalisme des héritiers puisqu'elle est la fille de Lilianne Bettancourt, elle-même fille d'Eugène Schueller, fondateur de l'Oréal. Et on se souvient qu'au début des années 2010, une affaire publique avait éclaté entre la mère et la fille, mêlant également des politiciens de droite, jusqu'à Nicolas Sarkozy, alors président de la République. Tout ça pour dire que quand les économistes libéraux clament à corps et à cris que l'esprit d'entreprise est à défendre (start-up nation), trouvant un écho avec l'actuel président Emmanuel Macron, grand défenseur de la classe dominante s'il en est avec sa politique fiscale aux rabais envers les plus riches, il est de bon ton de répondre que ces gens-là sont la démonstration que le self-made-man est un mythe absolu, que l'État redevient au fil du temps un serviteur (zélé) des intérêts d'une classe sociale et que les conditions sociales de naissance pèsent lourd sur la destinée d'un individu car comme disait Beaumarchais, à travers la bouche de son personnage Figaro:

  • "Qu'avez-vous fait pour tant de biens? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus."

Pieuvre dominante

La fortune de Arnault n'est pas seulement écœurante, si on se place dans l'esprit de personnes de gauche. Elle est problématique dans la capacité à faire du chantage ou à avoir de l'influence. Chantage car une fortune comme Arnault cherche le moins-disant fiscal, avec des stratégies d'optimisation, voire d'évasion fiscale, qui affaiblissent les États déjà bien serviles. En témoignent les placements des holdings de Arnault en Belgique, où la fiscalité est moins lourde pour les riches qu'en France ou bien le fait que son nom apparaisse dans l'enquête des "Paradise Papers". Influence car Arnault n'a pas que l'industrie du luxe comme secteur d'activité qui le fait vivre. Telle une pieuvre, il met ses tentacules dans des endroits où il peut capter l'attention des décideurs publics. Et tout naturellement, c'est vers la presse que se tourne Arnault. Dans les années 2000, son groupe, LVMH, possédait la majorité du capital du journal économique La Tribune, avant de le revendre en 2007 pour racheter le concurrent de ce dernier, Les Échos, quotidien économique le plus lu en France. Par la suite, il a pris le contrôle de Radio Classique, puis a racheté en 2015 le quotidien Le Parisien-Aujourd'hui en France, illustrant une concentration de la presse française aux mains de quelques milliardaires, vu que plusieurs observateurs affirment que 90% de la presse française est aux mains de neufs milliardaires, et que, ça verrouille toute capacité d'analyse critique et pluraliste des faits d'actualité, comme le défendent les auteurs du film Les nouveaux chiens de garde. Un exemple ultime est la censure sur Le Parisien au sujet du film de François Ruffin, Merci Patron!, qui se base sur l'histoire d'une famille licenciée par une entreprise appartenant au groupe LVMH de Arnault, pour raison de délocalisation de l'activité.

Bref, pas de quoi se réjouir d'un classement pareil!

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