Les étoiles populistes (et xénophobes) brillent en Italie

Publié le par JoSeseSeko

Photo: euronews

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Les résultats des élections générales italiennes donnent la coalition de la droite et d'une partie de l'extrême-droite en tête, mais le mouvement 5 étoiles peut se targuer d'être le premier parti politique italien. Le parti démocrate de Matteo Renzi a été balayé, confirmant que la droitisation de partis sociaux-démocrates est sanctionnée par les électeurs depuis des années.

Le vent populiste souffle très fort en Italie. L'un des pays fondateurs de l'Union européenne, troisième puissance de la zone euro, historiquement présenté comme pro-européen, a fait passer un message critique à l'issue des élections générales, dimanche 4 mars, renouvelant les 630 sièges de la Chambre des députés et 315 sièges du Sénat. Le premier élément est que l'abstention est de 27,09% (cf lien n°1). Ce qui est un record pour ce genre d'élection de l'autre côté des Alpes, mais qui semble dérisoire ici en France, tant l'abstention a été massive lors des élections législatives de juin dernier.

Virage à droite

La coalition de la droite et de l'extrême-droite, regroupant Forza Italia de Silvio Berlusconi - inoxydable! -, la Ligue du Nord de Matteo Salvini et Frères d'Italie de Giorgia Meloni recueille 37% des voix et demeure ainsi en tête. Et au sein de cette coalition, c'est la Ligue du Nord qui recueille le plus de voix. Ce qui signifie que Salvini, dont les déclarations racistes, xénophobes ont été légion ces derniers temps, pourrait postuler pour le poste de Président du Conseil, si la coalition trouve un accord avec d'autres forces politiques italiennes.

Et vu les résultats, il faudra passer à des négociations avec le Mouvement 5 étoiles (M5S). En effet, après près de 32% des voix, ce mouvement populiste qui fait dans le discours "anti-système" et picore des idées à droite et à gauche, est la première force politique transalpine, renforçant son score de 2013, qui était de 23% en 2013. Si dans sa courte existence, le parti a toujours refusé des alliances avec d'autres forces politiques, notamment par la volonté de son fondateur, Beppe Grillo, son successeur, Luigi Di Maio (voir photo en tête d'article), serait plus conciliant car sûr que le M5S est une force incontournable pour vouloir former un gouvernement en Italie. Toujours est-il que cette montée en puissance de forces politiques conservatrices - euphémisme! -, au message eurosceptique plus ou moins affiché doit irriter la Commission européenne, qui voit combien l'UE actuelle est de plus en plus rejetée au sein de ses pays membres (cf liens n°2, n°3, n°4).

Une branlée démocrate

L'autre leçon de ces élections est la branlée que s'est prise le Parti démocrate (PD, centre-gauche), avec son leader Matteo Renzi. Principale force d'une coalition de centre-gauche, le PD fait 19% des voix contre 25,4% cinq ans auparavant et la coalition fait 23,23% contre 29,5% en 2013. C'est signe que les électeurs ont tenu à sanctionner la politique menée par l'ancienne majorité, et surtout envers Renzi, dont l'action gouvernementale pro-européenne a été marquée par une flexibilisation du marché du travail, avec les Jobs Acts, une réforme des retraites et puis une volonté de réforme constitutionnelle. Cette dernière avait été refusée par référendum en décembre 2016, incitant Renzi à quitter son poste de Président du Conseil. En clair, le PD a connu une chute suivant la tendance européenne qui est que si les partis sociaux-démocrates épousent le social-libéralisme, ils se feront lourdement sanctionner au final. Cela s'est vu en Grèce avec le Pasok, en Allemagne avec le SPD, en Espagne avec le PSOE, ou encore en France avec le PS. Mais apparemment, ça ne retient pas les leçons et c'est une course au suicide qui se fait dans cette partie de l'échiquier politique. Le SPD en donne l'exemple en participant, une fois encore, à une "grande coalition" avec la CDU d'Angela Merkel, bien que ça lui a toujours été sanctionné électoralement.

Et comme un malheur n'arrive jamais seul, cette érosion du PD entraîne tout le reste de la gauche italienne, même la plus critique envers l'ancienne majorité, dans sa chute. La coalition Libres et égaux, rassemblant des anciens membres de l'aile gauche du PD, le parti Gauche italienne, le parti Possibile, aurait 3,35% des voix, soit juste ce qu'il faut pour avoir des élus car le plancher pour ces élections majoritairement à la proportionnelle est de 3%. Un seuil que risque de ne pas atteindre la coalition de gauche radicale Potere al popolo (pouvoir au peuple, en français), dont la formation s'inspire de Podemos en Espagne ou de la France insoumise de ce côté-ci des Alpes.

Bref, un beau bordel en perspective!

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