Le Média en zone de turbulence

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Capture d'écran Youtube

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Après le départ d'Aude Rossigneux, d'autres journalistes de la rédaction du pure player sont partis, pour des raisons personnelles ou de ligne éditoriale. De quoi inciter certains à se montrer goguenards envers ce média alternatif, mais aussi d'autres à ne pas vouloir jeter le bébé dans l'eau du bain.

Certain(e)s lecteurs/rices de ce blog pourraient penser que je deviendrais obsédé par Le Média et que je voudrais être critique à son égard avec un titre racoleur. Il n'empêche, le pure player dont la proximité de ses fondateurs avec le mouvement la France insoumise est mise en avant par ses détracteurs fait parler de lui auprès d'autres journaux, mais pas forcément en bien. D'abord, le départ d'Aude Rossigneux, ci-devant rédactrice en chef du journal, avait fait des remous, avec une lettre qui dénonçait l'attitude "brutale" de la direction du journal et qui suscitait l'incompréhension, la surprise, voire la colère auprès des socios du Média, appelant à une explication sur ce sujet. D'où une réponse de la rédaction du journal fin février avec la vidéo ci-dessous.

Départs et polémique

Mais ce départ de Rossigneux, qui est justifié par la fin d'une période d'essai selon la direction du Média, en a entraîné un autre qu'est celui de Noël Mamère. L'ancien député écologiste, redevenu journaliste depuis la fin de son mandat électoral, en 2017, s'était engagé au sein du pure player par le biais de Rossigneux et selon Sophia Chikirou, cofondatrice du Média, il était pris dans un "conflit de loyauté" par rapport à l'ancienne rédactrice en chef. Mais là encore, pour les socios, ce départ a été annoncé par d'autres journaux. Ce qui a de quoi surprendre. Et d'autres départs ont été annoncés comme ceux de Catherine Kirpach et de Léa Ducré (cf lien n°1). Autant l'annonce du départ de Kirpach, ancienne de LCI et une des journalistes les plus capées de la rédaction serait plus ou moins prévisible car elle n'apparaissait plus dans le journal ces derniers jours, alors qu'elle était présente les semaines précédentes, présentant le journal du vendredi par ailleurs, autant l'annonce du départ de Ducré a pu surprendre car elle l'a clamé à l'antenne, vendredi 2 mars, partant pour "réaliser d'autres projets" et souhaitant une bonne continuation à ses désormais ex-collègues.

En-dehors de ces départs, une polémique aurait pris forme dans la rédaction au sujet d'une analyse menée par le journaliste Claude El Khal sur la guerre en Syrie, notamment par rapport à La Ghouta, où la situation empire ces derniers jours. Le traitement fait par le journaliste d'origine libanaise aurait été une justification du départ de Mamère et plusieurs observateurs le soupçonnent de faire dans le relativisme, voire d'avoir un positionnement pro-Bachar el Assad, en renvoyant dos à dos les crimes commis par le régime de Damas et par des groupes rebelles différents les uns des autres, sans poser question sur la proportion des violences que subissent les civils (cf lien n°2). De quoi inciter certains soutiens de la première heure à se désolidariser du journal, vu la tournure des événements (cf lien n°3), mais aussi pour d'autres de soutenir mordicus le travail mené par El Khal et le reste de la rédaction du Média (cf lien n°4), vu le dénigrement qui semble être opéré par la presse mainstream à son égard, comme l'affirme la journaliste Aude Lancelin, à travers l'exemple d'un article du journal Le Monde sur Le Média.

Talents divers

Par-delà ces problèmes, faut-il en venir à jeter le bébé dans l'eau du bain? Ce serait dangereux car, après tout, Le Média n'est officiellement en place que depuis le 15 janvier dernier. Puis il y a des talents divers qui s'expriment dans ce journal et qui démontrent que le travail mené par la rédaction est intéressant sur des sujets peu mis en avant dans la presse mainstream. Un exemple? L'actualité africaine, dont s'occupe Théophile Kouamouo. Le travail du journaliste camerounais sur l'Afrique, notamment au niveau économique, est rondement bien réalisé, que ce soit au sujet du Franc CFA, avec une interview de l'économiste sénégalais Ndongo Samba Sylla (cf lien n°5) ou sa chronique sur la "guerre des fripes" entre les États-Unis et des pays d'Afrique de l'Est - Kenya, Éthiopie, etc. - dans le journal du 2 mars, montrant combien la mondialisation et le libre-échange ont des logiques perverses pour le continent africain, dans son ensemble. Autre exemple, celui d'Aude Lancelin, qui mène dans Le Média des "entretiens libres" avec des personnes issues du monde intellectuel ou universitaire telles Emmanuel Todd ou Annie Lacroix-Riz.

Une fois cette période de turbulence passée, le journal pourrait retrouver une certaine tranquillité car il aurait alors montré sa capacité à faire face, à attirer des curieux et, pourquoi pas, à donner sa chance à d'autres journalistes désireux de se joindre à cette aventure. Cela étant, il devra apprendre de ses erreurs, qui se feront car Le Média, comme tout autre journal, n'est pas parfait et peut être sujet à donner des informations erronées.

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