Un nouveau virage fascisant en Italie?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: PierreG_09

Photo: PierreG_09

Les élections générales du 4 mars promettent de réserver de l'incertitude quand à la composition d'une majorité parlementaire. Et ce, même si les formations populistes, telles le Mouvement 5 étoiles, la Ligue du Nord ou dans une moindre mesure le parti Forza Italia de Silvio Berlusconi auraient une dynamique forte devant une gauche oubliée des écrans radar.

Berlusconi, l'éternel retour! Il est bien tentant d'écrire ainsi, à l'approche des élections générales du 4 mars en Italie, renouvelant les 630 sièges de la Chambre des députés et de 315 sièges du Sénat. En effet, l'homme d'affaires et ancien Président du Conseil italien (1994-1995; 2001-2006; 2008-2011), âgé de 81 ans, garde un appétit certain pour le pouvoir, en dépit des affaires judiciaires le concernant, avec notamment des condamnations pour fraude fiscale. Puis son parti Forza Italia demeure un des principaux partis politiques italiens puisqu'il compte 56 députés et 44 sénateurs et il pourrait se renforcer à l'issue de ces élections.

Une droitisation de l'Italie

Vu ce qu'en disent plusieurs observateurs, ces élections se sont centrées sur la question de l'immigration, avec un déploiement d'un racisme institutionnel de grande ampleur de l'autre côté des Alpes, allié à un horizon populiste manifeste. Et justement, Berlusconi a joué sur la xénophobie ambiante en Italie pour émettre l'idée d'une expulsion de plusieurs dizaines, voire centaines de milliers d'exilés venus de Syrie, d'Érythrée, du Soudan par exemple, victimes de violences organisées par des organisations néofascistes comme Forza Nuova et CasaPound, mais aussi la Ligue du Nord, parti allié de Forza Italia, comme à Macerata en février dernier, où suite à un viol et un meurtre d'une jeune fille de 18 ans dont l'auteur présumé serait un exilé nigérian, un membre de la Ligue du Nord tire sur des Afro-descendants pour venger la défunte. Signe que l'Italie doit combattre avec ses vieux démons du fascisme.

L'épouvantail M5S

Mais toute cette droite qui s'extrémise à mort n'est pas sûre de pouvoir disposer d'une majorité dimanche. La faute au mouvement 5 étoiles (M5S), qui est le favori pour ces élections. Fondé par l'humoriste Beppe Grillo en 2009, il est considéré comme un parti populiste qui clame que le clivage droite-gauche n'a plus de raison d'être et du coup, il picore des idées de droite et de gauche avec une tonalité qui se voudrait écologiste et anti-corruption. Lors des dernières élections générales de 2013, le M5S avait pu faire élire 88 députés et 35 sénateurs. Selon divers sondages, 30% des voix voteraient pour cette organisation politique désormais menée par Luigi Di Maio, un trentenaire présenté comme bien différent du fondateur du parti, Grillo (cf lien n°1). De quoi être en tête mais pas suffisant pour former une majorité, sauf si ça se met d'accord avec d'autres forces politiques.

Les démocrates en recul

L'attention va être particulière au sujet du centre-gauche italien, et notamment du Parti démocrate (PD). Au pouvoir depuis 2013, il a notamment permis à Matteo Renzi de devenir Président du Conseil de 2014 à fin 2016, démissionnant après un référendum constitutionnel où il avait mis en jeu son poste. Et le vote "non" traduisait à la fois un refus de modifier la constitution de la République italienne, mais aussi une sanction envers la politique libérale de Renzi, symbolisée par les Jobs Acts, la libéralisation des horaires de travail, la réforme des retraites, etc. De quoi connaitre une trajectoire de pasokisation, comme l'ont connu le Pasok en Grèce, le SPD en Allemagne, le PSOE en Espagne ou plus récemment le PS en France. Voilà ce qui se passe quand la social-démocratie épouse le social-libéralisme!

Une gauche radicale unifiée?

Conséquence de cette droitisation du PD à travers l'exercice du pouvoir, une partie de l'aile gauche du PD s'est jointe avec des forces social-démocrates ou écologistes pour former une coalition intitulée Libres et égaux (Liberi e Uguali, LeU). Mais cette coalition doit également faire face à une coalition de gauche radicale, appelée Pouvoir au peuple (Potere al popolo, PaP). Cette dernière regroupe notamment des partis tels le Parti de la refondation communiste ou le Parti communiste italien (PCI) qui revendiquent l'héritage du PCI historique dissous en 1991 et qui pesait encore plus de 25% de l'électorat à cette époque, ce qui en fit le parti communiste le plus puissant d'Europe occidentale, loin devant le Parti communiste français ou le Parti communiste espagnol. Le PaP se veut intransigeant envers les autres forces de gauche, inspiré en cela par Podemos en Espagne et surtout la France insoumise. D'ailleurs, Jean-Luc Mélenchon, figure de proue du mouvement, s'était rendu à Naples pour soutenir des militants de cette coalition et rendre compte de la situation transalpine. Maintenant, reste à savoir si cette gauche radicale italienne sera en mesure d'avoir des députés et des sénateurs dans le contexte de remontée du conservatisme, voire du fascisme, évoqué ci-haut.

Dans l'œil du cyclone

Ces élections ne sont pas à regarder de manière lointaine pour plusieurs raisons. D'abord, il s'agit d'un voisin de la France, directement concerné sur la question migratoire. Ensuite, c'est la troisième puissance de la zone euro qui demeure "l'homme malade de l'Europe" et la politique menée par le PD ces dernières années, soufflée par la Commission européenne, n'a pas eu les résultats escomptés en matière de lutte contre le chômage, qui reste massif (11,7% en 2016 selon Eurostat contre 6,7% en 2008) et est d'ailleurs supérieur à celui de la France depuis 2012. Sans compter la dette publique, qui est de 132% du Produit intérieur brut en 2016 selon Eurostat, soit la deuxième dette publique la plus importante de la zone euro rapportée au PIB, après la Grèce. De quoi rendre les marchés financiers nerveux à l'idée d'une victoire du M5S et d'être désireux qu'il y ait une coalition de droite, même avec Berlusconi aux manettes, ou une grosse coalition à l'allemande, afin de permettre un statut quo qui arrange la classe dominante au sujet de la dette publique car "la dette, c'est de la redistribution à l'envers". Mais il ne faut pas exclure l'impossible de formation d'une majorité à l'issue de ces élections. Auquel cas soit un gouvernement minoritaire et de technocrates pourrait voir le jour, comme ce fut le cas avec Mario Monti de 2011 à 2013, ou le scénario de nouvelles élections (cf liens n°2, n°3).

Bref, l'Union européenne a de quoi retenir son souffle.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article