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Macron au soutien du capital jusque dans le verbe

Publié le par JoSeseSeko

Une phrase du président Emmanuel Macron suscite l'indignation sur les réseaux sociaux car elle serait symbole d'un mépris de classe de la part du chef de l'État. Et vu les structures sociales françaises, les propos présidentiels peuvent avoir un arrière-goût raciste, digne de ce qu'est la Ve République pour les Français non-blancs.

"Une gare, c'est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien". Cette phrase est prononcée par Emmanuel Macron, président de la République depuis sa victoire étriquée du 7 mai dernier, lors de l'inauguration de la Station F (nouveau nom de la halle Freyssinet), le plus grand incubateur de start-ups dans le monde, parait-il, le 29 juin à Paris. Depuis, la polémique enfle avec des réactions indignées sur les réseaux, estimant que les gens qui réussissent sont de ceux qui sont proches du président, notamment l'homme d'affaires Xavier Niel, possédant la Station F ainsi que l'opérateur Free ou encore plusieurs titres de presse (Le Monde, L'Obs, Challenges, etc.) et que si on n'est pas un start-uper ou un auto-entrepreneur qui suivrait l'uberisation de l'économie, c'est qu'on serait un raté, vu le sens de la phrase présidentielle. C'est dire si ça valait le coup l'appel à faire barrage au Front national (FN), épouvantail de la vie politique française, couplé d'un dénigrement envers les abstentionnistes.

Mépris de classe

Cette phrase a quand même le mérite de montrer la mentalité bourgeoise et libérale de Macron, même si elle s'était déjà exprimée par le passé (cf ses propos sur les ouvrières de l'abattoir Gad en Bretagne qui seraient des illettrées en 2014). Mais il faut croire que l'aliénation marche à plein régime pour le candidat du Capital. En effet, Macron, comme d'autres politiciens, suscite un dégoût de la part des citoyens les plus pauvres, mais il réussit surtout à les rendre fatalistes, dépités et finalement peu incités à vouloir aller voter. D'où l'abstention lors du second tour de la présidentielle, et surtout lors des élections législatives, qui ont tout de même volé la vedette au président qui tient à ce qu'il soit surnommé Jupiter, bien aidé par des mass media qui donnent l'impression d'être à son service en permanence. Par conséquent, si les citoyens les plus pauvres fuient les urnes, les citoyens les plus riches sont comparativement renforcés car les politiciens qui cherchent à se faire élire veulent être absolument à leur écoute. On est dans l'illustration la plus achevée du "cens caché", cher au politologue français Daniel Gaxie.

En outre, Macron est plus naturel avec les milieux aisés qu'avec les milieux populaires. Il faut se rappeler qu'il a été contraint à se rendre à l'usine Whirlpool d'Amiens parce que Marine Le Pen, meneuse du FN, s'y était rendue spontanément, en mode pirate, alors que Macron était à la Chambre de commerce d'Amiens. Et bien entendu, le mépris de classe pourrait prochainement s'exprimer avec l'application des ordonnances pour réformer le code du travail, jugé comme le principal frein à l'embauche de la part des entreprises, alors que ce n'est pas le cas, selon l'Insee.

Racisme larvé

Si on se contente de la surface, la phrase de Macron relève du mépris de classe. Mais si on creuse un peu, elle peut marquent un racisme larvé de la part du chef de l'État. Pourquoi? En premier lieu, il prononce ceci devant un auditoire majoritairement blanc. Ensuite, les structures économiques et sociales françaises font que les banlieues et les campagnes sont des espaces qui concentrent le plus la pauvreté et les inégalités. Et comme ces territoires sont en grande partie composés de Français non-blancs, notamment dans les banlieues, la phrase de Macron est pleinement marquée de mépris envers le prolétariat non-blanc qui subit un racisme institutionnel devenu visible ces dernières années à travers les violences policières (mort d'Adama Traoré, viol de Théo Luhaka, etc.) ou les études sur l'impact économique des discriminations à l'embauche. Mais pour Macron, il faut que ces gens des quartiers suivent l'uberisation de l'économie car ce seraient des dealers dans le cas contraire, à ses yeux. Ce qui oblige à rappeler que la répression contre la consommation du cannabis est juste du gaspillage d'argent public!

Par conséquent, cette partie de l'électorat est hostile à Macron. Mais plus que toute autre catégorie sociale, elle boude les urnes. Pour une raison importante. Ce prolétariat non-blanc est naturellement tenté de voter pour des partis défendant le socialisme, le communisme, l'écologie politique. Mais ces partis-là ne savent pas convaincre ces électeurs-là car ils pratiquent une certaine forme de racisme en leur sein, qu'Aimé Césaire appelait fraternalisme en son temps. Et c'est bien pour cela, d'ailleurs, que la gauche, dans son ensemble, n'arrive pas à se réconcilier avec des mouvements antiracistes menés par des Français non-blancs de manière autonome car ces derniers ont vu l'inefficacité de l'antiracisme à la sauce SOS Racisme. Pas étonnant, du coup, que ça ne crie pas "vive la France" à tout bout de champ, ce qui relève du blasphème à l'heure actuelle. Et pourtant, cette hostilité dans les quartiers populaires envers le Capital, dont Macron est un de ses serviteurs les plus manifestes, elle peut s'exprimer vers un vote radical. Le score de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle, et l'analyse sociologique qui en a été faite, en sont une illustration.

Toujours est-il que les cinq ans qui arrivent promettent une articulation des luttes, telle que l'estimait l'historien et philosophe trinidadien C.L.R James au 20e siècle.

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