Quand (le standard de) l'hôpital rend de moins en moins service

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Romain Berson

Photo: Romain Berson

Depuis la divulgation de l'échange entre Naomi Musenga, une femme mourante de 22 ans et une standardiste du SAMU de Strasbourg, qui a négligé le caractère urgent de la femme, une profonde indignation soulève les esprits, face à la condescendance de la standardiste, avec un arrière-goût raciste. Mais c'est également révélateur d'un dysfonctionnement de l'hôpital public, contredisant les propos du pouvoir dans ce domaine.

Une tragédie des temps modernes. Voilà comment on peut intituler la mort de Naomi Musenga, 22 ans, le 29 décembre dernier. La publication de l'échange audio entre la défunte et une standardiste du SAMU de Strasbourg (Bas-Rhin) dans la presse laisse sans voix, tant la victime avait la voix heurtée, pouvant péniblement décrire les douleurs qu'elle ressent, et la standardiste qui a un ton très condescendant, voire méprisant. Et surtout au moment où la mourante déclare "je vais mourir", la réplique de la standardiste est glaçante: "Oui, vous allez mourir un jour, comme tout le monde", avant de l'inciter à appeler SOS Médecins, qui répondit à la demande de la mourante au bout de cinq heures d'attente. Mais cette attente n'en a été que mortelle pour Naomi Musenga, qui laisse une enfant orpheline (cf liens n°1 et 2).

Dysfonctionnement général?

Près de cinq mois après les faits, c'est seulement maintenant qu'on découvre les circonstances et l'attitude du personnel au standard du SAMU. Et durant ce temps-là, la standardiste ayant eu la défunte et négligeant son appel au secours, avait juste été mutée dans un autre service et avec la médiatisation de cette tragédie, elle vient seulement d'être suspendue à titre conservatoire par la direction des hôpitaux universitaires de Strasbourg (cf lien n°3). À croire que ça aurait préféré étouffer l'affaire car il y a de quoi poursuivre, a priori, la standardiste et les services hospitaliers de Strasbourg pour non-assistance à personne en danger. Et encore plus quand il s'agit d'un personnel approprié pour ce genre de situation.

À partir de là, je rajoute le fait que Naomi Musenga était une afro-descendante et que les moqueries au niveau du standard durant l'échange pourraient relever d'un caractère négrophobe, si la justice y accorde de l'importance à ce fait lié à la discussion téléphonique. Mais d'autres en parleront mieux que moi, je pense. Par contre, dans le registre "à chaque chose, malheur est bon", c'est révélateur d'un dysfonctionnement de l'hôpital public en France. Depuis plusieurs mois, des articles ou des vidéos comme celle du youtubeur Usul (cf vidéo ci-dessous) font état d'un service public hospitalier à bout de souffle, aux bords de la crise de nerfs, tant les besoins semblent croissants et que les investissements ne paraissent pas évidents. Et pourtant, le pouvoir actuel, soit par le président Emmanuel Macron, soit par la ministre de la Santé, Agnès Buzin, assure que le financement de la santé s'accroit pour les prochaines années face à un personnel hospitalier remonté et en grève. Or, la logique du pouvoir actuel, libérale et court-termiste, est de vouloir réduire le déficit de la Sécurité sociale à tout prix, quitte en réalité à renforcer l'inégalité devant la mort. En tout cas, ça pose également question sur les conditions de travail des urgentistes, qui se sont dégradées ces dernières années selon le médecin Patrick Pelloux (cf lien n°4).

De quoi avoir les nerfs à vif devant cette tragédie.

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