L'esclavage ou une destruction d'humanité

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Claude Risse

Photo: Claude Risse

Comme chaque 10 mai, la France commémore l'abolition de l'esclavage, crime contre l'humanité dont l'impact n'est pas négligeable dans le développement économique de l'Afrique, ainsi que dans la naissance du capitalisme. Sans compter l'aliénation que ça provoque chez des noir(e)s ayant pu s'élever socialement.

Le mois de mai est particulier pour les afro-descendant(e)s et les africain(e)s vivant en France ou dans un pays francophone car il correspond au mois où l'hexagone commémore l'abolition de l'esclavage, en la date du 10 mai comme date nationale, sachant qu'il peut y avoir des variantes selon les régions d'outre-mer. Si l'abolition définitive en France date de 1848, il a fallu que ce soit la deuxième fois que l'hexagone abolisse l'esclavage car en 1794, en pleine Révolution française, elle abolit une première fois, avant que Napoléon Bonaparte ne rétablisse le Code noir en 1802.

L'esclavage n'est pas un choix

Ces derniers jours, il y a eu une polémique sur les réseaux sociaux autour du chanteur Kanye West. Ce dernier, dans une interview, a déclaré que les 400 ans d'esclavage négrier ressemblent à un "choix" de la part des personnes qui en ont été victimes et leurs descendant(e)s. De la part d'un afro-descendant comme Kanye West, qui a pu s'élever socialement grâce aux afro-descendant(e)s qui ont écouté ses chansons, acheté ses albums, c'est un signe d'aliénation et de mépris de classe manifeste. Et le plus navrant dans cette histoire, c'est que des afro-descendant(e)s trouvent moyens de défendre West et ses propos, jurant qu'il était maladroit, etc. Pourtant, ce genre de propos est similaire à ceux de Laurence Rossignol, ancienne ministre de la Famille, de l'Enfance et du Droit des Femmes, qui comparait des femmes voilées à des "nègres américains qui étaient pour l'esclavage" en mars 2016.

À ces personnes-là, il faut leur rappeler sans cesse que l'esclavage n'est pas un choix. Il est une exploitation de l'homme (noir) par l'homme (blanc). D'ailleurs, l'esclavage négrier permit à la classe dominante blanche de fabriquer un mythe qu'est celui de l'homme blanc invincible et de développer le concept de racisme, pour se croire au-dessus des autres. De même que cet esclavage diffère des précédents en raison de sa logique productiviste, faisant de l'esclave noir(e) un bien meuble, qui doit produire des biens dans des plantations chaque jour jusqu'à ce qu'il/elle en crève, pour rentabiliser le capital investi dans une plantation. Bref, l'esclavage négrier est le prototype du capitalisme, comme l'ont affirmé Karl Marx, CLR James ou encore Eric Williams (cf lien n°1), avec des conséquences graves et encore actuelles sur le continent africain que sont le manque de débouchés par cette ponction de main-d'œuvre, la crise de confiance dans les sociétés africaines, véritables freins pour un développement économique sain du continent. Sans compter le colonialisme et le néocolonialisme occidental et émergeant qui verrouille les structures économiques et sociales en Afrique.

Réparations

Quand quelqu'un brise quelque chose envers autrui, il est habituel de demander une réparation. Mais quand il s'agit de l'esclavage négrier, ce mot devient complètement tabou. Pourquoi? Dans le cas français, lors de l'abolition de 1848, les esclavagistes avaient reçu des indemnités de la part de la république alors qu'en 1794, aucune indemnité n'avait été envisagée par les révolutionnaires et que ces derniers comptaient instaurer un "crime de lèse-humanité" envers les esclavagistes d'alors, qui étaient essentiellement des royalistes. Mais quel genre de réparations faudrait-il? Un exemple, une réforme agraire dans les outre-mers. En effet, le foncier, tout comme la quasi-totalité des structures économiques, reste aux mains des descendant(e)s d'esclavagistes (békés dans les Caraïbes françaises) et les descendant(e)s d'esclaves sont ainsi maintenu(e)s dans une position de dominé(e)s, s'exposant ainsi plus dangereusement aux risques naturels. L'ouragan Irma en septembre 2017 a bien montré, sur ce point, que "tous les animaux sont égaux mais certains plus égaux que d'autres" (George Orwell).

À partir du moment où des réparations auront eu lieu, le chemin vers la réconciliation peut être plus facile. Sinon, c'est de la poudre aux yeux pérennisant un rapport économique et social fortement inégalitaire (cf lien n°2).

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