Une internationale décoloniale comme horizon pour le Bandung du Nord

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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En conclusion du Bandung du Nord, rassemblant des militants antiracistes français et internationaux, l'idée de mettre en place une internationale décoloniale semble trouver une franche adhésion auprès du public présent dans ce cycle de conférences du 4 au 6 mai. Serait-ce peut-être une cinquième internationale qui s'annonce pour l'avenir?

Pendant que les observateurs évoquaient en long, en large et en travers Mai 68, dont c'est le 50e anniversaire, et qu'une partie de la gauche radicale comptait faire "la fête à Macron", à l'occasion de l'anniversaire de l'élection de l'actuel président, le camp de l'antiracisme politique, comme il se définit à l'occasion, s'est réuni à Saint-Denis, du 4 au 6 mai, pour un cycle de conférences, de débats, intitulé le Bandung du Nord. Le Réseau décolonial international, à l'origine de cet événement, a titré ainsi pour faire référence à la conférence de Bandung de 1955, où 29 pays africains et asiatiques s'étaient rencontrés à Bandung (Indonésie), pour formuler la politique du "non-alignement" entre le capitalisme états-unien et le socialisme version soviétique, dans le contexte de la guerre froide et de la décolonisation - indépendance du Vietnam après la défaite française de Diên Biên Phu le 7 mai 1954 -.

L'impérialisme occidental en question

Si ce Bandung du Nord a compté la présence d'un public majoritairement non-blanc, il n'en était pas pour autant interdit aux blancs ou de faire dans le racisme anti-blancs, le conspirationnisme, contrairement à ce qui pouvait être sous-entendu ici et , cherchant à discréditer ce genre d'initiative, mais illustrant bel et bien un racisme institutionnel vu que des médias conservateurs relaient ces fausses nouvelles sans sourciller et sans se rendre sur le terrain. Mais ce n'est pas tellement étonnant de la part des Tartuffes du racisme made in France d'agir de la sorte, jouant sur la réputation sulfureuse de certains organisateurs comme Houria Bouteldja, du Parti des indigènes de la république, régulièrement accusée d'antisémitisme.

Il n'en demeure pas moins que ce Bandung du Nord met en question l'impérialisme occidental, sous un angle critique. Et j'écris bien occidental en raison des parrainages d'Angela Davis, de Fred Hampton Jr, figures du Black Panther party, de Mumia Abu Jamal, militant afro-descendant emprisonné depuis 1982, de Leonard Peltier, militant amérindien en taule depuis 1976, ou de Quim Arrufat, membre en exil de la Candidature d'unité populaire, parti indépendantiste catalan d'extrême-gauche, témoignant du racisme institutionnel ancré dans les pays développés. Mais bien entendu, le cas français a été mis en avant, avec notamment le discours d'Amal Bentounsi sur la question des violences policières, ou Rokhaya Diallo sur la question du racisme intra-communautaire par exemple. Tout cela indiquant combien l'uniformisation dans le cadre de l'impérialisme, stade suprême du capitalisme, pour reprendre un ouvrage de Lénine, provoque des problèmes globaux, à travers la question migratoire en provenance d'Afrique ou du Moyen-Orient, effet boomerang de la domination occidentale des structures économiques et sociales de pays non-occidentaux.

À bas le fraternalisme!

La question des alliances avec la gauche a été centrale dans ce Bandung du Nord. Il faut dire que nombre de militants antiracistes gardent des mauvais souvenirs des relations avec la gauche, comme le phagocytage du Parti socialiste sur l'antiracisme avec SOS Racisme par exemple. Et c'est avec ce souvenir-là, plus les critiques faites par Frantz Fanon ou Aimé Césaire sur le fraternalisme de la gauche française, prompte à croire en "la supériorité omnilatérale de l'Occident", à épouser un chauvinisme pour les nuls, que le camp de l'antiracisme politique, décolonial, pose des conditions pour des alliances et que si elles ne sont pas prises en compte, il ne faudra pas s'étonner d'une absence dans la rue ou dans les urnes des non-blancs proches de la gauche. "Que la gauche comprenne que si elle ne met pas au cœur de ses luttes celles contre le capitalisme racial, l'impérialisme, aucun changement n'aura lieu" clame l'historienne Françoise Vergès.

Cela montre quand même que la gauche et l'antiracisme ne sont pas irréconciliables. Néanmoins, les personnalités de gauche feraient bien de se montrer plus à l'écoute et d'être moins condescendantes quand il s'agit d'histoires touchant des minorités, comme au sujet de l'affaire Adama Traoré ou de l'exposition Exhibit B par exemple.

Une internationale décoloniale

La conclusion de ce rendez-vous est un appel à une internationale décoloniale. Celle-ci ferait en sorte de réunir des non-blancs vivant dans les pays du Nord avec ceux des pays du Sud, dans une perspective internationaliste, féministe et anticapitaliste, à l'instar, quelque part, de la démarche de Karl Marx, dont le bicentenaire de sa naissance tombait le 5 mai, en plein Bandung du Nord, et des autres figures du mouvement socialiste du 19e siècle, lors de la fondation de l'Association internationale des travailleurs, dite la 1ère internationale (1864).

On pourrait être tenté de dire que cette internationale décoloniale, appelée des vœux des participants au Bandung du Nord, serait la 5e internationale, ayant une particularité comme l'eurent les quatre précédentes. En effet, le point commun entre ces non-blancs est d'avoir subi une logique d'exploitation, de soumission, de servitude, en conséquence de la domination des blancs selon une pensée de Malcom X, figure du mouvement des Droits civiques aux États-Unis et penseur controversé car vu comme racialiste. Après, s'il faut nuancer, il faut remarquer que le prolétaire blanc reste exploité, comme son camarade non-blanc, mais qu'il est poussé par le bourgeois blanc à voir son camarade en ennemi. De même qu'il y a une bourgeoisie non-blanche qui s'allie avec la bourgeoisie blanche au nom des intérêts de classe. Reste à savoir si cela se fera à l'horizon 2020, date peut-être d'un prochain événement, potentiellement de plus grande ampleur.

En tout cas, nombre de personnes présentes à cet événement ont à l'esprit de préparer un bloc prolétaire global face à un racisme essentiel dans la pérennisation du capitalisme car comme le disait Stockely Carmichael: "Le racisme n'est pas une question d'attitude, c'est une question de pouvoir".

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