À tchao bonsoir, les Guignols de l'info!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Christophe

Photo: Christophe

L'émission satirique de Canal+ va terminer son histoire, au bout de 30 ans de diffusion. Une fin logique depuis que Vincent Bolloré gouverne Canal+, et qui pourrait sonner le chant du cygne pour la chaîne, tant les mauvaises nouvelles s'accumulent.

Nous sommes en 2018 et bientôt, nous ne regarderez plus d'émission satirique, bonsoir! C'est ce qui me vient à l'esprit, en écrivant ce billet sur la fin de l'émission "Les Guignols de l'info" sur Canal+, ce vendredi 1er juin. Je pourrais me permettre d'évoquer mes sketchs préférés des Guignols de l'info, mais l'heure est plus à la tristesse qu'autre chose. Il n'empêche, cette émission satirique diffusée en clair allait fêter ses 30 ans d'existence, détournant ainsi l'actualité à travers PPD, la marionnette de Patrick Poivre d'Arvor, et ses invités, des marionnettes issues de la politique, du sport, de la culture, etc représentant des personnalités françaises ou internationales. Une histoire pleine de polémiques autour de la campagne présidentielle de 1995, où les Guignols de l'info étaient accusés d'avoir influencé le vote pour Jacques Chirac et contre Édouard Balladur par exemple.

La torpille Bolloré

Mais pour que l'émission cesse d'exister, il a fallu qu'une torpille se place au sein de Canal+ pour dépecer Les Guignols de l'info. Cette torpille en question s'appelle Vincent Bolloré. En 2015, le capitaliste, patron de Vivendi, la maison-mère de Canal+, intervient directement sur la gouvernance de la chaîne, poussant à des départs dans la rédaction, de même qu'il menaçait de supprimer Les Guignols de l'info, dont le ton satirique lui déplaisait profondément. Face à la polémique que cette menace a suscité, Bolloré fit machine arrière, mais en profita pour faire virer nombre d'auteurs, surtout les plus anciens, et mettre de nouveaux auteurs qui devront se plier au désir du patron. Le résultat, c'est un ton plus politiquement correct qui est adopté dans l'émission, une aseptisation réalisée par Bolloré qui fait fuir les téléspectateurs, dont moi. Pour preuve, en 2015, l'émission attirait environ 2 millions de curieux. Fin 2017, c'était en-deça de 500.000 téléspectateurs. Bien sûr, la direction de Canal+ invoquera un coût de production trop élevé pour justifier cette suppression de l'émission, mais les fans des Guignols savent bien que c'est l'interventionnisme de Bolloré et l'aseptisation des sketchs, en particulier sur la politique, rendent la chose beaucoup moins drôle.

Fin d'une époque

En réalité, le Canal+ version Bolloré longe vers le crépuscule. La suppression des Guignols de l'info, suivant l'échec de Canal+ en matière de droits télé pour la diffusion du championnat de France de football pour la période 2020-2024, marquent la fin d'une époque où "l'esprit Canal" se montrait conquérant, fier et ouvert d'esprit. Depuis 2015, la brutalité managériale est de rigueur et les abonnés de Canal+ ne s'y trompent pas, fuyant désormais une chaîne aux abois car le nombre d'abonnements diminue à toute vitesse et que les comptes du groupe Canal+ sont depuis 2015 dans le rouge. En clair, ça sent de futures vagues de licenciements et de grèves, comme celle de la chaîne I-télé, du groupe Canal+, en 2016.

Finalement, si Bolloré, dont les ennuis s'accumulent ces derniers temps, demeure encore l'actionnaire majoritaire, la disparition de Canal+ du paysage audiovisuel français ne serait pas une lubie de l'esprit et la tendance à la chute du nombre d'abonnés ne semble pas prête d'être enrayée. Mais c'est quelque part bien mérité envers l'homme d'affaires qui se croit tout permis, comme tout autre capitaliste aliéné qui se croit créateur de richesse. Il faut continuer à l'enfoncer!

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