Difficultés en série dans le monde des médias

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Matt Haughey

Photo: Matt Haughey

L'annonce de la fermeture de la branche française du site BuzzFeed, et tout particulièrement les 14 postes de journalistes actuellement en place, montre une nouvelle fois la fragilité économique de la presse et le risque pour le lectorat de n'avoir que des médias dominants répétant un message politiquement orienté à droite, sous couvert de neutralité, et sans volonté de porter le pluralisme dans le débat démocratique.

Il n'y a pas que dans le ciel que la foudre frappe. C'est également le cas dans le monde des médias, où des fermetures de journaux ont été relevées ces dernières semaines. Dernier exemple en date, le site états-unien BuzzFeed qui annonce la suppression pure et simple de son édition française selon un article publié dans le journal Le Monde, ce jeudi 7 juin (cf lien). Une nouvelle qui a surpris et choqué les journalistes de la rédaction, et tout particulièrement les rédacteurs en chef de la version française du pure player états-unien, exprimant leur incompréhension sur les réseaux sociaux.

Dépendance aux réseaux sociaux

Cette décision de la part de la maison-mère envers la filiale française peut surprendre ceux qui connaissent cette rédaction et lisent les articles produits car BuzzFeed France a réalisé de nombreux articles sur la question du racisme, des discriminations dans la société française, avec une enquête sur le restaurant L'Avenue, dans le 8e arrondissement de Paris, qui refuse de réserver des tables à des non-blancs, et tout particulièrement des arabes, sauf s'ils seraient des stars; sur la question des violences faites aux femmes, avec par exemple une série d'articles sur le journaliste de La Chaîne Parlementaire, Frédéric Haziza, accusé d'agression sexuelle. Sans compter également des articles sur la question des violences policières dans les banlieues, où la question du racisme institutionnel se pose concrètement. Mais selon Le Monde, la direction de BuzzFeed USA justifie cette fermeture en raison des faibles recettes engrangées par BuzzFeed France, liées à un trafic en chute sur les réseaux sociaux, et tout particulièrement sur Facebook. Et comme le réseau social états-unien, fondé et dirigé par Mark Zuckerberg, a revu ses algorithmes suite aux polémiques par rapport au rôle de Facebook dans la diffusion d'informations auprès de ses utilisateurs au moment de l'élection états-unienne de 2016, l'exposition du site est plus faible ces derniers temps.

Tout cela montre combien l'économie de la presse est fragile, notamment pour des médias en ligne, grandement dépendants des réseaux sociaux pour se faire remarquer, attirer des lecteurs, et percevoir d'éventuelles recettes. Sans compter que le modèle de BuzzFeed, comme pour d'autres médias en ligne ou des versions en ligne de journaux papier, reposait sur la publicité, afin de mettre à disposition du lectorat les articles produits sans avoir à s'abonner. Une stratégie économique qui semble montrer ses limites, appelant ainsi à développer d'autres modèles de fonctionnement, de financement d'un journal. Y compris avec de l'abonnement. Le pure player Mediapart, lancé par Edwy Plenel et d'autres journalistes en 2008, affiche une bonne santé en ayant bâti son modèle sur l'abonnement, alors qu'il y a 10 ans, beaucoup considéraient que ce modèle était "mort-né" car l'avenir de la presse serait dans la gratuité de la diffusion de l'information.

Horizon pluraliste bouché?

La fermeture de BuzzFeed France est un nouvel épisode dans la problématique de l'indépendance et du pluralisme des médias en France. Auparavant, les annonces de fermetures des journaux Ebdo et Vraiment ont été de tristes nouvelles. En effet, ces deux journaux se sont lancés en début d'année et à peine après 3 mois d'existence, ils ont dû stopper leur activité, en raison d'un manque de lecteurs pour rentrer dans leur équilibre financier. En outre, des polémiques peuvent jouer négativement sur le journal comme ce fut le cas pour Ebdo, qui avait mené une enquête sur Nicolas Hulot, actuel ministre de la Transition écologique et caution écolo du gouvernement d'Édouard Philippe et du président Emmanuel Macron, et qui s'était fait vivement critiquer par une grande majorité des autres journaux par l'imprécision de l'enquête en question. D'ailleurs, voir des nouveaux venus peut pousser certains titres de presse bien établis à tirer à boulets rouges, comme envers Le Média par exemple, suite à plusieurs départs de membres de la rédaction, fin février-début mars, et notamment celui d'Aude Rossigneux, présentatrice du journal du pure player.

Mais n'est-ce pas non plus le signe que la grande partie de la presse française, possédée par quelques milliardaires, en raison de la capacité d'influence auprès de la classe politique, chercherait à verrouiller le débat démocratique, en faisant du dénigrement envers des médias "alternatifs", "indépendants", qui ne cachent pas une ligne éditoriale très critique? C'est possible. En tout cas, les mass media tiennent, quelque part, à maintenir un état de schizophrénie auprès du lectorat français, qui se montre de plus en plus critique envers le fonctionnement médiatique, mais par méconnaissance de journaux alternatifs, lisent ou regardent encore ce qui est produit par les mass media et par conséquent, ingurgitant le parti pris capitaliste des journalistes, des éditorialistes des mass media, qui se cachent derrière une neutralité, une objectivité de façade.

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