La pensée hétérodoxe a-t-elle droit de cité?

Publié le par JoSeseSeko

La pensée hétérodoxe a-t-elle droit de cité?

Durant l'été, un portrait de l'économiste hétérodoxe Thomas Porcher a suscité des spasmes chez les défenseurs du libéralisme, considérant que donner la parole à un tel personnage est dangereux sur la question économique, quand bien même ces gens-là, qui ont pignon sur rue, défendent une idéologie qui ne cesse de montrer son côté toxique depuis quelques siècles.

La concurrence, oui, mais pas en matière de pensée. C'est comme ça qu'on peut résumer l'attitude d'économistes orthodoxes (libéraux), soutenus par des patrons, des journalistes, à l'égard de leurs confrères hétérodoxes. Ces tenants du mainstream véhiculent une science économique dite "pure", "scientifique" et que les autres seraient de "pseudo-économistes" dont l'approche de pensée, raccordée à des sciences humaines (histoire, sociologie, philosophie, etc.) leur fait horreur. Et si jamais ces hétérodoxes bénéficiaient d'une quelconque attention médiatique, ils montrent très vite les crocs. Thomas Porcher l'a observé à ses dépens. L'économiste hétérodoxe, diplômé d'économie à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et professeur à Paris School of Business, dont le dernier ouvrage Traité d'économie hérétique connaît un franc succès, a eu droit à un portrait vu comme bienveillant dans M, l'extension magazine du journal Le Monde, au début du mois d'août. S'en est suivi une vive polémique sur Twitter, où des journalistes, des économistes et des patrons, balançaient des tweets rageurs envers Porcher, dont la pensée oscille entre le post-keynésianisme et le marxisme, selon certains, à laquelle il faut ajouter une attention pour l'écologie, car l'économiste s'est spécialisé depuis plusieurs années sur la question des matières premières. Mais plusieurs de ces tweets et retweets contiennent des fausses infos (fake news en anglais), notamment au sujet du Venezuela et ces détracteurs, n'ayant aucun recul, se laissent tomber dans le panneau et ont dû rétropédaler un peu, vu leur stupidité affichée au grand jour, sachant que Porcher, utilisateur régulier de ce réseau social, ne s'est pas privé de répliquer (cf lien).

Une expression pluraliste nécessaire

Cette histoire illustre combien les tenants de la concurrence dans l'activité économique ne veulent en aucun cas l'appliquer dans la sphère de la pensée économique, et aspirent à vouloir maintenir leur quasi-monopole au niveau universitaire et médiatique. Ce n'est pas la première fois que je relate ce genre de chose, cher(e)s lecteurs/lectrices de ce blog. Étant donné que j'ai moi-même suivi des études en économie, à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et que je suis diplômé en économie, j'ai pu mesurer combien la pensée libérale et capitaliste, était en abus de position dominante dans les programmes universitaires, que ce soit en licence ou en master, quand bien même j'étais dans une fac où la proportion d'économistes hétérodoxes est non négligeable. Et que des cours où une approche hétérodoxe avait une bonne place étaient la plupart du temps optionnels. Ce qui peut s'expliquer par le fait que le recrutement de professeurs d'économie hétérodoxes (keynésiens, post-keynésiens, régulationnistes, marxistes, écologistes, libéraux issus de l'École autrichienne) est devenu rarissime en ce début de 21e siècle. Puis en-dehors de la sphère académique, la sphère médiatique offre une large tribune à des économistes orthodoxes, dont les positions sont sujettes à être critiquées. Un exemple? Pascal Perri. Cet économiste orthodoxe est présent sur RMC, à travers les émissions Les Grandes Gueules ou Radio Brunet au moins une fois par semaine, quand ça n'est pas quotidien lors des périodes des vacances; présent sur France 5 dans l'émission C dans l'air; et bientôt sur LCI, de manière quasi quotidienne. Sans compter des interviews dans la presse écrite et/ou en ligne.

Donc, la présence de Porcher dans des médias comme Arte, des interviews dans La Tribune, l'Humanité, le Bondy Blog, Le Monde, etc. donnent l'illustration de la nécessité d'une expression pluraliste sur la question économique. Et la présence du collectif les Économistes atterrés, dont Porcher en est membre, est salutaire pour avoir une autre grille de lecture des faits économiques et sociaux, afin que les citoyens puissent penser à d'autres choix que ceux édictés en permanence par les penseurs orthodoxes, qui se veulent modernes alors que leur pensée date du 18e siècle, relayés par des mass media sans scrupule et volontiers paresseux, illustrant le fait que la pensée dominante tient à sa survie, vu que la crise financière de 2008-2009, qui fêtera donc bientôt ses 10 ans, à la mi-septembre, a ébranlé les croyances de ces économistes libéraux jurant que le marché arriverait à s'auto-réguler et que l'État devrait être (de nouveau) au service du capital, de la classe bourgeoise, à travers des politiques de l'offre.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article