Quand la démission de Nicolas Hulot illustre l'oxymore "capitalisme vert"

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr

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L'annonce quelque peu surprise mais pourtant logique de la démission de Nicolas Hulot au ministère de la Transition écologique et solidaire prouve combien le désormais ancien ministre s'est fourvoyé dans une impasse intellectuelle, servant de caution à un pouvoir anti-écolo largement manifeste, qui le marquera au fer rouge. L'occasion aussi de montrer combien le capitalisme est incompatible avec l'écologie, avec encore un été record en matière de chaleur, de sécheresse, de fonte des glaces.

"Je ne veux plus me mentir". Par ces mots, Nicolas Hulot introduit le fait du jour qu'est l'annonce de sa démission du gouvernement d'Édouard Philippe, ce mardi 28 août, durant l'interview qu'il a accordée à la chaine de radio France inter (cf lien). Visiblement et vocalement ému, le désormais ex-ministre de la Transition écologique et solidaire estime ne plus être à la hauteur des enjeux écologiques énormes, considérant qu'il s'agit d'une faute collective, dans laquelle il s'inclut dedans. Néanmoins, il témoigne encore son "admiration" pour le président Emmanuel Macron et pour le Premier ministre Édouard Philippe, même s'il avoue au micro de France inter que personne n'était au courant de sa décision. Par conséquent, tout le monde découvrait en même temps cette nouvelle.

Multiples couleuvres avalées

Cette décision, prise en pleine rentrée gouvernementale, est un coup dur pour le pouvoir exécutif, qui avait fait de Hulot sa caution écologique crédible, tant l'ex-animateur télé, fondateur de la Fondation pour la nature et l'homme, auparavant appelée Fondation Nicolas Hulot, avait fait de l'écologie son cheval de bataille, sillonnant le monde pour alerter les possédants des dangers du réchauffement climatique, précédant en cela le pape François et son encyclique de 2015 Laudato Si', ce Rerum Novarum du 21e siècle. Et surtout une prise de guerre envers le mouvement écologiste tant Hulot avait jusqu'en 2017 refusé d'entrer dans un gouvernement, en dépit des relations qu'il pouvait avoir avec les présidents Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, et que sa tentative ratée d'être candidat pour Europe écologie-les Verts pour l'élection présidentielle de 2012 l'avait un temps dégoûté de la politique.

Mais en même temps, pour reprendre une formule présidentielle, cette démission était pour le moins prévisible, en raison des multiples couleuvres avalées par Hulot. D'abord, le nucléaire. Hulot se montrait critique sur la dépendance française à l'égard de cette énergie, s'opposant au projet d'enfouissement de déchets radioactifs à Bure, dans la Meuse. Mais une fois ministre, il n'était pas en mesure de remettre en cause ce projet. Ensuite, Notre-Dame-des-Landes. Hulot, avant d'être ministre, ne cachait pas son opposition à ce projet d'aéroport et une fois ministre, il s'est tu sur le sujet, assistant impuissant à la répression menée par les gendarmes, en dépit de l'abandon du projet, début 2018. On continue avec le glyphosate. Ce pesticide, utilisé dans l'agriculture, est de plus en plus critiqué en raison de ses effets cancérogènes, d'après des études de l'Organisation mondiale de la santé. Hulot dut se résoudre à accepter un report de l'interdiction du glyphosate en France, vu que l'Assemblée nationale, dominée par la République en marche, a refusé des amendements appelant à l'interdiction du glyphosate à l'horizon 2021. Enfin, selon certains journaux, la question de la chasse aurait joué dans cette démission, vu que le lobby des chasseurs aurait davantage l'attention du président que le ministre. Ce dernier point reste, quelque part, un peu marginal, vu ce qui est évoqué plus haut. Bref, Hulot illustre cette maxime de l'ancien ministre Jean-Pierre Chevènement: "Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne".

Illusion du capitalisme vert

Dans son interview sur France inter, Hulot met en cause le libéralisme économique, qu'il accuse de causer des "désordres" dans la relation entre l'espèce humaine et la nature. Dans le fond, il reprend des critiques formées non seulement par l'écologie politique, mais aussi par les écosocialistes. Ces derniers, défenseurs du concept d'écosocialisme, théorisé notamment par André Gorz dans les années 1970 et basé sur des éléments de la pensée de Karl Marx, mettent en avant l'incompatibilité du capitalisme, qu'il soit libéral ou étatique, avec le respect de la nature, de l'environnement, et que la recherche de croissance, même une croissance dite "verte", avec une production énergétique qui serait faite par des énergies renouvelables, est une illusion car le capitalisme est par essence énergivore, poussant à un réchauffement de l'atmosphère terrestre et augmentant les probabilités de catastrophes naturelles sur l'ensemble de la planète. Il n'y a qu'à se souvenir de l'ouragan Irma, en septembre 2017, de sa violence et des dégâts qu'il a causés sur son passage, notamment à Saint-Martin et Saint-Barthélémy, pour s'en rendre compte.

Or, dans la pensée économique dominante, mais aussi dans la majorité des courants hétérodoxes, pourtant diabolisés, dénigrés par les chiens de garde de l'orthodoxie économique, la croissance est sacralisée. Et cette sacralisation est pour le moins source d'aliénation. De manière pratique, cette aliénation s'illustre à travers le consumérisme que nous alimentons - je m'y inclus également, cher(e)s lecteurs/lectrices - quotidiennement. Et les tenants de la décroissance, plus ou moins en phase avec les écosocialistes, estiment que les citoyens doivent mener une politique d'austérité "choisie" par rapport à cet angle de la consommation, car dans le cas contraire, des problématiques telles l'obsolescence programmée seraient amplifiées, tout comme le gaspillage des matières premières, et tout particulièrement les ressources minières.

Quand à l'avenir de Hulot, c'est à lui de voir, mais en s'étant fourvoyé dans une impasse qu'est le pouvoir défenseur du capitalisme, il sera marqué au fer rouge comme collaborateur d'un pouvoir anti-écolo.

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