La conscription comme symbole d'égalité pour une patrie en danger

Publié le par JoSeseSeko

Photo: capture d'écran

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Dans l'optique de la défense de la République, le Directoire fit adopter la loi Jourdan-Delbrel, instaurant la conscription pour l'armée de terre, visant les hommes célibataires de 20 à 25 ans, dans un contexte où la France révolutionnaire sut vaincre la Première coalition fomentée contre elle, mais ayant encore un ennemi à battre, l'Angleterre, en passe de générer une nouvelle coalition contre la République.

Ces dernières années, il est régulièrement question de chercher à mettre en place un "service national universel" dans le débat politique français, afin de combler le manque de cohésion au sein de la République française dû à la suppression du service militaire par le président Jacques Chirac en 1996, pour avoir une armée de métier. Les nostalgiques du service militaire estiment que pour cette raison, les jeunes seraient de plus en plus défiants envers la République, ce qu'un rapport parlementaire rendu en février sur la question du service national universel nuance profondément (cf lien n°1).

Le citoyen-soldat

Dans ce rapport, il est fait mention de la première loi relative à l'appel obligatoire sous les drapeaux de la République qu'est la loi de conscription, dite loi Jourdan-Delbrel, du nom des deux députés néo-jacobins qui en prirent l'initiative, adoptée le 5 septembre 1798 (19 Fructidor an VI). Si le nom de Pierre Delbrel n'eût guère d'importance dans l'histoire, celui de Jean-Baptiste Jourdan était bien plus célèbre. En effet, ce dernier était un général renommé par ses multiples victoires du temps de la Convention, et tout particulièrement celle de Fleurus (26 juin 1794, 8 Messidor an II), éliminant tout risque d'invasion de la France par l'actuelle Belgique et ouvrant la perspective d'annexion de la Belgique, voire l'attaque des Provinces-Unies, alors membres de la coalition européenne contre la France révolutionnaire.

En tout cas, le premier article de la loi de la conscription donne le la: "Tout français est soldat et se doit à la défense de la patrie". Ce qui renvoie au mythe du citoyen-soldat, comme il était opérant dans la Grèce antique. Ensuite, la loi précise les limites d'âge de la conscription, obligatoire pour des hommes de 20 à 25 ans, répartis en cinq classes d'âge. Si la loi affiche une ambition égalitaire, avec notamment une proscription du remplacement militaire (article 19). Ce qui signifie qu'un fils de bourgeois ou de noble devait faire sa période de conscrit, ne pouvant pas payer un fils d'ouvrier ou de paysan pour faire son service à sa place. Néanmoins, il reste des exceptions car certains Français de 20 à 25 ans pouvaient en être exemptés s'ils étaient déjà dans l'armée, s'ils étaient mariés avant le 23 nivôse an VI (12 janvier 1798), s'ils seraient devenus veufs ou auraient divorcé et qu'ils auraient des enfants ou encore s'ils étaient au service de la marine (article 16). Puis il reste la question des postes d'officiers, encore profondément inégalitaire, que la loi ne pût pas tellement rectifier (cf liens n°2, n°3).

L'Armée de terre avant tout

Cette loi servait en premier lieu à renforcer des effectifs considérablement réduits puisque l'armée comptait moins de 400.000 hommes en 1797, contre 700.000 en 1794, au moment où la coalition exerçait une forte pression sur la République, l'obligeant à opérer à des levées en masse et sources de rébellion comme la Vendée par exemple. Ensuite, cette loi permettait au Directoire de se préparer à une nouvelle coalition européenne car en dépit de la victoire sur plusieurs pays coalisés à partir de 1794 jusqu'en 1797, avec le traité de Campo-Formio actant les victoires de Napoléon Bonaparte en Italie, il demeurait quand même un pays encore en guerre contre la France révolutionnaire, i.e l'Angleterre. Or, cette dernière est avant tout une puissance maritime et la France privilégié constamment l'armée de terre par rapport à la marine.

D'ailleurs, la loi de conscription ne fit pas mention de service militaire au sein de la marine, alors que cette dernière, même du temps de la monarchie, avait un grave manque d'effectifs par rapport à la Royal navy, avec 50.000 marins tout le long du 18e siècle (contre plus de 100.000 marins chez Albion), et que la population française était pourtant 5 fois plus nombreuse que celle vivant outre-Manche, au moment de la Révolution. En outre, cette loi fut votée un mois après le désastre naval d'Aboukir (1er août 1798, 14 Thermidor an VI), où la flotte de la Méditerranée fut réduite à presque néant par la flotte anglaise, isolant l'expédition d'Égypte de Bonaparte de la France, ne pouvant pas espérer recevoir des renforts. Or, cette défaite illustre les manquements humains, matériels et financiers de la marine républicaine et que les rédacteurs de la loi de conscription auraient pu tenter de répartir les conscrits entre l'armée de terre et la marine et non pas exclusivement tourner ces citoyens en combattants exclusifs pour l'armée de terre.

Mais avec des si, l'histoire aurait été refaite depuis longtemps...

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