Le changement climatique est-il limitable?

Publié le par JoSeseSeko

Photo; Twitter

Photo; Twitter

La question climatique n'est pas totalement écartée par les économistes et le prix de la Banque de Suède en sciences économiques pour les états-uniens William Nordhaus et Paul Romer semblent le témoigner, même s'ils suivent toujours une perspective de croissance et un modèle capitaliste (néolibéral) qui se montre en fait incompatible avec le respect de la nature, qui le fait savoir.

Le hasard fait bien les choses, quelque part. Ce lundi 8 octobre, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, plus connu sous son acronyme GIEC, a rendu un rapport sur les conséquences d'une augmentation de la température du globe de 1,5°C et plus par rapport au début de l'ère industrielle (19e siècle), en tirant la sonnette d'alarme sur la trajectoire actuelle du réchauffement climatique, qui ferait que l'objectif de limiter le réchauffement à 1,5°C d'ici la fin du 21e siècle, convenu lors de l'accord de Paris sur le climat en 2015, serait dépassé d'ici 2050, et que les conséquences seront multiples: intensification des vagues de chaleur, elle-mêmes plus chaudes de 3°C; risque de pluies torrentielles accru dans des hautes latitudes de l'hémisphère Nord (Europe, Amérique du Nord); habitat naturel réduit pour 4% des vertébrés, 6% des insectes, 8% des plantes; baisse de rendement des cultures céréalières en Afrique subsaharienne, Amérique latine, Asie du Sud-Est; perte de 70 à 90% des récifs coralliens; etc. Et donc, ce même 8 octobre, le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel, abusivement appelé "prix Nobel d'économie", a été attribué aux économistes états-uniens William Nordhaus et Paul Romer en raison de leur travaux sur le climat et les moyens pour mener une politique de croissance soutenable en phase avec le développement durable (cf lien). Ces deux économistes succèdent à leur compatriote Richard Taler, récompensé sur ses travaux sur la rationalité limitée.

Obsession de la croissance

Ces deux économistes, et notamment Romer, sont des tenants d'une ligne qui estime que la croissance peut être bel et bien soutenable, et quelque part, que le capitalisme peut avoir un côté "vert". Le nom de Romer ne m'est pas inconnu car durant mes études en économie, nos profs nous ont enseigné, mes camarades et moi, à avoir des cours sur la croissance et les différents modèles théoriques, dont celui de la croissance endogène. Késaco? La théorie de la croissance endogène stipule que plusieurs facteurs (rendements d'échelle, innovation, capital humain, intervention de l'État) influent directement sur la croissance. Romer, plus d'autres économistes tenants de cette théorie (Robert Lucas, Robert Barro), insiste sur l'innovation car il en fait un rôle central sur la croissance, il la lie aux décisions des agents économiques, suivant une logique microéconomique, nuançant ainsi le modèle de croissance de l'économiste Robert Solow, considéré comme un modèle de croissance exogène, c'est-à-dire avec des facteurs explicatifs qui ne seraient directement liés aux structures économiques.

Cette logique se retrouve donc sur la question du climat dans la mesure où l'innovation est clé pour permettre une croissance soutenable et respectueuse de l'environnement et que les politiques publiques, soucieuses d'agir sur le long terme, suivent ce genre de recommandation de la part d'économistes. Néanmoins, ces économistes lauréats suivent une logique considérée en fait comme néolibérale, donc en défense du capitalisme. Or, depuis que le capitalisme est devenu le mode de production économique dominant dans le monde, la terre n'a cessé de se réchauffer - excepté des baisses très petites dans le temps en période de "crise" -. Ce qui doit nous faire penser que derrière l'idée de faire du développement durable, c'est surtout une obsession de la croissance qui prédomine. Et ce d'autant plus que la pensée économique mainstream a un raisonnement individualiste, considérant que les individus et leur comportement rationnel permettent de bonnes politiques économiques. Un raisonnement que les économistes hétérodoxes critiquent en mettant en avant un raisonnement en classes sociales, en groupes, en collectifs pouvant afficher un certain antagonisme; puis en ajoutant les apports d'autres sciences telles l'histoire, la sociologie, la philosophie, etc. Mais d'une part cette pensée hétérodoxe est peu entendue car dépecée au sein de l'enseignement supérieur, puis une grande partie des courants hétérodoxes (keynésiens, post-keynésiens, marxistes, etc.) recommandent également des politiques de croissance, prouvant combien cette dernière est sacralisée.

De quoi indiquer que la lutte intellectuelle de la pensée décroissante est semée d'embûches dans sa critique radicale du capitalisme et de la croissance, mais des événements comme la démission de Nicolas Hulot du gouvernement en août dernier montrent combien le "capitalisme vert" est un oxymore, dont l'un de ses ciments est la poursuite de la consommation de masse, poussant les esprits à mener du consumérisme et en écho, les firmes à pousser des politiques productivistes acharnées. Or, la nature peut donner des retours de bâton terribles et l'exemple de l'ouragan Irma dans les Caraïbes en septembre 2017 doit faire figure de rappel dans nos têtes.

En tout cas, tant que la croissance reste au centre des préoccupations politiques et économiques, la limitation du réchauffement de la planète devient un vœu pieux.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article