Une cohabitation pour Trump

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Capture d'écran

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Les élections de mi-mandat permettent au Parti démocrate de devenir majoritaire à la chambre des Représentants pour la première depuis 2008. Un revers sérieux pour Donald Trump et le Parti républicain, qui gardent tout de même la majorité au Sénat. De quoi compliquer la vie du locataire de la Maison-Blanche, même s'il veut se voiler la face.

Les élections de mi-mandat, renouvelant la chambre des Représentants, un tiers du Sénat, plus des élections locales (gouverneurs d'États fédérés, etc.), étaient fort attendues aux États-Unis et ailleurs et elles sonnent comme un revers pour Donald Trump. L'actuel locataire de la Maison-Blanche voit la chambre des Représentants - chambre basse du Congrès états-unien -, alors dominée par le Parti républicain, basculer vers le Parti démocrate de manière significative, vu que les Démocrates gagnent près de 30 sièges, s'assurant d'au moins 220 sièges sur 435, aux détriments des Républicains, qui comptaient 241 députés à l'issue des élections de 2016. Une défaite réelle pour Trump, d'autant plus grinçante que la conjoncture économique lui semble favorable, avec un taux de chômage de 3,7% en octobre 2018. Néanmoins, Trump, se cachant derrière le maintien de la majorité républicaine au Sénat - chambre haute du Congrès - et préférant le déni face à la réalité, fait dans le triomphalisme, comme en attestent quelques tweets après publication des résultats.

Une nouvelle vague

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il s'agit d'une nouvelle vague entrant au Congrès. Pour preuve, plus d'une centaine d'élus du Congrès - chambre des Représentants + Sénat - sont des femmes. Une nouvelle fort bienvenue un an après le déclenchement de l'affaire Weinstein, du nom du producteur Harvey Weinstein, accusé d'agressions sexuelles, de harcèlement sexuel sur plusieurs actrices, comédiennes - états-uniennes ou étrangères -, puis face à un Trump dont les propos sexistes sont fort connus depuis la campagne présidentielle de 2016. Hormis le fait que grand nombre d'entre elles sont élues sous l'étiquette du Parti démocrate, elles démontrent toute la diversité des États-Unis, au niveau de la classe sociale, du genre, ou de la couleur de peau. Avec pour exemples Rashida Tlaib et Ilham Omar, premières états-uniennes de confession musulmane élues députées; Sharice Davis et Debra Haaland, premières amérindiennes élues au Congrès, ou encore, et non des moindres, Alexandria Ocasio-Cortez, 29 ans, plus jeune élue - hommes et femmes confondues - de toute l'histoire parlementaire des États-Unis.

Ne m'en voulez pas si je vais insister sur Ocasio-Cortez, mais son élection en tant que députée est un symbole très fort à plus d'un titre. D'une famille originaire de Porto Rico, née dans le quartier du Bronx à New-York, au départ tournée vers l’ingénierie et les sciences, elle s'est orientée vers l'économie et les relations internationales, sortant brillamment diplômée de l'université de Boston, mais se retrouvant serveuse après le décès de son père pour aider à subvenir aux besoins de sa mère. Et à la surprise générale, y compris la sienne, elle gagne la primaire démocrate face à un ténor du parti, Joseph Crowley, député depuis 20 ans, avant de devenir désormais députée (cf lien n°1). Je dis que c'est un symbole car elle fit campagne en se déclarant socialiste et en voulant s'inscrire dans la continuité de la primaire démocrate de Bernie Sanders en 2016. D'ailleurs, elle est militante au sein des Socialistes démocrates d'Amérique, une organisation qui revendique l'héritage du Parti socialiste d'Amérique, portant l'idée du socialisme. Or, se dire socialiste aux États-Unis est extraordinaire tant il est dénigré par les mass media et la majorité de la classe politique, agitant volontiers la "peur rouge" (red scare en anglais), comme du temps où l'URSS existait (cf lien n°2). Mais depuis la crise financière de 2008, l'émergence de mouvements comme Occupy Wall Street ou justement la campagne de Sanders en 2016, les idées socialistes se répandent, tout particulièrement auprès de la jeunesse états-unienne.

Sans compter le racisme institutionnel omniprésent outre-Atlantique, à travers les violences policières envers les afro-descendant(e)s, les latinos, les expropriations des terres des amérindien(ne)s pour construire des oléoducs ou des gazoducs, ainsi que les violences faites aux femmes, dont l'affaire Weinstein en est un exemple. Ce qui fait que ces oppressions (classe sociale, genre, race), qui s'inscrivent dans le cadre du capitalisme - financier, industriel ou étatique -, méritent de s'articuler car il est courant que des personnes soient à la fois prolétaires, femmes et non-blanches, subissant les conséquences négatives de ces rapports sociaux. Et la logique de l'intersectionnalité vise à articuler les luttes contre ces oppressions, ce que des féministes comme Kimberley Crenshaw défendent depuis quelques décennies déjà dans le pays de l'oncle Sam et qui inspirent certaines personnes en France, où le retard est grand sur ce sujet, à cause des Tartuffes du racisme made in France qui, sous couvert de l'universalisme - en travestissant la laïcité du reste -, fait dans le particularisme bourgeois, déroulant en vérité le tapis rouge(-brun) au nationalisme qui se veut défenseur du monde judéo-chrétien face au "grand remplacement" mené par l'islam.

Les bonnes nouvelles sont rares, de nos jours. Cueillons-les quand l'occasion se présente. Carpe diem!

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