Les mesures annoncées par Macron à destination des gilets jaunes? "De la poudre de perlimpinpin"!

Publié le par JoSeseSeko

photo: JoSeseSeko

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Dans son allocution télévisuelle, le président Macron évoque une augmentation de 100 euros du Smic, des heures supplémentaires défiscalisées et désocialisées, une suppression de la hausse de la CSG à un certain niveau de revenu, ou encore pas de retour en arrière sur l'ISF. Une réponse tardive et qui ne semble pas tellement convaincre.

"Il ne faut jamais prendre les gens pour des cons, mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont". Cette phrase du sketch "Les publicitaires", du groupe comique Les Inconnus, peut servir de morale au sujet de l'allocution du président Emmanuel Macron, ce lundi 10 décembre. Soit 48h après un quatrième round avec le mouvement des gilets jaunes, où la répression policière est encore montée d'un cran par rapport à la manif précédente et aux interpellations menées contre des lycéens ces derniers jours (cf vidéo). Macron était attendu au tournant, fournissant une liste de mesures au cours d'une allocution de 13 minutes: augmentation du Smic de 100 euros/mois en 2019, annulation de la hausse de la Contribution sociale généralisée (CSG) pour des personnes ayant un revenu inférieur à 2.000 euros/mois, prime de fin d'année pour les salariés si les employeurs "le peuvent", défiscalisation et désocialisation des heures supplémentaires en 2019 (cf lien). Des mesures qui se veulent être une réponse de court-terme à la colère des gilets jaunes, profitant au passage pour condamner les violences commises par les casseurs. Pas du côté des forces de l'ordre (social), bien entendu.

Enfumage

Vu comme ça, ce serait un signe de compréhension de la part du président et un nouveau recul opéré en faveur du pouvoir d'achat des prolétaires et des classes moyennes, après l'annulation de la hausse de la taxation sur les carburants la semaine dernière. Mais à y regarder de plus près et à l'écouter attentivement, ça sent l'enfumage de la part du pouvoir exécutif, profondément discrédité ces dernières semaines. Pourquoi enfumage? La hausse du Smic se veut sans "coût pour les employeurs", sachant que cette hausse se base sur celle de la prime d'activité, déjà prévue pour 30 euros en 2019. Donc, révision à la baisse des cotisations sociales - qu'on arrête de dire "charges sociales", comme la pensée bourgeoise véhicule pour aliéner les esprits! -; ce qui signifie à terme une réduction des retraites car les cotisations sociales des actifs servent - entre autres - à verser des pensions de retraites via la Sécurité sociale. Même logique avec les heures supplémentaires désocialisées. En effet, à partir de 2019, selon Macron, des exonérations de cotisations sociales se feront sur les heures supplémentaires, au nom du pouvoir d'achat des travailleurs. Une logique court-termiste en fait, doublée d'une logique libérale qu'avait menée Nicolas Sarkozy de 2007 à 2012, le "travailler plus pour gagner plus". Une escroquerie intellectuelle car l'évolution du capitalisme depuis plus de deux siècles a conduit à une forte réduction du temps de travail, sans freiner le développement économique des pays riches et que le temps de travail socialement nécessaire s'est également réduit, avec les évolutions technologiques, qu'en réalité, augmenter le temps de travail sert à enrichir... le capital. Enfin, des travailleurs français affichent un volume horaire plus élevé que leurs homologues d'Allemagne, du Royaume-Uni ou des États-Unis et pourtant, ces pays affichent un taux de chômage plus faible que dans l'Hexagone. Signe que la durée de travail n'a pas (forcément) de lien avec la lutte contre le chômage.

Par ailleurs, Macron a clairement annoncé qu'il ne compte pas "revenir en arrière" sur la suppression de l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) parce que ça ferait fuir les riches, les empêchait d'investir. Or, si des fuites fiscales se produisaient, elles restaient constamment inférieures à ce que rapportait l'ISF auprès du fisc. Croyant en la pseudo-théorie du ruissellement, stipulant que les bourgeois investiraient dans l'économie réelle et que les prolétaires y percevraient au bout de la chaîne de production, Macron mène une politique de classe, avec tout le mépris qui va avec, illustrant le concept de "cens caché", cher au politologue Daniel Gaxie.

Trop tard?

Néanmoins, une question se pose: est-ce que ces annonces de la part de Macron arrivent à temps? Tout porte à penser qu'elles se font trop tard. Si on écoute des réactions de gilets jaunes dans les mass media, il est notable de remarquer que ces gilets jaunes interrogés estiment que cette réponse de l'hôte de l'Élysée est insuffisante. Pourquoi? Car plusieurs revendications économiques, sociales et politiques, se sont accumulées au fil des semaines. D'ailleurs, l'annonce de la suppression de la hausse des taxes sur les carburants n'a pas empêché une nouvelle journée de manifestation nationale samedi 8 décembre, alors que cette question fut le point de départ du mouvement des gilets jaunes. Ce qui peut laisser entendre que si le pouvoir exécutif avait développé ces mesures dès le 18 ou le 19 novembre, il aurait eu de grandes chances d'étouffer dans l'œuf le mouvement des gilets jaunes. Maintenant, certains gilets jaunes, usant de la métaphore, considèrent que c'est "de la poudre de perlimpinpin" - en retour de boomerang d'une formule de Macron lors du débat de l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle -, ne se contentent plus "des miettes de pain" et veulent "le pain, voire la boulangerie". Après, par opportunisme peut-être, certains membres de l'opposition appellent à manifester le 15 décembre prochain, mais les gilets jaunes n'ont pas besoin de ce genre de communication politique, surtout qu'ils affichent une grande méfiance à l'égard des partis politiques.

Reste à savoir si cette manif aura bien lieu, et dans ce cas, comment la répression compte se faire.

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