Une police française dangereuse pour la France

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Capture d'écran

Photo: Capture d'écran

La diffusion d'une vidéo montrant 151 lycéens agenouillés par des policiers casqués et armés de matraques, jeudi 6 décembre, à Mantes-la-Jolie, illustre la puissance dont jouissent les forces de l'ordre social.

La répression policière est tous azimuts en ce moment. Dernièrement, c'est contre la jeunesse, car lycéens et étudiants se joignent aux gilets jaunes, avec leurs problématiques, en particulier Parcoursup, le système d'orientation dans l'enseignement supérieur qui est loin d'être efficace. Et les interpellations pleuvent. Notamment une d'entre elles, à Mantes-la-Jolie (Yvelines), où 151 élèves du lycée Saint-Exupéry ont été interpellés par la police et cette interpellation a été filmée par un policier, commentant en plus cette arrestation massive par la phrase suivante: "Voilà une classe qui se tient sage". C'est juste flippant!

Impunité policière?

Vu ces images, on jurerait que c'est au Venezuela, en Russie ou d'autres pays dont les mass media ont pour habitude de dénigrer quand la répression y est menée. Mais non, c'est bien notre "douce France" qui perd volontiers de sa douceur quand sa police-milice entre en action. Cette interpellation massive s'inscrit dans le cadre de la répression contre les gilets jaunes, avec en dernier exemple la journée de manifestation du 1er décembre à Paris, où plusieurs dizaines de gilets jaunes ont été blessés et plus de 400 personnes interpellées; ou encore à Marseille, où une dame de 80 ans a été mortellement blessée, après qu'un éclat de grenade lacrymogène ait éclaté sur son appartement; cependant, la première version de l'autopsie conclut à un "choc opératoire" comme cause du trépas, en raison d'un "arrêt cardiaque en table d'opération" (cf lien n°1). Ce genre de conclusion n'est pas sans rappeler l'affaire Adama Traoré, mort le 19 juillet 2016, jour de son 24e anniversaire, suite à une interpellation des gendarmes à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise), et dont les multiples expertises se contredisent sur la cause de la mort d'Adama, la dernière d'entre elles parlant d'une "sarcoïdose de stade 2" et d'un "trait drépanocytaire", dont les effets avec la chaleur auraient été fatals au jeune homme, voulant ainsi dédouaner toute responsabilité aux gendarmes.

En conséquence, on peut légitimement se poser la question de l'impunité policière. La vidéo de Mantes-la-Jolie choque profondément, y compris le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer (cf lien n°2), qui renforce pourtant depuis son arrivée au ministère les pouvoirs des forces de l'ordre social, avec pour exemples l'autorisation "dans certains cas" de policiers et gendarmes à entrer dans des établissements scolaires (cf liens n°3, n°4), ou encore la nomination d'un ancien gendarme au poste de proviseur adjoint au lycée Maurice Utrillo de Stains (Seine-Saint-Denis) (cf lien n°5). Sans compter la question du racisme institutionnel car, d'une part, les lycéens interpellés à Mantes-la-Jolie sont majoritairement des jeunes garçons, davantage non-blanc(he)s, ayant donc des origines extra-européennes, issues de l'immigration néocoloniale; et d'autre part, des enquêtes d'instituts soulignent un vote des flics et militaires devenu majoritaire pour le Rassemblement national - nouveau nom du Front national -.

Sur les nerfs

Il y a de quoi être inquiet pour l'avenir. Cela étant, les forces de l'ordre social sont sur les nerfs actuellement. Ce qui implique des réactions diamétralement opposées en leur sein. D'un côté, des syndicats de flics appellent à ce que l'armée soit à leurs côtés pour surveiller et réprimer la manifestation du 8 décembre, et tout particulièrement à Paris. De l'autre, des flics déclarent leur lassitude, posent de plus en plus des arrêts maladie pour éviter de retourner faire face à la barricade (cf lien n°6), voire même qu'un syndicat de policiers dépose un préavis de grève illimitée à partir du 8 décembre, date de la prochaine grande journée de manifestation des gilets jaunes (cf lien n°7).

Signe que ce mouvement hétéroclite ébranle les institutions de la Ve République, qui peuvent encore compter sur des médias audiovisuels pour que leur vision des choses soit la seule exposée publiquement, comme par exemple l'émission "C à vous" sur France 5, lundi 4 décembre, où un policier membre du Syndicat des commissaires de la police nationale fut invité, et diffusait des images des violences contre des CRS sur la place de l'Étoile, permettant à ce policier de s'indigner face à la "lâcheté" des manifestants, sans montrer les images de violences policières comme celles de CRS tabassant un jeune homme sur Paris, le 1er décembre au soir ou d'autres CRS se défoulant sur des gilets jaunes dans un Burger King, le même jour, par exemple.

En tout cas, il ne faut rien laisser passer. Sinon, c'est alimenter une dérive fascisante de plus en plus visible.

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