Macron et ses sbires en marche arrière!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Patrick Batard

Photo: Flickr/Patrick Batard

L'annonce de l'annulation de la hausse de la taxation sur les carburants, dans la soirée du 5 décembre, marque un recul sérieux du pouvoir face aux gilets jaunes, qui ne vont pas s'en contenter, s'ils ont de l'appétit ou s'ils veulent accélérer la marche arrière des gouvernants.

Le premier échec du quinquennat d'Emmanuel Macron est bien là. C'est celui sur la taxation des carburants. Depuis le 17 novembre, la mobilisation des gilets jaunes reste influente, et la journée de manifestation du 1er décembre, avec les images de voitures brûlées et de répression policière ont poussé le Premier ministre Édouard Philippe à proposer un moratoire de six mois sur ce sujet, mardi 4 décembre. Mais le président Emmanuel Macron, au lendemain de cette première annonce qui voulait désamorcer la bombe sociale que représente les gilets jaunes, est allé plus loin en décidant, purement et simplement, la suppression de la hausse de la taxe. Histoire d'éviter une nouvelle manifestation importante, samedi 8 décembre, notamment sur les Champs-Élysées, à Paris, tant les images du 1er décembre semblent traumatiser le pouvoir (cf liens n°1 et n°2).

Un pouvoir faible

Ce recul sérieux de la part de Macron est signe d'un certain amateurisme au sein du pouvoir exécutif. En effet, le président comptait pouvoir envoyer au feu son Premier ministre sans trop se sentir exposé. Problème, c'est que les gilets jaunes l'ont dans le collimateur, que Philippe, en jouant sur l'angle de la répression policière, s'est grillé très rapidement et vit ce que son mentor, Alain Juppé, avait connu lors des grèves des cheminots en novembre-décembre 1995. En outre, ces gilets jaunes, issus en grande majorité du prolétariat (ouvriers+employés), vivant surtout dans l'espace périurbain, voire rural, ont gardé en mémoire le mépris de classe de Macron, exprimé à plusieurs reprises, que ce soit pour les ouvrières bretonnes "illettrées" de l'abattoir Gad, les "gens qui ne sont rien" dans des gares, les personnes vivant des aides sociales coûtant "un pognon de dingue", etc.

Mais non seulement ce pouvoir montre un côté amateur, mais il est faible par son nombre. Ce qui a fait que Macron est au pouvoir, c'est que la classe bourgeoise a parié sur lui pour qu'il mène une politique de classe et reconfigure l'État comme un agent au service de la classe dominante. La suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) est le parfait exemple de gouvernants qui écoutent ceux qui les ont porté au pouvoir, à savoir la bourgeoisie, illustrant ce que le politologue Daniel Gaxie appelle le "cens caché". D'autant plus que le second tour de l'élection présidentielle a vu une abstention croissante, et que ce sont les banlieues et une bonne partie des espaces périurbains qui se sont abstenus. Observation aggravée lors des élections législatives, avec une abstention record et par contraste, une Chambre introuvable du Capital.

À l'abordage

Cette annonce, qui se veut pour objectif de calmer les esprits, n'aura pas d'effet car elle arrive trop tard. Or, si les gilets jaunes, avant le 17 novembre, se concentraient quasi-exclusivement sur la question de la taxe sur les carburants, ceci est devenu un sujet parmi d'autres depuis. Le mouvement a de l'appétit et vu ce recul du pouvoir exécutif, il compte bien en profiter pour avancer d'autres revendications telles le SMIC à 1.300 euros net, une indexation des salaires sur l'inflation, une remise en place de l'ISF, la substitution du Sénat par une "Assemblée citoyenne", la démission de Macron, la dissolution de l'Assemblée nationale, etc. Si les gilets jaunes sont logiques avec leur évolution, ils ne peuvent pas se contenter de l'entrée et doivent aller à l'abordage pour prendre le plat et le dessert.

Une occasion pour les syndicats de venir prêter main-forte aux gilets jaunes. Dans un débat organisé par la revue Ballast, mercredi 5 décembre, sur ce que peut encore faire le syndicalisme, notamment par rapport aux gilets jaunes, Anasse Kazib, syndiqué SUD-rail et Marie-Hélène Bourlard, syndiquée à la CGT-retraités et ancienne ouvrière du textile, en appellent à ce que la base militante se remue et fasse jonction avec les gilets jaunes, vu l'évolution du mouvement, à leurs yeux. Et ce, après avoir eu des réticences avant le 17 novembre, puis même s'ils comprennent le fait que les gilets se méfient de la récupération syndicale, tant la bureaucratisation des directions confédérales les pousse à se montrer "réformistes", à dépolitiser l'action syndicale, trahissant ainsi la Charte d'Amiens de 1906, qui marche sur deux jambes: la "lutte pied à pied et le projet d'émancipation" selon Sophie Béroud, sociologue, rappelant que la Charte d'Amiens s'inscrit dans la démarche du syndicalisme révolutionnaire.

En tout cas, les gilets jaunes sont à un moment où ils basculent soit dans une perspective insurrectionnelle à laquelle les syndicats de lutte comptent fournir un appui, soit glisser sur une pente droitière, avec une trajectoire similaire à celle que connaît l'Italie depuis quelques années, aboutissant à la coalition gouvernementale du Mouvement 5 étoiles (M5S) et de la Ligue (du Nord), menant au final une politique de droite et l'aile gauche du M5S n'a plus que les yeux pour pleurer. Premiers éléments de réponse samedi 8 décembre.

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