Theresa May obligée de revoir sa copie sur le Brexit

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/jlassi houssem

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Le refus massif de l'accord sur le Brexit entre le gouvernement britannique et l'Union européenne par les députés de la Chambre des Communes est cinglant pour Theresa May, à deux mois de la fin des négociations sur la sortie britannique, prévue par les traités européens. La tentation d'une sortie de Londres sans trouver un accord avec Bruxelles semble tenir la corde mais rien n'est certain.

Un revers historique! C'est ce qu'il convient de qualifier le refus de l'accord sur la sortie britannique de l'Union européenne par les députés de la Chambre des Communes, dans la soirée du mardi 15 janvier. 432 députés ont voté contre l'accord trouvé par le gouvernement de Theresa May et l'UE, 202 députés ont voté pour. C'est, en fait, la plus grosse défaite d'un gouvernement britannique devant la chambre basse du Parlement dans l'histoire récente (cf lien n°1). Et c'est un revers personnel pour la Première ministre, qui dispose depuis juin 2017 d'une faible majorité, devant son maintien au 10 Downing street à un accord avec les nord-irlandais du Parti unioniste démocratique (Democratic unionist party, DUP), et qui voit plus d'une centaines de députés Conservateurs, donc de son propre parti, voter contre. Signe qu'un vent de rébellion souffle chez les Tories!

No deal? élections anticipées?

Maintenant, plusieurs scénarios sont évoqués dans la presse. Celui qui tient la corde est une sortie sans accord du Royaume-Uni. Auparavant, May devrait d'ici le 21 janvier présenter un plan B aux députés, qui devrait consister à repartir sur un nouveau cycle de négociations avec l'UE, et à retarder la mise en application du Brexit, décidé par référendum le 23 juin 2016, et qui devrait s'appliquer le 29 mars prochain. Et dans le cas de présentation de ce plan B, un nouveau vote pourrait avoir lieu ou bien le gouvernement jouerait de nouveau la carte du référendum pour entériner le Brexit et ainsi négocier pour ne pas avoir à mener un hard Brexit. Ou bien, ce qui serait une trahison envers l'expression des citoyen(ne)s britanniques, le référendum de 2016 serait cassé et le Royaume-Uni resterait dans l'UE.

Comment l'opposition compte-t-elle jouer? Le Labour et son leader, Jeremy Corbyn, misent sur un report de la sortie britannique de l'UE mais surtout sur des élections anticipées, pour espérer revenir au pouvoir et négocier un soft Brexit. Cependant, Corbyn, snobé par May sur la question de l'organisation du plan B (cf lien n°2), a-t-il la conviction solide d'aller vers le Brexit ou préfère-t-il ruser en mettant la pression sur la mise en place d'élections anticipées? Mieux vaut pencher pour la deuxième option dans son cas car sa situation n'est pas plus confortable. En effet, si ses positions eurosceptiques passées semblent encore présentes chez lui, comme pour la majeure partie de l'aile gauche du Labour, le leader travailliste doit composer avec son aile droite, pro-européenne à mort, partisane du Remain et qui compose la majorité des députés travaillistes au Parlement. Un exercice délicat que Corbyn ne pourra résoudre en sa faveur que si le Labour gagnerait des élections et que les futur(e)s député(e)s travaillistes viendraient majoritairement de l'aile gauche du parti. Sinon, il serait condamné à l'inertie.

L'épine nord-irlandaise

Mais qu'il y ait un accord ou non sur le Brexit, il reste un gros problème pour Londres. Comment gérer l'épine nord-irlandaise? En effet, en vertu de l'accord du Vendredi Saint en 1998, aucune frontière ne doit être matérialisée entre l'Irlande du Nord, sous giron britannique, et la république d'Irlande, indépendante depuis 1922 et membre de l'UE. Or, si l'ensemble du Royaume-Uni (Angleterre, Pays de Galles, Écosse, Irlande du Nord) a voté le Brexit en juin 2016, l'Irlande du Nord, tout comme l'Écosse, a voté pour le maintien dans l'UE. Ce qui fait qu'en cas d'application du Brexit, notamment dans sa version la plus dure, la frontière entre Belfast et Dublin sera de nouveau matérialisée, avec des contrôles douaniers en opération. Ce qui pourrait réveiller la crainte de nouveaux troubles en Irlande du Nord entre les unionistes - de confession protestante -, et les républicains - de confession catholique -. Et comme l'idée d'une réunification de l'Irlande sous la bannière de la république effraye Londres, car l'Écosse pourrait en profiter pour redemander un référendum pour son indépendance, après celui de 2014, ça promet des discussions tendues dans les prochaines semaines.

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