Ligue du LOL: la honte doit changer de camp!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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À la suite de messages rédigés sur les réseaux par des femmes, notamment journalistes, victimes de harcèlement de la part de confrères regroupés au sein de la "Ligue du LOL" durant plusieurs années, ces derniers, désormais affichés en place publique, commencent à subir le retour de boomerang. Mais ce combat féministe promet encore d'être long à être gagné, tant le modèle patriarcal, incorporé dans le capitalisme, est du genre résistant.

Peut-on parler de "#MeToo des journalistes"? La question est posée par certains médias, ces derniers temps. En effet, vendredi 8 février, plusieurs dizaines de femmes, auteures, journalistes, blogueuses, artistes, dont leur engagement féministe est ancré, ont délivré des témoignages sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter, à travers le hashtag #LigueduLOL, du nom d'un groupe Facebook actif de 2009 à 2012, dans lequel figuraient des hommes travaillant dans des agences de communication et surtout dans des journaux. Suite à ces témoignages, le journal Libération a confronté ces témoignages aux versions de certains journalistes membres de groupe privé Facebook à l'époque, dont deux qui travaillent à Libé, que sont Alexandre Hervaud et Vincent Glad, ce dernier étant le fondateur de ce groupe (cf lien n°1).

Impunité sexiste (et pas seulement)

La lecture de ces témoignages montre combien d'un côté, les victimes ont été constamment prises pour cible, les empêchant de pouvoir faire leur travail de journaliste face à des bourreaux qu'elles "côtoyaient" fréquemment. De l'autre, ces accusés, pour une partie d'entre eux, se fendent d'excuses tout en considérant qu'il y a "une grosse part de fantasme" (Glad). Deux exemples éloquents de sexisme (et pas seulement) donnent une idée de la "capacité de nuisance" impunie, pour le moment, envers des journalistes travaillant dans des rédactions se qualifiant de gauche, féministes, antiracistes. Le premier, celui de l'auteure féministe Daria Marx (cf lien n°2). Elle raconte qu'au moment de son anniversaire, elle avait lancé une cagnotte privée pour s'acheter un scooter. Mais des membres de la Ligue du LOL ont retrouvé cette cagnotte, l'ont partagé pour se moquer d'une "grosse sur un scooter". "Ensuite, mon numéro de téléphone a été mis sur Leboncoin, avec une annonce de vente de scooter. Les gens m’appelaient et me demandaient si je vendais mon scooter, en m’appelant "Madame grosse", le nom renseigné dans l’annonce" ajoute-t-elle. De même qu'un membre de ce groupe, Stephen Des Aulnois, actuel rédacteur en chef du site Tag Parfait, spécialisé dans la culture porno, a monté une image "d'une nana grosse et blonde" pouvant vaguement ressembler à Marx, affirmant sur Twitter qu'elle aurait tourné une sextape. L'auteure a déposé une main courante, sans effet. Et ce gars, reconnaît oklm qu'il a fait "de la merde" sexiste et grossophobe mais ne sera pas - du moins pour l'instant -, inquiété par la justice.

Autre exemple, celui de Mélanie Wanga (cf lien n°3). Féministe et afro-descendante, cette journaliste fut également la cible de certains membres de cette ligue, et leur sexisme affiché se mêle volontiers à de la négrophobie crasse, à travers le cliché sur le poulet KFC dans le quartier de Château rouge par exemple.

Il est bon de signaler une chose. Ces accusés sont des blancs, bien installés dans des rédactions parisiennes dites progressistes, grassement payés du reste, et vu leur propos négrophobes, cela donne une nouvelle illustration du racisme institutionnel made in France que les universalistes, ces Tartuffes, ne cherchent pas à comprendre car "couvrez ce racisme que je ne saurais voir".

Entacher la réputation

En tout cas, devant l'ampleur de la problématique soulevée, des rédactions commencent à réagir. En premier lieu, Libération, avec les mises à pied de Hervaud et Glad "à titre conservatoire". En tout cas, il y a de quoi entacher la réputation de ces journalistes (cf lien n°4). Après tout, Glad était encore encensé, il y a quelques jours par Daniel Schneidermann d'Arrêt sur images, pour son travail sur les groupes Facebook des gilets jaunes, cherchant à analyser les aspirations de ce mouvement social actif depuis bientôt trois mois (cf lien n°5). C'est, quelque part, un retour de boomerang bien envoyé comme celui que reçut Harvey Weinstein, producteur états-unien très influent sur Hollywood et dont les révélations d'abus sexuels sur plusieurs actrices ont élargi l'exposition médiatique du mouvement #MeToo en 2017.

Il n'y a pas que le monde de la presse ou du cinéma. D'autres secteurs sont concernés. L'édition par exemple. Il y a quelques jours, un de mes contacts Facebook, Stéphanie Vovor, étudiante à Paris 8, reçut un message privé d'un certain Charles Morin, président de la maison d'édition Les Éditions multiples. Pardonnez-moi ma trivialité, cher(e)s lecteurs/lectrices, mais ce message est la définition du queutard - mec porté sur le sexe -. Voyez plutôt.

Et vu sa position sociale, c'est dire que le boulot promet d'être long pour de se débarrasser de personnes de cet acabit. Comprenez, s'en prendre à un blanc bourgeois ou bobo, c'est bien plus risqué que de dénigrer publiquement un non-blanc prolo, pour les mêmes faits reprochés. Et après, il y en a qui parlent de communautarisme en évoquant les non-blanc(he)s des quartiers populaires. De quoi rire jaune, si vous me permettez!

En tout cas, si ces histoires peuvent de vraies conversations sur le sexisme dans le milieu journalistique - mais pas seulement - en France, tout espoir n'est pas perdu.

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