Le retrait de la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat présidentiel montre combien la mobilisation de la rue apporte de l'efficacité et donne une leçon de souveraineté populaire de la part des algérien(ne)s. Cependant le report de l'élection présidentielle, prévue le 18 avril, par une Conférence nationale qui serait chargée d'établir un projet de Constitution d'ici la fin de l'année 2019, implique une certaine vigilance à avoir.
"Il n’y aura pas de cinquième mandat et il n’en a jamais été question pour moi". Par ces mots, recueillis dans une dépêche de l'agence de presse Algérie presse service (cf lien), Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999, annonce qu'il ne sera plus président, dans un cinquième mandat. Un renoncement résonnant comme une victoire pour des millions d'algérien(ne)s qui ont battu le pavé à Alger, Oran, Constantine, Annaba, Sétif, Tlemcen, Tizi Ouzou et d'autres grandes villes algériennes, sans compter les manifestations en France, ces dernières semaines, en opposition à la candidature de Bouteflika, mais au-delà de ça, en opposition au régime politique, avec la domination du Front de libération nationale (FLN), depuis l'indépendance en 1962.
Conférence nationale
Au-delà de son retrait, Bouteflika a lancé deux autres annonces très importantes. D'abord, le report de l'élection présidentielle, prévue le 18 avril prochain, pour une date indéterminée. Cette absence de date s'explique par l'autre annonce qu'est la mise en place d'une conférence nationale "indépendante", qui se veut inclusive, avec l'ensemble des sensibilités de la société algérienne. Elle serait dotée de "tous les pouvoirs nécessaires à la discussion, l’élaboration et l’adoption de tous types de réformes", dont celui d'élaborer un projet de Constitution. Et cette conférence nationale a jusqu'à la fin de l'année 2019 pour élaborer cette Constitution pour la faire soumettre par référendum et ensuite, permettre l'organisation d'une élection présidentielle.
À première vue, c'est une perspective de refonte démocratique intéressante. Mais quand on y réfléchit un peu, cette conférence nationale fait office d'assemblée constituante sans que le peuple algérien ait voté cette assemblée constituante de facto. Ce qui signifie que même si l'ensemble de la société algérienne serait représenté "équitablement", le FLN serait à la manœuvre de manière centrale dans cette conférence. Et nombre de manifestant(e)s affichaient un point de vue critique envers le parti au pouvoir et ses logiques de clans à sa direction, faisant la pluie et le beau temps depuis l'indépendance. Les citoyen(ne)s algérien(ne)s devront être vigilant(e)s et exigeant(e)s par rapport à cette conférence nationale.
En dépit de la manœuvre lancée par le pouvoir avec cette conférence nationale, cette annonce présidentielle donne une leçon de souveraineté. Et tout particulièrement de souveraineté populaire. C'est-à-dire que le peuple étant souverain exprime sa volonté d'un changement profond de la société, voire, s'il est ambitieux, d'organiser un contrôle démocratique. Au fond, de pousser vers un socialisme autogestionnaire tel qu'eût pu le penser l'un des fondateurs du FLN et premier président de l'Algérie indépendante, Ahmed Ben Bella.
Et quelque part, les algérien(ne)s affichant leur détermination dans la rue, et tout particulièrement les jeunes, prouvent que l'Algérie n'est pas la Syrie, comme pouvait faire croire le Premier ministre Ahmed Ouyahia, agitant cette menace, cette insulte envers le peuple algérien, fin février; mais surtout que des forces de l'ordre social ne vont pas forcément se mettre à automatiquement gazer et charger des manifestant(e)s, pour défendre le pouvoir. Le mouvement des gilets jaunes en France, en lutte depuis plus de trois mois face à un pouvoir qui fait prioritairement dans la répression, poussant à de la violence chez les opprimés, peut y trouver une source d'inspiration car au fond, ce n'est pas Emmanuel Macron le problème, c'est ce qu'il porte comme idéologie. Sans compter les soutiens, peu nombreux, qu'il a, qui ont réussi à le hucher au pouvoir pour qu'il mène une politique de classe.
En tout cas, respect au peuple algérien!

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