Un Brexit impossible à assumer?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Tiocfaidh ár lá 1916

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À 16 jours de la date théorique de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, l'accord sur les conditions de sortie a été encore rejeté massivement par les députés britanniques, fragilisant la Première ministre Theresa May et augmentant la probabilité d'un "no-deal". Signe que la classe politique outre-Manche est embourbée dans cette histoire, source de clivages internes.

Et un camouflet de plus pour Theresa May! Après l'humiliation historique reçue le 15 janvier dernier, la Première ministre enregistre une nouvelle défaite parlementaire. En effet, la chambre des Communes a refusé une nouvelle proposition d'accord sur la sortie du Royaume-Uni (RU) de l'Union européenne (UE), par 391 voix contre 242, mardi 12 mars (cf lien n°1). Et encore une fois, plusieurs dizaines de députés conservateurs, donc membres du parti de la locataire du 10 Downing street, ont rejeté l'accord sur le Brexit, alors que sa date de mise en application est prévue pour le 29 mars prochain.

No-deal à l'horizon?

En conséquence, beaucoup d'observateurs et de responsables politiques, notamment au sein de l'UE, émettent l'idée d'un "no-deal" dans le cadre de cette sortie britannique. Il faut dire que du côté de Bruxelles, il y a de la fatigue à vouloir négocier avec Londres sur cette affaire pour le moins délicate. Et certains, à l'instar du président français Emmanuel Macron, seraient tentés d'affirmer qu'Albion doit se démerder toute seule, laissant entendre qu'elle s'est mise elle-même dans la merde depuis ce référendum qui a vu le Brexit être décidé par les citoyen(ne)s britanniques, le 23 juin 2016 (cf lien n°2). Quelque part, les membres de l'UE comptent se venger sournoisement de leur ancien partenaire britannique et c'est également une manière de dire au niveau intérieur: "voilà ce qui se passe quand on souhaite sortir de l'UE". Mais il faut rappeler que tant les partenaires européens et nombre de conservateurs britanniques, dont May elle-même, n'espéraient pas le Brexit.

Pourtant, une autre piste discutée serait de retarder l'application du Brexit de quelques semaines ou quelques mois, histoire de trouver encore une fois un accord qui puisse satisfaire l'ensemble des parties prenantes sur des points de litiges, tels la politique douanière et l'Irlande du Nord. La politique douanière est litigieuse car le RU tient à bénéficier de l'union douanière pratiquée sur l'ensemble de l'espace communautaire, sans compter un maintien de la liberté de circulation des marchandises et des personnes. Ce qui renforce la problématique nord-irlandaise car en cas de "no-deal", une frontière physique serait mise en place en Irlande du Nord, menaçant ainsi l'accord du Vendredi saint de 1998 qui avait mis fin à la période des troubles en Irlande du Nord et permettait aux irlandais, tant du Nord que du Sud (Eire), de circuler librement.

Clivages internes

On peut dire que ce Brexit empoisonne la vie politique britannique, mettant à jour des clivages internes dans les deux grands partis que sont le Parti conservateur et le Parti travailliste. Chez les Tories, May a du mal à asseoir son autorité dans le parti et plusieurs de ses ministres avaient démissionné ces dernières semaines, arguant que leur leader n'arrivait pas à tenir un cap clair sur le Brexit, et certains députés conservateurs en appellent même à un nouveau référendum sur la question, estimant que ça annulerait celui de juin 2016 et qu'en vérité, Albion resterait dans l'UE.

L'idée d'un second référendum est également défendue au Parti travailliste, et tout particulièrement à l'aile droite du parti. Cette dernière, qui s'inscrit dans la droitisation du Labour opérée par Tony Blair et Gordon Brown dans les années 1990 et 2000, a la dent très dure contre l'aile gauche du parti qui a porté Jeremy Corbyn à la tête du Labour depuis 2015. Et si, historiquement, Corbyn est décrit comme un eurosceptique, il ne peut être indifférent aux attaques de l'aile droite, l'accusant d'inertie par rapport au Brexit ou de mollesse sur l'antisémitisme au sein du Labour, poussant d'ailleurs plusieurs députés travaillistes à quitter le parti en février dernier. Ces départs, renforçant l'aile gauche du Labour, ont quand même poussé Corbyn à se positionner en faveur d'un second référendum, selon le quotidien britannique The Guardian, fin février (cf lien n°3). Mais pour le leader du principal parti d'opposition, ce serait dans l'optique que ça confirme le référendum de juin 2016 et surtout l'arrière-pensée de voir des élections anticipées, pour accéder au pouvoir et proposer sa version du Brexit.

Bref, un beau bordel en perspective!

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