Marche funèbre du journalisme sous Macron?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Esther Vargas

Photo: Flickr/Esther Vargas

Les révélations faites par Mediapart sur le train de vie de François de Rugy, ayant poussé ce dernier à démissionner du ministère de la Transition écologique, ont secoué une classe politique et des mass media, parlant de délation et affichant un mépris pour le journalisme, préférant de loin la propagande pour aliéner les esprits et éviter toute remise en cause de l'ordre social.

Est-ce que le journalisme en France va crever sous le mandat d'Emmanuel Macron? Si Denis Robert, directeur de la rédaction du Média se montre pessimiste sur la question (cf vidéo à la fin du billet), il y a de quoi partager son dépit. Ces derniers jours, l'hostilité envers une presse jouant son rôle de contre-pouvoir est montée d'un cran. La raison? La démission de François de Rugy du ministère de la Transition écologique, mardi 16 juillet, suite aux révélations en série de la part du site Mediapart sur les dépenses somptueuses, aux frais du contribuable, de la part de de Rugy et de son épouse en 2017 et 2018, quand il était président de l'Assemblée nationale. Cette hostilité s'exprime au sein de la classe politique qui, tel un chien de garde, enrage contre tout ce qui lui paraît être une menace et ne fait qu'insulter (cf lien n°1). Un exemple parmi d'autres, celui de la sénatrice du Val-d'Oise Jacqueline Eustache-Brinio qui n'hésite pas à comparer Mediapart "au KGB ou à la Stasi", i.e les polices politiques de l'ex-URSS et de l'ex-RDA du temps de la guerre froide. Ambiance!

Éditorialistes ou propagandistes?

Si ce n'était que la classe politique, on pourrait penser que c'est finalement de bonne guerre. Mais le problème est que d'autres journalistes, qu'on appelle éditorialistes, en sont venus à défendre le point de vue des politicien(ne)s et à être virulents à l'égard de leurs confrères. Et là, le 16 juillet, on a eu droit à une scène surréaliste où des éditorialistes de LCI, Valeurs Actuelles ou du groupe de presse Ebra, bref, du journalisme mainstream qui suit l'ordre social capitaliste, tirant à boulets rouges sur un journaliste de Mediapart considérant que les méthodes du journal sont celles de la délation - reprenant ainsi un propos d'Emmanuel Macron sur la "république de la délation" ce même jour -, et même l'éditorialiste d'Ebra demande quelles sont les sources du journaliste de Mediapart par rapport à l'histoire sur de Rugy. Ce à quoi Michael Hajdenberg, le journaliste de Mediapart en question, lui a répondu négativement, au nom du secret et de la protection des sources. Ce qui est la base du journalisme. Mais faut croire que ces éditorialistes ont oublié ce qui est la première pierre de leur métier, pour devenir des relais de la propagande du pouvoir, quel qu'il soit. Ce qui est une honte et plusieurs journalistes, sur les réseaux sociaux, l'ont fait savoir, en soutien à leur confrère de Mediapart tant cette séquence les a marqué (cf lien n°2).

Novlangue

En tout cas, cette affaire de Rugy, comme l'affaire Benalla, montre combien posséder un pouvoir exorbitant permet tout et surtout n'importe quoi, qui tient à être dans un déni absolu et proclame son mensonge comme la vérité. Une atmosphère de novlangue au-delà même de ce que George Orwell, l'auteur de 1984, avait décrite dans son grand œuvre.

Après tout, un ministre de l'Intérieur comme Christophe Castaner, menteur institutionnel au sujet des violences policières, décore des officiers de police mouillés dans des histoires de violences policières tels l'officier de police Bruno Félix qui s'est muré dans le silence au sujet de la mort de Zineb Redouane à Marseille, le 1er décembre 2018; le commissaire Grégoire Chassaing, ayant donné l'ordre de charger sur des personnes au bord de la Loire à Nantes, le 21 juin dernier, dont Steve Maia Caniço, porté disparu depuis cette date; ou encore le commissaire de police de Nice Rabah Souchi, ayant mené la répression contre les Gilets jaunes dans cette ville et notamment quand Geneviève Legay, militante d'ATTAC de 73 ans, a été grièvement blessée par une charge des flics (cf lien n°3). Mais au fond, ce n'est pas si étonnant. Rappelez-vous qu'Éric Andrieux, officier de police à Toulon, a boxé des manifestants le 5 janvier et que ce flic, décoré de la Légion d'honneur le 1er janvier dernier, ne fait l'objet que d'une enquête de l'Inspection générale de la police nationale, tandis que Christophe Dettinger, qui a boxé deux gendarmes à Paris, le même jour, a été condamné à de la prison un mois plus tard.

L'impunité n'est pas là où celle que les mass media, relais de la propagande, veulent nous faire croire!

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