Nous ne verrons plus Johnny Clegg

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Laurent Lê Quan Tho

Photo: Flickr/Laurent Lê Quan Tho

Chantre musical de la lutte anti-apartheid, l'artiste sud-africain s'est éteint, à l'âge de 66 ans, des suites d'un cancer auquel il luttait depuis 2015.

Le dispersé de l'Afrique n'est plus. Ce mardi 16 juillet sonne triste, avec la mort de Johnny Clegg, à l'âge de 66 ans, des suites d'un cancer. Le chanteur sud-africain, né au Royaume-Uni mais ayant grandi dans l'actuel Zimbabwe puis en Afrique du Sud, du temps où c'était la colonisation et l'apartheid qui primaient, a lutté, à travers la musique, pour renverser ce racisme institutionnel mortel envers les noirs, mêlant le rock, la folk aux chants zoulous, avec la complicité de son ami Sipho Mchunu, fondant le groupe Juluka dans les années 1970.

Lutte anti-apartheid

Ce groupe détonnait dans l'Afrique du Sud d'apartheid et ailleurs car associant principalement un blanc (Clegg) et un noir (Mchunu) au chant et à la guitare; le tout avec des chansons où l'anglais et le zoulou s'entremêlent volontiers, ce qui fait que Clegg se retrouve surnommé le "Zoulou blanc" dans la presse. Si les premières années furent difficiles, le succès se faisait sentir au début des années 1980, marqué par l'album Scatterlings qui fut grandement apprécié mondialement, alors que l'Afrique du Sud d'apartheid était en période de boycott. Mais le départ de Mchunu du groupe Juluka, pour revenir aider sa famille, marqua un coup d'arrêt pour Clegg, qui néanmoins se relança en fondant le groupe Savuka.

Toujours un mix entre noirs et blancs, Savuka s'inscrit dans la ligne de Juluka en tant que groupe de lutte anti-apartheid. Et l'album Third World, en 1987, fut couronné de succès, avec la reprise de Scatterlings of Africa, un ancienne chanson de Juluka, figurant dans la bande originale du film Rain Man, mais surtout Asimbonanga. Cette chanson de Clegg est un hommage à Nelson Mandela, alors emprisonné depuis 1964 sur l'île de Robben Island, au large du Cap, mais aussi à d'autres personnages de la lutte anti-apartheid - Steve Biko, Victoria Mxenge, Neil Aggett - assassinés par le régime. Une chanson fort émouvante d'ailleurs, quand on l'écoute. On peut dire qu'avec sa musique, Clegg et son groupe ont contribué à la victoire contre le régime d'apartheid et l'éclosion d'une Afrique du Sud multiraciale depuis les années 1990, même si cette nouvelle Afrique du Sud, portant les stigmates de l'apartheid, reste on ne peut plus fragile aujourd'hui. Et le décès de Clegg, tout comme celui de Winnie Mandela en avril 2018, illustre quelque part la fragilité, voire l'incapacité des autorités sud-africaines post-apartheid, à concrétiser les aspirations nées durant la lutte.

En tout cas, je suis fort attristé de cette nouvelle, qui m'affecte autant qu'elle affecte ma mère, qui aimait beaucoup la musique de Johnny Clegg et qui nous la faisait partager, ma sœur et moi, depuis l'enfance. Et il s'avère qu'il y a quelques semaines, je suis tombé sur un documentaire de la chaine Arte consacré au chanteur sud-africain (cf lien). Ce qui m'a permis d'en savoir plus sur ce personnage, et même de découvrir des chansons qui ne me rendent pas insensibles. Je pense à la chanson Woza Friday, qui est une des premières chansons de Clegg avec son grand ami Mchunu, où zoulou et anglais se mélangent sur un rythme ayant des accents pop-folk. Autant terminer ce billet en mettant quelques chansons ci-dessus, pour que vous puissiez tendre l'oreille, chers lecteurs/chères lectrices.

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