Quand Bertrand Cantat doit payer sa dette à la société

Publié le par JoSeseSeko

photo: Twitter

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Le retour de l'ex-chanteur du groupe Noir Désir sur le devant de la scène musicale, en une du journal Les Inrockuptibles, suscite la polémique, tant le meurtre de l'actrice Marie Trintignant n'est pas oublié. Mais cet exemple illustre combien la question de la réinsertion professionnelle relève du parcours du combattant.

Au moins, il ne laisse personne indifférent. Lui, c'est Bertrand Cantat. L'ancien chanteur du groupe Noir Désir signe son retour avec la chanson L'Angleterre, qui traite du Brexit voté par les habitants d'Albion en juin 2016, premier extrait d'un album prévu pour début 2018. Ce qui donne source à un relais médiatique important, avec notamment la une du journal Les Inrockuptibles (cf photo ci-dessus) ce mercredi 11 octobre, choquant d'ailleurs beaucoup de personnes sur les réseaux sociaux, notamment les féministes, en raison du meurtre de l'actrice Marie Trintignant en 2003 à Vilnius (Lituanie), suite aux coups que lui a porté Cantat. Ce qui lui a valu une condamnation de 8 ans de prison, exécutée par le condamné, même s'il a bénéficié d'une libération conditionnelle fin 2007, ce qui a indigné la famille Trintignant.

Une dette à la société

Le reproche actuellement fait envers l'exposition médiatique, et notamment cette une des Inrocks, est de rendre glamour un criminel, quand bien même il a purgé sa peine et qu'il peut reprendre son activité de musicien depuis sa libération. Et c'est là que l'expression "payer sa dette à la société" prend tout son sens. Aux yeux de la justice, Cantat est de nouveau un homme libre, ayant réglé son compte par la prison. Aux yeux de la société, il reste encore suspect et doit fournir des éléments pour être en paix avec tout le monde. Or, vu l'indignation qui s'opère en ce moment, c'est très mal parti, en dépit du temps passé depuis la mort de Marie Trintignant. Puis, ce crime a eu comme conséquence (indirecte) la fin de son groupe Noir Désir, alors qu'il brillait de mille feux au moment du féminicide en 2003. Il y a donc un avant et un après-Vilnius, qui forme une coupure dans la vie de Cantat et qui ne lui sera jamais pardonné.

Réinsertion? Mission impossible!

Mais quelque part, cette polémique montre combien la réinsertion relève de la mission impossible. Encore plus à l'ère des réseaux sociaux et de l'information partant dans tous les sens. Les politiciens, longtemps épargnés et impunis, commencent à être scrutés de près et gare à la faute car elle ne sera pas pardonnée. Les exemples de Dominique Strauss-Kahn, de Jérôme Cahuzac ou de Thomas Thévenoud sont là pour indiquer cette tendance. Néanmoins, le monde politique a des particularités qui peuvent nuancer le propos.

Là encore, le niveau de violence symbolique sur Cantat est limité car c'est une personnalité qui a tout de même retrouvé une place dans l'univers de la musique. Mais pour d'autres, c'est un chemin de croix trainé en permanence, surtout si la question de l'habitation dans les quartiers populaires et celle des origines extra-européennes s'en mêlent, bien qu'ils puissent être innocentés par la justice. Par exemple, Redouane Ikil, ancien directeur d'agence postale du côté de Toulouse, a fait 38 mois de prison préventive car suspecté d'avoir commandité deux braquages dans des agences postales toulousaines en 2012 et 2013. Il a été finalement innocenté par la Cour d'assises de Haute-Garonne en juin 2017, mais subit un licenciement de la part de La Poste, au motif de ne pas avoir prévenu qu'il a été lui-même agressé par un des braqueurs incriminés, alors que la justice a reconnu ce fait.

Pas étonnant que le sentiment de deux poids-deux mesures se soit développé ces dernières années.

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