L'hypocrisie néocoloniale française 2.0

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Captures d'écran

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Les images d'immigrés au Panthéon délogés par les forces de l'ordre (social), vendredi 12 juillet, contrastent avec celles de la veille, où une partie de la diaspora était invitée à l'Élysée, auprès du président Emmanuel Macron. Ce qui montre combien le continuum néocolonial, impérialiste, perdure.

"Ils font la fête au mois de juillet, en souvenir d'une Révolution/Qui n'a jamais éliminé la misère et l'exploitation". Ces paroles de la chanson Hexagone de Renaud résonnent volontiers en ce 14 juillet, ainsi que sur le contraste des jours précédents envers les afro-descendant(e)s. Vendredi 12 juillet, plusieurs centaines d'afro-descendants, se nommant les gilets noirs, avaient investi le Panthéon pour exposer leur situation de sans-papiers exploités dans un lieu hautement symbolique de la République. Ce qui a valu une intervention de la police (cf lien n°1), montrant combien les violences policières, couplées de racisme institutionnel, sont profondément ancrées dans les institutions françaises; puis une nouvelle démonstration de convergence entre les fraternalistes de gauche (voire extrême-gauche) et les paternalistes de droite (voire extrême-droite), qui s'indignent de voir le Panthéon occupé par des immigrés noirs et souiller un endroit où reposent des personnages dont la patrie est "reconnaissante" (cf lien n°2). Pourtant, certains d'entre eux qui ont leur plaque dans ce monument (Aimé Césaire, Toussaint Louverture) n'auraient rien trouvé à redire envers les gilets noirs. Bien au contraire.

Françafrique 2.0

Le contraste est encore plus saisissant quand la veille (11 juillet), Emmanuel Macron, président de la république, avait invité certaines personnes issues de la diaspora à une soirée au palais de l'Élysée, aux côtés du président du Ghana, Nana Akufo-Addo (cf lien n°3). Ces afro-descendant(e)s, entrepreneurs, artistes, journalistes, militants associatifs, etc. sont appelé(e)s à être des "ambassadeurs" de la France en Afrique. Et autant que faire se peut, le pouvoir hexagonal cherche à distinguer ces personnes en les mettant en lumière, en incitant à des promotions, par souci d'atteindre des objectifs de "diversité". Il faut dire, dans le cadre hexagonal, que le racisme institutionnel joue à plein régime, comme le rappelait l'étude de France stratégie en 2016 sur le marché du travail par exemple.

En fait, c'est une Françafrique 2.0 que tient à mettre en place Macron, tant la position de la France sur le continent est remise en cause, à travers l'exemple du Franc CFA, vestige du colonialisme français, appelé à changer à partir de l'an prochain, avec l'introduction de la devise eco dans les pays d'Afrique de l'Ouest, tant anglophones que francophones, et à l'heure où l'Afrique adopte un processus similaire à celui de l'Europe avec la création d'une zone de libre-échange continentale. Par conséquent, ces ambassadeurs se doivent d'être zélés pour les intérêts français, qui ne sont pas ceux du continent africain, et ce depuis des siècles. Et dans ce cas, si certains ont rappelé une phrase attribuée à Césaire: "Le malheur de l'Afrique, c'est d'avoir rencontré la France"; il est tentant de citer un révolutionnaire français contesté depuis plus de 220 ans, en l'occurrence Maximilien Robespierre, à travers la citation suivante:

  • "La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d’un politique, est de croire qu’il suffise à un peuple d’entrer à main armée chez un peuple étranger, pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n’aime les missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c’est de les repousser comme des ennemis."

Certes, la partie de la diaspora choyée par le mac de l'Élysée ne porte pas d'armes de guerre, mais est armée d'une pensée bourgeoise, capitaliste qui s'est développée notamment en France - mais aussi au Royaume-Uni par exemple -, qui organise sa "mission civilisatrice" envers les extra-européen(ne)s à soudoyer pour maintenir une position dominante dans le monde. En tout cas, ces membres de la diaspora pourraient y trouver un avantage car embourgeoisés (cf lien n°4), mais pas toute la diaspora, essentiellement prolétaire et cible de la répression - capitalisme et racisme vont de pair, comme nous le rappelle l'événement du 12 juillet déjà évoqué -, et encore moins les peuples locaux, qui ne possèdent pas les structures économiques et sociales, les poussant ainsi à l'exil, avec soit la mort dans la traversée ou les violences policières au bout du chemin.

Et qu'ils le veuillent ou non, paternalistes et fraternalistes se prendront l'immigration comme un retour de boomerang de l'impérialisme qu'ils n'assument pas - notamment à gauche -, tant ces gens-là sont des Tartuffes!

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