La répression de la manifestation des pompiers, mardi 15 octobre, illustre la stratégie d'une institution et d'un pouvoir politique qui n'en ont rien à carrer du droit de manifester avec un sens de l'impunité tel que les personnes subissant des violences policières sont vues comme coupables.
Dans le registre des violences policières, une nouvelle étape a été franchie. Mardi 15 octobre, entre 7.000 et 10.000 pompiers battirent le pavé à Paris pour revendiquer de meilleures conditions de travail ou une augmentation des effectifs, tant ils sont demandés pour pallier des suppressions de services publics et exposés à des agressions; une augmentation de leur prime de risque, tant leur niveau de vie n'est pas grandement élevé; ainsi qu'une amélioration de leur retraite, dans la crainte de voir leur régime complètement disloqué par la (nouvelle) réforme des retraites prévue par le gouvernement. En guise de réponse, les forces de l'ordre (social) se mirent à gazer, à matraquer, à tirer sur les pompiers manifestants, générant ainsi une colère chez ces derniers car certains d'entre eux répliquèrent avec des jets de projectiles (cf liens n°1, n°2, n°3).
Police milice organisée
Toujours est-il que cette manifestation réprimée illustre une volonté de la part du pouvoir et de l'institution policière d'y aller dans le tas, quel que soit le profil des manifestants. Ce qui peut, au moins, avoir le mérite d'être cohérent car que ce soient des syndicalistes, des travailleurs immigrés, des habitants des quartiers populaires, des fonctionnaires (pompiers, personnel hospitalier, profs, etc.), des écologistes, ou encore des gilets jaunes, tous ces groupes sont logés à la même enseigne. C'est-à-dire, si ça exprime son droit à manifester, le pouvoir exprime en retour sa violence pour faire rentrer dans le rang et stopper les ardeurs afin d'affaiblir le nombre de manifestants - dissuasion - puis d'empêcher des jonctions de forces.
Le tout, saupoudré d'une impunité accordée à la police milice dont la bride a été lâchée, pouvant ainsi se défouler envers tout type de manifestant. Les banlieusard(e)s, notamment s'ils sont non-blanc(he)s, connaissent ça depuis longtemps, racisme institutionnel oblige. Les gilets jaunes l'ont appris depuis novembre 2018. Et ce, d'autant plus que la justice montre le visage d'une institution qui "est au service de la police", pour paraphraser le philosophe Michel Foucault. Un exemple? Christophe Dettinger vs Éric Andrieux. Le premier, manifestant parmi les gilets jaunes, avait donné des coups de poing à deux gendarmes qui s'en prenaient à une manifestante lors de la manifestation du 5 janvier 2019 à Paris. Résultat? Peine de prison - aménagée en mode travail le jour, prison la nuit -. Éric Andrieux, commandant de police à Toulon, boxa plusieurs manifestants ce même 5 janvier 2019, quatre jours après avoir reçu la Légion d'honneur. Résultat? Seulement une enquête de l'Inspection générale de la police nationale. Et encore, le parquet de Toulon ne voulait pas d'enquête au tout départ.
On peut rajouter les interpellations de journalistes couvrant des manifestations, telles celles d'Alexis Kraland, de Gaspard Glanz ou de Taha Bouhafs, de même que la mort de Steve Maia Caniço après des charges de flics à Nantes dans la nuit du 21 au 22 juin dernier. Tout ceci donne un spectacle affligeant d'une police comme bras armé d'une République bourgeoise, conservatrice, donnant le cadre des luttes et leur degré de violence, permettant de rappeler cette phrase de Nelson Mandela en guise de conclusion: "C'est toujours l'oppresseur, non l'opprimé qui détermine la forme de lutte. Si l'oppresseur utilise la violence, l'opprimé n'aura pas d'autre choix que de répondre par la violence".
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