Le fruit totalitaire prêt à murir en France

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/alan merson

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L'adoption d'un système de reconnaissance faciale par la France, dans un contexte de tension sociale et d'attaques à caractère terroriste, donne l'image d'un pouvoir jouant sur les peurs pour se maintenir.

1984 en 2019. Le grand œuvre de l'écrivain britannique George Orwell est revenu à la mode ces dernières années, tant il règne une atmosphère de novlangue dans les hautes sphères du pouvoir et qu'une recherche de contrôle total des citoyen(ne)s semble prédominer dans les esprits voulant maintenir l'ordre social. Un exemple de cette tendance totalitaire dans l'Hexagone est la prochaine adoption de l'application Alicem, lancée par le ministère de l'Intérieur, dans le but de permettre aux citoyen(ne)s de créer une identité en ligne afin d'effectuer, via leur smartphone, des démarches administratives dématérialisées par de la reconnaissance faciale. La France devenant d'ailleurs le premier pays de l'Union européenne à adopter ce système et qu'à l'échelle mondiale, la Chine utilise la reconnaissance faciale. Pas très flatteur donc. Puis cela pose question sur l'utilisation des données personnelles par le ministère de l'Intérieur, avec l'idée que le pouvoir pourrait ainsi collecter des informations sur les résident(e)s pour faire un fichage politique digne de la NSA états-unienne, comme nous l'avait alerté Edward Snowden en 2013. Ou encore comment ces données personnelles pourraient être protégées en cas de cyberattaque ou si un agent des services de renseignement agissait en traitre pour une organisation terroriste (cf lien n°1).

Terrorisme ou frustration personnelle?

En parlant de services de renseignement ci-haut, la transition est toute trouvée pour revenir sur l'attaque perpétrée à la préfecture de police de Paris, jeudi 3 octobre, où quatre fonctionnaires de police furent assassinés par l'un des leurs, Michaël Harpon, abattu peu après. Le tueur, originaire de la Martinique, agent de la PP depuis 2003, était atteint de surdité et se serait converti à l'islam une décennie auparavant. Depuis le vendredi 4 octobre, le parquet antiterroriste de Paris est saisi pour voir si cette attaque au sein de la PP est caractéristique d'un terrorisme islamiste ou si d'autres mobiles expliquent ce passage à l'acte meurtrier. Selon les premiers éléments de l'enquête publiés dans la presse, Harpon suivait un islam radical, de tendance salafiste, poussant à une évolution en matière de savoir-vivre dans son environnement professionnel car des témoignages affirment qu'il refusait de faire la bise à une collègue par exemple. De même qu'il aurait justifié auprès d'un collègue l'attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015. Ces divers éléments auraient été remontés par voie orale auprès de la hiérarchie de la PP, sans avoir de trace écrite et par voie de conséquence, il n'y a pas eu d'enquête interne poussée pour s'assurer du risque de radicalisation du tueur.

Cela étant, d'autres témoignages mettent l'accent sur le sentiment de "frustration" chez Harpon car ce dernier aurait indiqué en février dernier, auprès de sa hiérarchie, que ses perspectives d'avancée dans sa carrière sont freinées en raison de son handicap, devenu de plus en plus lourd avec l'âge - 45 ans -, comparativement à des collègues qui connaitraient une progression dans leur parcours. Par conséquent, la question est de savoir si cette attaque est une stratégie terroriste ou une recherche de faire justice soi-même et les enquêteurs auront du pain sur la planche pour y arriver, notamment en fouillant les affaires personnelles de Harpon et en interrogeant ses proches (cf liens n°2, n°3, n°4, n°5). Toujours est-il que quatre familles sont endeuillées et que notre compassion puisse leur redonner un peu de baume au cœur.

Défense sociale

Mardi 8 octobre, lors de la cérémonie en hommage aux victimes, le président Emmanuel Macron appelait à rebâtir "une société de vigilance" face au terrorisme "islamiste" - comme si c'était le seul terrorisme actif en France et ailleurs dans le monde -, en repérant "les relâchements, les déviations". En prolongement de cette rhétorique présidentielle, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner indique des critères de radicalisation à signaler automatiquement tels "une pratique religieuse rigoriste, particulièrement exacerbée en période de ramadan, un changement de comportement dans l'entourage, le port de la barbe, un travail en équipe avec une femme ou pas, une pratique régulière ou ostentatoire de la prière rituelle", etc. Ces critères, notamment celui du port de la barbe, sont tournés en dérision par le député M'jid El Guerrab, rappelant à Castaner qu'il porte lui-même la barbe, puis sur les réseaux sociaux à travers le hashtag #SignaleUnMusulman, pour montrer le ridicule de la chose.

Derrière cette idée de "société de vigilance" se cache une politique de délation générale pour mieux contrôler les esprits, au nom de la lutte contre le terrorisme, mais surtout pour la défense de l'ordre social et de son principal instrument qu'est la police, pourtant largement défaillante dans cette histoire, puis dangereuse pour les libertés publiques et individuelles. En clair, Macron agit comme Hollande quand son prédécesseur mit en place l'État d'urgence en novembre 2015, au nom de la défense nationale et contre le terrorisme islamiste. Or, dans la pratique, l'État d'urgence s'est montré être un instrument de défense sociale, visant toute opposition à la politique de classe du pouvoir puisque la grande majorité des personnes assignées à résidence durant l'État d'urgence ont été des militant(e)s écologistes, des syndicalistes, des militant(e)s associatifs (associatives), et que ça n'a pas empêché l'attaque terroriste du 14 juillet 2016 à Nice, hélas.

Puis, ces derniers mois, les violences policières impunies contre le mouvement des gilets jaunes montrent combien le gouvernement actuel ne cèdera en rien, transformant la police française en nouvelle Stasi ou autre service de police politique des anciennes "démocraties populaires", de même que la tentation d'appeler l'armée à la rescousse n'est pas du tout écartée à l'Élysée. Bref, une étape de plus dans le tout-sécuritaire contre la liberté, amenant à penser au philosophe états-unien Benjamin Franklin, dont la citation suivante est réutilisée abondamment ces dernières années: " Ceux qui abandonnent une liberté essentielle pour acheter un peu de sécurité temporaire ne méritent ni liberté, ni sécurité".

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