Quand le Brexit sclérose la classe politique britannique

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/René

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La proximité de la date prévue pour appliquer le Brexit (31 octobre prochain) oblige la classe politique britannique à répondre vite. Mais cette dernière est sclérosée depuis trois ans, peinant à offrir une lecture claire de la marche à suivre pour l'avenir du Royaume-Uni.

Au niveau audiovisuel, le Royaume-Uni nous a donné les Monty Python pour le côté comique, puis Game of Thrones pour le côté dramatique (ou tragique). Et depuis trois ans, on a du tragi-comique avec le Brexit, voté par référendum le 23 juin 2016, où la classe politique britannique, si flegmatique, si pragmatique, semble être atteinte de léthargie, voire de tentation de déni démocratique depuis ce référendum, laissant planer l'incertitude sur l'application concrète (ou non) du Brexit, et dans combien de temps? Or, à une semaine de la date de sortie négociée par le Royaume-Uni auprès de l'Union européenne, après de multiples reports puisqu'au départ, le Brexit aurait dû être appliqué depuis le printemps dernier, il n'y a toujours pas de certitudes.

Un accord en suspens?

Pourtant, le Premier ministre Boris Johnson avait réussi, jeudi 17 octobre, à obtenir un accord de sortie de l'UE lors du sommet européen à Bruxelles, dans lequel une solution était trouvée par rapport à l'épineuse question nord-irlandaise. Cet accord stipule que Belfast fera partie de l'union douanière britannique mais que l'Irlande du Nord s'alignera sur les normes européennes du marché intérieur communautaire. Et avec des contrôles effectifs entre Belfast et Londres, ça permet d'éviter le retour d'une frontière physique entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande et de préserver les Accords du Vendredi Saint qui avaient mis fin aux troubles, en 1998.

Reste à savoir ce que le Parlement britannique allait décider. Si la transposition de l'accord dans le droit britannique a été votée, il n'en demeure pas moins que l'accord entier n'est pas encore validé. Et ce d'autant plus que les députés de la Chambre des Communes ont voté contre une procédure accélérée, coinçant Johnson dans sa quête de vouloir appliquer le Brexit le 31 octobre prochain (cf lien). Ce dernier se retrouve presque contraint de demander un délai supplémentaire pour le Brexit, auprès des membres de l'UE. Or, certains, notamment la France, tiennent à être intransigeants sur le calendrier, d'autant plus que ça retarde l'entrée en fonction de la nouvelle commission européenne, sensée pouvoir être en place dans une semaine.

Tragi-comique

Quand j'écrivais que la situation par rapport au Brexit relève du tragi-comique, ce n'est pas pour rien. Comique car la classe politique britannique, si prompte à donner des leçons de respect de la souveraineté populaire, se comporte comme la classe politique française quand cette dernière ne digéra pas le vote "non" au référendum sur le Traité constitutionnel européen, le 29 mai 2005, transformant ce choix des citoyen(ne)s en "oui" parlementaire pour le Traité de Lisbonne - copie du TCE rejeté -, en 2008. Mais tragique car les divisions sont multiples au sein du Royaume-Uni. Les deux principaux partis politiques, les Tories de Johnson et les Travaillistes de Jeremy Corbyn, sont divisés en leur sein entre "brexiters" et "remainers". Entre les classes d'âges - jeunes plus pro-européens; vieux plus eurosceptiques -. Entre les classes sociales - bourgeois favorables au Remain, prolétaires plus sensibles au Brexit -. Entre régions - Angleterre et Pays de Galles tenantes du Brexit; Écosse et Irlande du Nord pro-Remain -. Etc. Et ce genre de division est source de violence entre les deux camps, celui du Brexit et celui du Remain. Après tout, n'oublions pas que la députée travailliste Jo Cox, favorable au maintien du R-U dans l'UE, fut assassinée à une semaine du référendum par une personne d'extrême-droite. Il serait navrant qu'en cas d'application du Brexit, des meurtres politiques se fassent outre-Manche.

Il serait bon que les députés agissent par respect de la souveraineté populaire puis pour leur intégrité physique potentiellement menacée.

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